CHAPITRE I
K.AL jeuivissae: de: catoiv.
Marcus Porcias Cato naquit dans le municipe de Tuscyilum (i); .â*une famille plébéienne tout à fait inconnue avant lui (s). La maison à laquelle il appartenait tirait son nom , à ce qu'il semble, de Télevage des porcs (s). Elle se divisait en plusieurs branches, dont les plus anciennes , après celle de notre héros , sont (4) : 1^ celle des Licinus , qui fournit plusieurs magistrats a la république ; 29 celle des Laeca, dont un des membres fut Fauteur de la fameuse loi de provocatione (5). Le surnom des Gâtons paraît se rattacher, par catiùs et catuîuSy à canis, et ferait allusion au ûair, à la sagacité du chien (6); on le retrouve dans la maison Hostilia(7), de même que
(0 Plut. Cat. 1 et Comp. Ar. cum Cat. 1; Corn. Nep. Cat. 1; Cic. de Legg. % 2, 5; p. Plane. 8, 20; p. SuU. 7, 23 et schol. bobb. ad L; de Rep. 1, 1, 1; Vell. Pat. 2, 128, 2; Val. Max. 3, 4, 6; GeU. 13, 24 (23) Aurai. Vict. V. 1. 1, 47; Âmm. Marc. 16, 5.
(*) Plut. 1; Cic. Rep. 1. L; Verr. 5. 70, 180; Val. Max. 3, 2, 16 et 3, 4, 6; Vell. Pat. 2, 35, 2; Aelian. 12, 6 et 14, 36.
(^) Un grand nombre de noms gentilices sont dérivés de circonstances analogues; ainsi il y avait des Ovilius, des Caprilius, des Taurus. Voir Drumann in init.
{*) On connaît encore des Porcius Latro et des Perdus Septiminus. Il sera parlé plus bas des Pordus Phscus.
(^ Drumann 1. 1.
(^) Plut. 1. Caton, dit Ampère, est la forme sabine de Gatus (IV, p. 266.)
O Pour éviter la répétition des mots latins, je traduirai par maUon le mot gens, et par famUU celui de fimiUa.
dans cello des Aolius il y avait des Catus (i). Plutarque prétend que le surnom primitif du personnage était Prisons , et qu*il Tëchangea plus tard contre celui de Gaton, que lui auraient valu ses qualités personnelles. Mais il est seul à affirmer ce fait, que Cicéron n*aurait pas manqué de relever à la gloire de son Romain favori , B*il avait été vrai; d*ailleurs Plutarque se contredit lui-même ^ car il parle d*un autre Caton , bisaïeul du censeur , qui se distingua par sa bravoure (s). Il est facile de voir que c'est au contraire le surnom de PrUcus qui est d'origine plus récente, et qu'on Ta donné À notre Caton uniquement pour le distinguer de son descendant, le fameux adversaire de César (3). Priscus n'est donc qu'une simple épithète ; aussi voit-on ce nom placé tantôt avant, tantôt après le nom genlilice, ce qui ne serait pas le cas si c*était un véritable surnom (4). Autant vaudrait dire que le surnom de Caton était Superior^ comme l'appelle Valère Maxime (5) évidemment dans le but de le distinguer de Caton d*Utique, ou Major ^ qui se trouve dans le titre du De Senectute de Cicéron, ou encore Senex^ comme il est fréquemment nommé , de même qu Ennius et d'autres de ses contemporains , par les écrivains postérieurs (e).
Ce qui a pu contribuer à l'erreur de Plutarque, ou de l'historien latin auquel il a probablement emprunté ce détail, c est que Priscus
(') Drumann fait observer que le mot n'a rien de commun avec cautus, qui vient de cavere,
(*) Drumann se donne la peine de combattre Plutarque, sans remarquer cette contradiction, qui n'a pas échappé à Van Bolhuys. Il est d*ailleurs incontestable que le cognomen n'était pas obligatoire, et que plus d'une fois on a vu des personnages en prendre un autre. (Mommsen Rômische Forschungen, 1, p. 50). De plus, le cognomen n'était héréditaire que dans la noblesse de Rome et des rounicipes; il suit de là que Gaton, si réellement il a hérité son nom de son bisaïeul, appartenait à une famille noble de Tusculum. Id. ib. p. 56; Bekker und Marquardt, I, p. 17.
(S) V. Acro ad Horat. Od. 3, 21, 11 : Prisci, antiquioris, non Uticensis.
(^) Du moins peut-on dire que les surnoms qui se placent indifféremment avant ou après le nom gentilice sont l'infime minorité. — V. Horat. Od. 3, 21 , 1 1 : Prisci Catonis. Epist. 2, i, 117 : Priscis Catonibus atque Cethegis. Sulpicia sat. v. 48,
(5) Val. Max. 3. 2, 16; 3, 7, 7; 4, 3, 11 ; 8, 15. 2. Cfr. 3, 4, 6, où Caton d'Utique est appelé posterior Cato.
(«) Gic'p. SuU. 7, 23; de off. 2, 25; de Rep. 2, 1; Gharis. p. 202 K; id. pp. 206, 215, 219; Gaecil. Balb. de nug. phU. éd. WôlUlin p. 13.
était un véritable surnom (i), et qu'il appartenait môme à une famille de la maison Porcia, comme le prouvent deux inscriptions de Gru'* ter (t). Mais cette famille ne semble pas avoir joué de rôle dans rhistoire, et il n^est jamais question d*elle chex aucun écrivain. Fau** draitril s'étonner qu'un historien, connaissant Texistence des Porcius Priscus» et rencontrant le même surnom accolé au nom de notre hérosi eût cru que ce dernier appartenait à la môme famille ?
Un second cognomen de Caton, c'est celui de Censorius (s) ou plus rarement Censor (4), qui lui vient de l'éclat avec lequel il avait géré la censure (5). Au lieu de Censoritis^ on lit aussi Oraior (e), en souvenir des nombreux discours qu'il a écrits ou prononcés, ou Sapiens (7), & cause de son expérience des affaires.
Malgré les contradictions des anciens, on peut fixer avec assez de certitude la date de la naissance de Caton. On sait par des témoignages positifs qu'en 149, il accusa devant le peuple Servius Galba (s); ce Alt aussi, d'après Cicéron qui sur ce point n'a jamais été démenti , la date de sa mort. Il avait alors, selon l'orateur, 85 ans ; par coor séquent il serait né en 234. Mais ici commence le désaccord. Tite^
(*) Suet. Tib. 42, et Pline le Jeune, dont plusieurs correspondants portent le nom de Priscus. 1 Prisci, dit Niebuhr^ était le nom propre des conquérants aborigènes, qui devint plus tard adjectif, de même que Casci. » (Hist. Rom. introd.)
(') Thésaurus Inscriptionum, p. 458, 6, et surtout 121, 1. Cette dernière ifts* cription est reproduite et commentée par Gesner dans son édition du Re Rustkd de Caton.
C) Plin. H. N. praef. 26; 7, 12 et 31; 19, 6; 36, 53; GeU. 13, 9, 6 et 13, 23; Tac. Ann 3, 66; Sen. ep. 87; Flor. 2, 17, 19; Quint. 1, 17, 23; 3, 1, 19; 9, 4, 39; 12, 1, 35; 12, 11, 23. Dans Aurelius Victor on lit Censorinus, mais peut-être la leçon est-elle fautive, de même que dans Gruter p. 458, 4.
(•) Plin. H. N. 8, 78.
(0 C'est l'opinion générale. Amm. Marcell. 16, 5, est d'un autre avis : Tuscttlanus Cato, cui Censorii cognomen castior vitae indidit cultus.
(«) Justin, 33, 21 .
Ô Cic. de amie. 2 : Cato quia muUarum renim usum habebat, multa ejns et in senatu et in foro vel acta constantcr vel responsa prudenter; propterca quasi cognomen jam habebat in senatu sapicntis. L'idée de sagesse philosophique n'était nullement contenue dans ce mot, pas plus que dans celui de Cato. — Y. encore Cic. Verr. 2, 2. et 5, 70; Legg. Agr. 2, 24; de Legg. 2, 2; de off. 3, 4; Gefl. 14, 2, 21; Quint. 12, 7, 4; TertuU. Apolog. 11.
(«) Liv. 39, 40; Plut. 15; Cic. Brut. 15, 61, et 20, 80et90; Val. Max. 8, 7, i; Aur. Vict. 47; Plin. 14, 44 et 29, 12; VeU. Pat. 1, 13.
Lire , et avec lui Plutarque, disent formellement qa*il avait 90 ans quand il accusa Gkdba, ce qui reporterait sa naissance 2\ Tannée 239, et Yalôre Maxime , sans ôtre aussi explicite, semble cependant être du même avis (i). 11 n'y a pas à balancer ; la date donnée par Gicéron est la seule exacte. D*abord elle s^accorde parfaitement avec les autres renseignements qu'il fournit ailleurs ; ainsi , il fait naître Gaton un an avant le premier consulat de Fabius en 233 («), et il lui donne 65 ans à Tépoque où il parla pour la loi Voconia (s), que Ton est convenu de placer en 169. Elle est de plus confirmée par Pline, qui fait éga«* lement mourir Caton en 149, à 85 ans, (4) et, ce qui est bien plus concluant, par Caton lui-même. En effet, dans un passage conservé par Plutarque , (5) il raconte qu'il porta les armes pour la première fois À 17 ans , alors qu*Ânnibal pillait et désolait Fltalie. D'après Tite-Live et Plutarque, lequel, ici encore, se contredit lui-même* ce serait en 222 ; d'après Gicéron et Pline, en 217. Voilà qui tranche la difficulté, car Annibal n'entreprit sa campagne contre Rome qu'en 218. On voit que Tite-Live a suivi des annales autres que celles où a puisé Gicéron : il serait oiseux de vouloir corriger son texte, qui ne présente pas la moindre variante & ce sujet, (e)
La famille de Gaton appartenait à cette forte race de paysans sabins qui, après avoir fertilisé le Latium, colonisa une bonne partie de l'Italie, et y a laissé d'impérissables souvenirs de son activité et de sa vigueur. Obscurs et ignorés, ses aïeux n'avaient jamais tiré l'épée que pour courir aux frontières ; la guerre terminée, ils revenaient labourer leurs champs, sans prétendre aux dignités de la république. Aussi Gaton était-il un homme nouveau dans la pleine acception du mot, un auctor generis ou princeps familiae^ comme
(0 Vol. Max. 8, 7, 1 : Cato sextum et octogesimum annum agens.... ab inimicis capitali crimine accusatus suam causam egit.... Quin etiam in ipso diulissime actae vitae fini disertissimi oratoris Galbae aecusationi defensionem suam pro Hispanià opposuit. Au reste quel fonds y a-t-il à faire sur un écrivain qui dénature à ce point les faits les mieux connus ? Quant à Aur. Yict. il garde une réserve prudente : Galbam octogenarius accusavit. Cela peut s'interpréter de plus d'une manière.
(*) De Senect, 4, 10.
. e) Ib. 5, U.
(») Plut. Cat. 4.
O Drakenborch ad Uv. 39, 40.
on appelait chez les Romains ceaz qui , les premiers dans leurs familles , sMtaient élevés aux magistratures curules. Mais, quoique aux yeux de Torgueilleuse noblesse du temps une extraction si basse fût un sujet de mépris , Gaton était loin d*en rougir : avec cet âpre orgueil du plébéien parvenu, qui ne le cède en rien & celui du noble, il disait qu*À la vérité il était un homme nouveau dans les magistratures et dans les honneurs, mais que par les exploits et les vertus de ses ancêtres, sa famille était au contraire fort ancienne. Et il citait & ce propos son aïeul , dont la valeur guerrière avait été honorée de plusieurs récompenses (i), et qui, ajant eu cinq chevaux de bataille tués sous lui, en avait été indemnisé aux frais de TËtat. II parlait aussi de son père Marcus comme d*un homme de -courage et d*un excellent soldat (2).
C*est & Tusculum, dans la maison paternelle, que se passa Tenfance de Caton. Cette ville avait joué un grand rôle dans Thistoire primitive du Latium. Gouvernée d'abord par des rois, comme toutes les autres cités latines, elle le fut ensuite par des dictateurs. L*un d*eux, Octavius Mamilius, était gendre de Tarquin le Superbe, et| quand ce roi fut chassé de Rome, Mamilius fut un des principaux instigateurs de la coalition qui, s'il faut en croire la légende, aurait été écrasée sur les bords du lac Régille (3). A partir de ce jour, Tusculum avait reconnu Fhégémonie romaine, et, à travers toutes les vicissitudes par où dut passer la ville éternelle avant de devenir la maîtresse du monde, elle se montra toujours la plus fidèle de ses alliées. Pendant de longues années, elle lui servit de boulevard contre les Èques, et, lorsque Taudacieux coup de main
(*) Ce serait bien dans la seconde guerre contre les Samnites, s'il est permis de hasarder une conjecture. Au reste, je ferai remarquer que Sintenis, dans son édition du Caton de Plutarque, a commis une singulière inadrertance. Il écrit avec tout le monde â^trrcfwy, ce qui ne peut être autre chose que le gén. plur. de àpiOTtUv = récompense accordée au courage, et dans sa note il le prend pour le gén. plur. de àputnioi, qui signifie exploit, et qu'il devrait tout au moins écrire àpirruS», s'il Toulait absolument se permettre un changement de texte d'ailleurs injustifiable.
C) C'était sans doute dans son discours contre un certain Cornélius, dont il est question dans la harangue de Sumptu wo. • Majorum benefacta perlecta, dein de quae ego pro republica fecissem periegnntnr. Cf. Uy. 3, 56, où Appius rappelle aussi les hauts faits de sa famille dans son discours.