‹ CatilinaChapitre 19 sur 61 · ACTE II, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE III

Où des rois vos aïeux le courroux assuré Repoussa tant de fois l'ennemi conjuré, Apprenez, au mépris de la gloire éternelle Où la faveur des dieux vous est resté fidèle , Quels dangers renaissans, dans sa prospérité, Menacent de nos dieux l'ouvrage respecté. Rome nourrit des fils plus déclarés contre elle Que tous ses ennemis ligués dans leur querelle ; Dans son sein triomphant ils osent rapporter Les périls et la mort contraints de nous cpitter : Et ce que dans ces lieux Veie , Albe et Coriole , N'ont pu pour renverser les murs du Capitole , Rome par des Romains le va voir accomplir. Instruits de ces complots, songeons à les punir.

Et quels sont les dangers pour nous si redoutables? Quels complots sont formés, et qui sont les coupables

CICERON

Puisque vous prévenez , par ce doute indiscret , L'arrêt que ma pitié détournait à regret , Catilina, c'est vous qu'il faut que je désigne L'artisan des complots dont ma vertu s'indigne. Vous conspirez ici la perte des Romains, Dont vous flattez déjà vos projets inhumains. Ne vous préparez point de réponse inutile Que confondrait d'un mot un témoin trop facile : J'ai su par cent détours de vous voir étonnés, Surprendre les chemins où vous nous prévenez ;

Mallius dans Fésule, et Jule en Apulie, Vous cherchent des Romains au fond de l'Italie ! Du moins ceux dont l'espoir croit passer en vertus, Des Romains assez grands que vous ne comptez plus ; Seplime pour retraite, en un hasard funeste. Court s'assurer l'Ombrie , et vous avez Préneste 5 Des citoyens enfin indignes de ce nom , Ont partagé l'espoir de votre trahison ?

De votre bouche, ô ciel ! faut -il que je l'apprenne?

Moi ! contre la patrie armer ma propre haine?

De l'obscur Arpinum l'orateur parvenu

Ainsi flétrit le rang dont je suis descendu ?

Le sang de mes aïeux, les droits de ma naissance,

A son emportement rien ne sert de défense.

Déjà par vos tribuns ces titres dégradés —

CIGÉRON.

Attestez -VOUS ces droits, vous qui les défendez?

Laissez, Catilina, ce prétexte honorable,

Qui n'est qu'un tort de plus s'il déguise un coupable.

Trop de preuves sans lui nous apprennent assez ,

Si vos aïeux sont grands, combien vous les blessez;

Et contre cet état vos discours ordinaires,

Vos liens criminels, vos appuis mercenaires

Quoi ! des chagrins publics soigneux de me couvrir, M'en faites-vous un tort dont je doive souffrir? Oui, partout il est vrai, s'il faut que j'en convienne, Vous entendez les cris de la publique haine

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