‹ CatilinaChapitre 3 sur 32 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

Debout sur le monticule, au milieu des arbres, s'appuie contre l'un d'eux.

Il le faut ! Il le faut! J'entends au fond de mon être une voix qui

[l'ordonne, j'obéirai !

N'ai-je plus d'énergie, plus de volonté pour atteindre ce grand et

[noble but et sortir de ma misérable existence?

Oh ! honteux et vulgaires plaisirs ! Certes, vous ne me suffisez pas ! Mais je suis fou ! Non, non, c'est le repos qui me convient, tout espoir est mort. Ma vie désormais sans issue.

(Une pause.)

Rêves de jeunesse, qu'êtes-vous devenus ?

Disparus comme les nuages rapides de l'été, ne laissant que cha- [grins et désillusions, m'enlevant toute espérance virile.

(Il se frappe le front )

Honte sur toi 1 Honte sur toi, Catilina !

De généreux instincts sont en ton âme et pourtant tu ne désires [que la satisfaction de tes plus bas désirs

(Plus calme.)

Cependant parfois comme aujourd'hui

De secrètes aspirations gonflent ma poitrine,

Et quand je contemple là-bas la cité orgueilleuse,

L'opulente Rome, la décadence dans laquelle

Depuis longtemps elle est tombée,

Frappe mes yeux avec la clarté du soleil

Et une voix intérieure me crie :

Réveille-toi, Catilina ! Réveille-toi ! sois un homme.

(S'interrompant )

Hélas ! rêves insensés!

Visions, cauchemars enfantés par le sommeil et la solitude Qui au moindre contact avec la réalité

Vous évanouissez dans les profondeurs de mon âme silen-

[cieuse ?

Page 1