SCENE T
CATILÏNA, CÉTHÉGUS, LÉPIDE, conjurés.
CÉTHÉGUS
Uui, du peuple, des grands et du sénat lui-même, Enfin la volonté t'élève au rang suprême -, C'est de ce consulat qui remet en tes mains Le sceptre de la terre et le sort des Romains , Que ton heureux génie aujourd'hui les enchaîne, Et soumet à nos vœux la fortune inhumaine.
LÉPIDE
Oui , nos vœux sont pour toi : viens voir tous tes amis
Du peuple qui s'assemble entraîner les avis,
Des partis opposés vaincre la résistance ;
Leur choix, Catilina, met Rome en ta puissance.
Ah ! ce n'est que pour vous que je l'ai désiré , Cet honneur qui du trône est le premier degré , Lépide, Céthégus, amis dont le partage Fut en tout temps l'appui que vous doit mon courage. Avant de vous montrer , d'exposer votre foi Aux généreux périls que vous bravez pour moi ,
Apprenez les succès qu'il faut que je vous trace, Des desseins que pour vous a formés mon audace, Ces immenses succès qui vengent vos revers , Et font de vos destins le sort de l'univers. Aujourd'liui , mes amis, au sein de la pairie , Des conjurés ardens éclate la furie ; Aujourd'hui vos transports, retenus si long-temps, Vont se montrer sans crainte et punir vos tyrans; Ceux qui vous accablaient du poids de leur puissance, Ou qui de leurs dédains vous prodiguaient l'offense , Sénateurs et consuls , imprudens ennemis , Ou tombent sous vos coups , ou bien vous sont soumis. Allez, des conjurés l'audace est réunie; Ils n'attendent qu'un chef contre la tyrannie. Maîtres des volontés de ce peuple inconstant, Réglez, fixez pour moi son choix encor flottant. Pour prix de cet effort, que je dois reconnaître, Rome passe en vos mains en me nommant pour maître. Ce consulat, Romains, qui vous fut si fatal , Du pillage et du meurtre est le premier signal.