SCENE III
(Curius traverse la forêt en proie à une vive agitation.)
Oh! Catilina!
CATILINA, surpris.
Toi ici, ami ?
Il le fallait.
Pourquoi n'es-tu pas resté a la ville ?
La crainte m'a fait fuir. Il fallait que je te visse.
Aveuglément tu viens t'exposer au danger, Insensé ! Dans mes bras !
(11 veut embrasser Curius.)
curius, reculant.
Ne me touche pas ! Ne m'approche pas !
Mais qu'as-tu donc, mon cher Curius ?
Sauve-toi,
Sauve-toi, si tu le peux encore.
De tous côtés arrive l'ennemi, Tu es cerné, Catilina !
Calme-toi,
Tu divagues. Le voyage a certes troublé ton esprit.
Non ! sauve-toi pendant qu'il en est temps encore,
Tu es trahi.
(Se mettant à genoux devant Catilina.)
catilina, reculant.
Gomment ? Trahi ?
Oui, trahi par un ami.
Tu te trompes,
Mes sauvages amis me sont fidèles comme toi-même.
Que les dieux te préservent alors de la fidélité de tes autres amis.
Calme-toi 1 C'est ton amitié,
Ton inquiétude pour ma sûreté, qui te font voir
Le péril où il n'est pas.
Oh ! si tu savais ; chacune de tes paroles me tue ! Sauve-toi ! Je t'en supplie !
Reprends tes esprits et sois raisonnable.
Pourquoi fuir ?
L'ennemi ne sait où je me trouve.
Si, il le sait ; il connaît tous tes plans.
Tu es fou ! Il sait... Impossible !
Si, c'est ainsi ; mais profite du moment, Peut-être sauveras-tu encore ta vie En fuyant vite.
Trahi ! non, et dix fois non, c'est impossible.
curius sort tin poignard et le tend à Caiilina.
Tiens, Catilina, enfonce cette lame dans ma poitrine, Dans mon cœur, c'est moi qui t'ai trahi.
Toi 1 Quelle folie 1
Oui, j'ai agi comme un fou.
Ne me demande pas comment cela s'est fait. Je l'ignore,
Mais c'est bien moi
Qui ai révélé tous tes projets.
catilina, douloureusement.
Maintenant tu viens de tuer ma foi si profonde dans l'amitié.
Enfonce donc ce poignard daus ma poitrine,
Ne me fais pas souffrir plus longtemps, ami, pitié !
catilina, doucement.
Vis, Curius.
Lève-toi, tu as mal agi, mais je te pardonne.
curius, brisé.
Oh ! Catilina, tu me vois brise, ici, devant toi ; Hâte-toi donc ! Sauve-toi, m'entends-tu ? Hâte-toi ; Bientôt l'armée romaine fera irruption dans le camp, Elle est sur tes traces, elle te cerne.
Et les amis, que font-ils à Rome >
Ils sont vaincus,
Beaucoup sont en prison et la plupart tués.
catilina, à lui-même.
Malheureux destin !
curius, en lui tendant de nouveau le poignard.
Enfonce-le dans mon cœur!
catilina, regardant Curius avec calme.
Tu n'étais qu'un instrument!
Au moins que je paye le crime de ma vie.
Je t'ai pardonné.
(En sortant.)
Maintenant, il ne me reste plus qu'une chose à faire.
curius, se lève en sursaut.
Oui, prendre la fuite !
Non, subir la mort héroïquement.
(Il entre dans la forêt.)
CATIUNA
Tout est inutile, c'est la mort qu'il cherche ! Ah ! sa douceur m'est dix fois plus terrible A affronter que sa colère, si juste pourtant ; Mais je le suivrai. Il me sera permis De tomber en luttant à côté de ce héros.
(Il sort vite).