SCÈNE VIII
CATILINA, AFER, un conjuré.
Eh bien ! de Cicéron la fureur allumée , Contre nous prévenue , en est plus animée. Il se plaint, et jamais ce lion en courroux Ne fut plus dangereux qu'échappé de tes coups. De ses proscriptions la menace importune Frappe encor de terreur la sanglante tribune Où tu devais sa tête à la rigueur des lois. Où la tienne en tombant étalera ses droits. Voilà ce que doit Rome au cœur pusillanime Qui peut, en l'irritant , épargner sa victime.
AFER
Que veux-lu? mais enfin je ne m'en défends pas , Un regard du consul a retenu mon bras -, Et, prêt à le frapper, j'ai senti pour mon crime Je ne sais quelle horreur que sa présence imprime.
Eh bien donc , c'est un soin qu'il faut apprécier j De ton supplice encor va le remercier.
II t'accuse au sénat.
AFER
De l'avoir laissé vivre?
Il suffit ^ point de grâce , et la mort va l'y suivre.
Va donc , que nous devions à ton seul désespoir Ce qu'au salut de tous il eût fallu devoir.
( A un conjure. )
Toi , lorsque tout languit dans l'attente cruelle ,
Des conjurés trop lents va ranimer le zèle :
Dis que je les attends 5 conduis -les en ces lieux ,
En face du palais bâti par mes aïeux.
Pour les mieux enflammer, peints-leur Rome fumante,
Et déjà dans le sang la flamme étincelante ,
Le carnage, les morts, le sénat égorgé,
Cicéron expirant et dans son sang plongé.