ACTE I, SCENE III
CÉSAR
César, quoi que prétende une iiuliscr^te envie, Ne voit ici (.Fanvis que ceux de la patrie, De Rome, du sénat.
Je connais sa valeur, Ce cœur nourri de gloire et sensible à l'honneur-, J'avais cru qu'offensé de la honte importune Qui de Rome tremblante accable la fortune, César, à des tyrans peu fait pour obéir, Voudrait sauver l'état avant de le servir; Qu'on pourrait avec lui s'ouvrir sans imprudence, D'un complot qui de Rome assure la vengeance -, Et le voir, occupé d'un si noble danger, Avec Catilina peut-être s'engager.
CÉSAR
Va , je sais tes projets, et comme il faut qu'on nomme
Le secret sentiment de ta pitié pour Rome.
Je sais pour l'affranchir qu'on te voit conspirer :
Avec des factieux tu veux la délivrer ;
Et de ses fers honteux, en ton orgueil extrême,
Des tyrans que tu hais hériter pour toi-même.
Est-ce ainsi que Sylla, Marins avant lui.
Avant d'opprimer Rome, en ont été l'appui ?
Je ne sais si le ciel après eux m'a fait naître
Pour monter à ce rang fait pour tenter un maître j
Mais le monde par eux soumis et ravagé
Avant que sous leur joug l'état se soit rangé,
M'apprend par quels chemins on peut attaquer Rome : Je la puis asservir, mais aux lois d'un seul homme-, Je la veux subjuguer et ne la puis trahir.
Lorsqu'elle est en nos mains , pourquoi la conquérir ?
C'est à ses ennemis que je livre la guerre.
Tu ne trouves de prix qu'à ravager la terre ;
Et crois-tu donc moins grand l'honneur de la dompter
Au faîte du pouvoir où l'on a su monter ?
Fait pour l'assujettir par un heureux génie,
D'imposer aux respects de la terre asservie ,
Et de laisser enfin sur d'immenses débris
Un nom dont la grandeur en impose aux esprits ?
Vois , pour un des soutiens auteurs de cet empire ,
De combien de héros le glaive le déchire.
Vois , parmi ces grands noms , placés aux premiers rangs,
Numa disputer Rome au joug des conquérans,
Manlius l'enchaîner du haut du Capitole,
Gracchus l'assujettir aux lois de la parole.
Soldat, prêtre, orateur, éblouis tous les yeux,
Et pontife aux autels interroge les dieux ;
Trouve un nouveau chemin pour aller à la gioirc.
Je t'offre des honneurs dignes de ta victoire.
Ce prix. . . .
CÉSAR
Catilina , ne peut me convenir.
En s'engageant à moi César craint d'obéir.^