CATON, CICÉRON, SILANUS
CATON
Oui , ce gënie heureux , cette vertu stoïque, Dans nos pressans dangers sont notre espoir unique 5 Des meilleurs citoyens, des pères de l'état. Le suffrage éclairé pour vous n'est point ingrat 5 Entendez avec moi la voix de leur tristesse Vous peindre en gémissant la terreur qui les presse. Ecartez de nos maux le présage immortel Annoncé par les dieux jusque sur leur autel. Le peuple à leurs genoux apporte ses alarmes , L'oracle en frémissant lui répond par des larmes 5 La terre est effrayée , et le ciel en courroux N'annonce que fléaux prêts à tomber sur nous. Tandis qu'en ce danger l'injustice et le crime Semble encor sous nos pas approfondir l'abîme, Ayez seul un courage égal à nos revers, Et sauvez Rome enfin du sort et des pervers.
CICÉRON
De Rorrre, je le dois, j'embrasse la querelle^ Caton lui reste encor si les dieux sont contre elle ; Et je ne crains plus rien quand , fier de son appui , Je triomphe avec eux , ou succombe avec lui. Oui , que l'occasion de servir la patrie Dans notre ambition soit notre unique envie. Vous savez si pour moi, plein d'une telle ardeur, Je connus d'autres soins que ceux de sa grandeur. Ma constance adoucit, dans mes soins domestiques, Du déclin de mes ans les rigueurs tyranniques; Mais de tous mes malheurs le souvenir cuisant Doit se taire aujourd'hui dans un soin plus pressant. Je connais comme vous cette horreur légitime Des perfides complots dont Rome est la victime 5 Faut-il , en la sauvant , avoir à redouter Ceux même dont l'appui lui dût au moins rester ! Mais, hélas! vous savez, dans nos jours déplorables. Quelles vertus encore il reste à des coupables. Le funeste poison de nos calamités.
Dans les cœurs répandu, les a tous infectés. Tous, au crime engagés sous le même esclavage. Des maux dont on les flatte ont adoré l'image j On conspire partout la perte de l'état. Et la fidélité n'est plus qu'un attentat. Des sénateurs courbés sous six siècles de gloire, Qu'à nos prospérités attachait la victoire, Eux-mêmes, dans l'excès de leur aveuglement,. Ont accepté l'espoir d'un fatal changement.