ACTE II, SCENE IL
Et , de leur sang offert à nos dieux inhumains, Lucrèce et Virginie ont sauvé les Romains! Dans le même malheur par vous précijjitée, Lorsqu'au rang le plus bas je me vois rejetée , De tout autre intérêt quand j'ai perdu le soin , Le salut de l'Etat est mon premier l)esoin ; Je ne me souviens plus de ce sang qui m'anime , Que pour vous dérober encor cette victime , Et courir dévoiler les complots odieux Dont l'infidélité brave Rome et nos dieux. Je vois Catilina , ce monstre ; viens , sa vue D'une nouvelle horreur remplit mon ame émue.
Eh bien! vous l'avez vu, l'orateur insolent, Qui préside au conseil d'un sénat turbulent; Qui veut perpétuer entre ses mains funestes De son pouvoir usé les déplorables restes ? Je triomphais : ce bras , qui se levait sur lui , Du rang dont il descend l'accablait aujourd'hui. Il mande le sénat sur la foi des auspices , Et du peuple assemblé dissipe les comices.
CÉTHÉGUS
Il éloigne l'écueil qu'il voudrait fuir eu vain, Et demain ton succès n'en est que plus certain.
Ne nous exposons point à Ja nouvelle lutte
Des refus où l'envie a préparé ma chute.
Un contre-temps de plus ne fait qu'approfondir
Les généreux desseins dont nous devons sortir.
Amis, que dès ce jour notre entreprise éclate,
Au milieu des succès dont l'ennemi se flatte.
Je vous dois le récit des triomphes nouveaux
Qui nous ont aplani le but de nos travaux,
Ces immenses progrès qui , forçant les obstacles,
Ouvrent devant vos yeux la route des miracles.
Malheureux compagnons, infortunés soutiens !
Flétris injustement du nom de plébéiens !
Dont le sang, entaché des vertus de vos pères,
N'a transmis à leurs fds que leurs destins vulgaires !
Apprenez quels succès vont remettre en vos mains
Les droits perdus pour vous de citoyens romains.
Mais de nos ennemis l'activité cruelle
Nous poursuit sans relâche avec le même zèle;
Allez, Cicéron vient, et je vois vos tyrans :
Céthégus, suivez-les-, près de vous je me rends.