SCENE II
AMBIORIX et ALLOVICO
Ambassadeurs gaulois, arrivent sur la route sans voir Catilina. AMBIORIX
Voici la fin de notre long voyage ! Là-bas, ce sont les murailles
[de Rome.
Et c'est la cime altière du Capitule qui se dresse vers le ciel.
ALLOVICO
Quoi ! c'est là Rome ? La maîtresse de l'Italie, Qui commandera demain aux Germains et peut-être aussi aux
[Gaulois !
AMEIORIX
Oui, hélas ! il viendra ce jour de malheur où nous serons vaincus, Et Rome victorieuse est sans pitié.
Elle écrase cruellement l'ennemi qu'elle a terrassé. Aujourd'hui nous allons savoir le sort qu'elle réserve à notre
[peuple, Si elle fait droit à nos justes réclamations Et si elle nous accorde la paix et la justice !
Ce n'est que trop vrai !
ALLOV1CO
AMBIORIX
J'espère une solution heureuse Mais je n'ai point de certitude.
Tu me semblés inquiet ? '
ALLOVICO
AMBIORIX
J'ai des raisons pour cela !
Rome ne fut-elle pas toujours jalouse de sa puissance?
Souviens-toi donc, ami, que cette grande cité
N'est pas gouvernée par des chefs comme les nôtres.
Chez nous c'est le vieillard et le guerrier qui commandent,
Celui qui est le plus expérimenté
Comme celui qui est le plus brave,
C'est le chef suprême que nous choisissons
Pour nous juger et nous conduire au combat,
Tandis qu'ici, à Rome
catilina, criant du haut de la colline.
A Rome c'est l'égoïsme et l'arbitraire qui régnent.
Par la ruse et l'intrigue seules,
On devient le chef qui commande à la ville.
ALLOV1CO
Nous sommes trahis, malheur à nous !
AMBIORIX
Eh quoi! les nobles romains surprennent-ils les conversations infimes !
Chez nous ce sont coutumes de femmes !
catilina, descendant vers la route.
Soyez sans inquiétude, je ne suis pas un espion. Le hasard seul m'a livré vos paroles.
Vous venez du pays des Allobroges
Et vous pensez trouver la justice et l'équité dans la ville de Rome?
Vous feriez mieux de revenir sur vos pas et de rentrer dans votre
[patrie.
Ici, c'est le pays de la tyrannie Et l'injustice y est souveraine.
L'Etat se qualifie de République Mais chaque citoyen n'est qu'un esclave enchaîné. Ecrasé par les impôts et les dettes, Il dépend d'un Sénat, qui se vend lui-même. L'ancien esprit de solidarité entre les Romains a disparu Et disparues aussi sont les nobles idées de liberté Qui jadis firent la force de la ville. Les sénateurs tiennent en leurs mains La vie et la propriété de tous ;
Et de cette vie et de cette propriété on n'en peut jouir Qu'au prix de l'or.
La force règne ici et non la justice, Et l'homme véritablement noble, Gémit écrasé sous le poids de la force brutale.
AMBIORIX
Mais qui es-tu donc, toi ?
Toi qui arraches de nos cœurs,
La confiance et l'espérance !
Je suis l'homme dont le cœur bat uniquement pour la liberté,
L'ennemi déclaré de toute injustice, L'ami des opprimés et des faibles, L'homme enfin qui brûle du désir insatiable De renverser les puissants du jour.
AMBIOR1X
Quoi! le noble peuple romain ?... Réponds-nous donc, N'abuse pas plus longtemps de la crédulité des étrangers que nous
[sommes !
Rome n'est-elle plus ce qu'elle fut jadis : La terreur des puissants et la protectrice des faibles ?
catilina, désignant Rome.
Gaulois! voyez-vous là-haut sur la colline, L'orgueilleux et puissant Capitole ?
Voyez comme sous les rayons suprêmes du soleil couchant, Il étincelle et brille D'une flamme rougeâtre.
Eh bien ! c'est l'image du dernier éclat dont brille Rome, Car déjà la liberté s'évanouit dans l'ombre de la tyrannie ! Cependant un nouveau soleil apparaîtra bientôt dans son ciel lu-
[mineux Et de ses purs rayons il dispersera la nuit sinistre.
(Il s'éloigne.)