‹ CatilinaChapitre 77 sur 138 · ACTE HT, TABLEAU IV · texte numérisé non relu

ACTE HT, TABLEAU IV

ne me repoussez pas du seuil sauveur : Marcia , ne me fermez pas la porte sacrée !

MARCIA

Et vous voulez que je croie à cet amour paternel venu en un instant, ignoré hier, tout-puissant aujourd'hui?

Que voulez-vous que je vous dise, Marcia? A peine si j'y crois moi-même ; c'est une chose qui vivait en moi et que j'ignorais. Tout ce que je croyais aimer, c'était l'émanation de cet amour inconnu auquel l'apparition de mon enfant a donné un nom, uneforme, une existence. J'ai vu Charinus, et mes yeux n'ont pu se détacher de lui. Il buvait dans une gourde de bois de frêne, et j'ai souhaité qu'il but dans l'or. Il était brillant de jeunesse, de beauté, de grâce, et j'ai souhaité qu'il fût mon fils. Les dieux ont permis que l'impossible devînt une réalité, et j'ai dit aux dieux : Eh bien! c'est tout coque je désirais; dieux immortels, donnez-moi mon enfant, et je n'ai plus rien à demander de vous.

marcia; elle se soulève sans quitter sa place. Je voudrais vous croire, Çatilina; mais je me souviens, et je me défie. Je voudrais avoir confiance en vous: mais je me souviens, et j'ai peur. (Elle retombe assise.)

Voyons, Marcia, comment supposez-vous que je cherche h voir cet enfant en ce moment, où, au compte de mon ambition, les minutes valent des jours et les jours des années, si je ne l'aimais de toute mon Ame? Ma fortune, ma renommée, ma vie, se jouent demain. Je devrais m'occuper à préparer ce grand combat qui doit être le triomphe ou la mort de ce qu'il y a deux heures encore j'appelais mes espérances. Eh bien! j'apprends que cet enfant que j'ai vu , que ce Charinus qui m'a parle, habite cette maison funesie. Je quitte tout; j'accours. Ce vague espoir ne m'avait pas trompé. Cependant, la troisième veille va s'accomplir ; mes partisans m'attendent, m'appellent, me maudissent. Le sablier a la main, ils voient le temps qui fuit, l'heure qui s'échappe. Où suis-je? Je vous le demande, Marcia? Ici : que fais-je? J'implore, je prie, car je ne menace plus, Marcia. Je n'ai plus de courage pour la haine, plus de force pour la colère. Je suis tout amour! Le monde m'attend, et je perds le monde!... Eh bien! Marcia, que voulez-vous pour votre lils et pour le mien? Est-ce le monde?... Montrez-moi mon fils; laissez-moi embrasser mon fils... Laissez Charinus m'appeler son père, et je cours lui conquérir le monde... Est-ce un coin obscur dans la Sabine?... Une pauvre maison dans les Apennins? une chétive cabane au bord de la mer? Eh bien! cette chétive cabane, cette pauvre maison, ce coin obscur, mettez-y mon fils, et il me tiendra lieu du monde !

MARCIA

Inutile, Sergius... l'enfant que vous cherchez n'est plus ici.

Prenez garde ! Voilà que tous ne me comprenez point, Marcia, et voilà que vous allez essayer de me tromper. Charinus n'est point sorti d'ici... Charinus est caché dans la maison... Vous n'étiez pas prévenue de mon arrivée, d'ailleurs ; comment eussiezvous songé à éloigner votre fils ?

MARCIA

Ne l'avez-vous pas rencontré au Champ de Mars? Clinias ne vous-a-t-il pas reconnu ? N'avons-nous pas dû songer que, séparé violemment de 'cet enfant sur lequel vous aviez jeté les yeux avec curiosité, vous essayerez de vous rapprocher de lui? Puis ce jour est un jour néfaste. Catilina n'est pas le seul qui cherche Charinus. {Elle tombe assise sur le canapé.)

" Je ne suis pas le seul?

MARCIA

Non: avant que votre esclave interrogeât Syrus, Syrus avait déjà été interrogé par une femme.

Tu dis, Marcia, qu'on a interrogé Syrus, n'est-ce pas?

Oui, une esclave.

Nubienne?

MARCIA

Oui.

C'est cela. Elle aussi est à sa recherche.

MARCIA

Elle!...

Marcia... plus que jamais rends-moi notre enfant que je le sauve...

marcia ; elle se lève.

Et pourquoi penses-tu que je ne le sauverai pas bien seule?

Marcia, si elle m'a suivi, si elle a découvert que je venais dans cette maison, si elle sait pourquoi j'y viens, Charinus est perdu.

MARCIA

Perdu!

Si elle a deviné cela, fusses- tu la sombre Hécate qui enfouit

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