‹ Causerie devant quelques toiles de l'école moderne en RussieChapitre 11 sur 11 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Après avoir montré des tableaux de quatre grands peintres russes, nous chercherons à résumer en deux mots ce qui caractérise chacun d’eux.

Ivanoff, qui est une gloire pour son pays, avait l’esprit méditatif d'un Slave, ne comptant pas plus avec le temps qu'un Oriental et peignant comme les grands artistes italiens.

Poliénoff a beaucoup étudié à l'étranger ; il connaît, il analyse ce qui s'y fait, mais n'en subit pas l’influence; il pèse, il médite la pensée profonde qu’il imprimera à son sujet, et le traite ensuite très personnellement. Il est un des maîtres les plus savants et les plus consciencieux de l'école moderne russe.

Gué a prouvé par son Crucifié que la liberté d'interprétation existe là bas. Mais de telles conceptions, étranges, visant à l'effet, excitent plus la curiosité que l’admiration.

Yasnetzoff veut trouver en son pays tous les éléments de son œuvre. Cette œuvre il l’a uniquement faite par et pour la Russie. Aussi est-il autant surpris qu’heureux de découvrir ailleurs des admirateurs.

Les productions artistiques d'un pays grand, jeune et plein d'avenir comme la Russie doivent nous intéresser. Si nous suivons le développement lent et sûr de l'industrie et de l’organisation de nos amis, l’épanouissement de leurs caractères moraux, la direction de leurs tendances intellectuelles ne doivent pas nous laisser indifférents. Les psychologues, les fervents de l’idéal trouve-

ront dans l’analyse des beaux-arts russes et dans l’étude de ceux qui les rendent ou qui les ont rendus célèbres, des sujets charmeurs et attachants. Et cela, d’autant plus qu’aujourd’hui il y a chez nous un retour très marqué vers la sincérité, la simplicité, la poésie, l’idéalisation.

Les compositions que vous avez vues passer sous vos yeux ont été inspirées par des sentiments différents, opposés même; toutes sont des œuvres dont la destination, l’exécution, le sujet sont assurément variés; cependant, toutes revêtent un caractère historique et religieux.

L'amour de la Patrie et la foi dans les mystères des religions ont, dans tous les pays, dans tous les temps civilisés, fait éclore des chefs-d’œuvre. Chez l’homme, l’amour de la Patrie est ce qu’il y a de plus sacré; sa foi, ce qu’il y a de plus respectable et de plus élevé.

En traduisant les plus hautes aspirations de l’âme, en encourageant ses élans généreux, en provoquant ses actions héroïques, en glorifiant le dévouement, en enseignant les devoirs à l’égard du pays, la peinture, tout comme la littérature, la poésie, la musique, dispose de grandes influences morales. Elle parle aux yeux. Elle prêche le respect des grandeurs passées, comme le culte de vénérables reliques, comme l’héritage de choses saintes, consacrées par le temps, immortalisées par la mort.

Elle marque dans le présent l’action exigée par les circonstances, l’état intellectuel de la nation, sa place conquise vis-à-vis du monde.

Elle enseigne et prépare l'avenir, en montrant les victoires à remporter; le vice du jour à écraser demain; en indiquant cette large et florissante voie ouverte à lous, celle du progrès; en étalant avec dignité la plaie sanglante, qu’elle soil ancienne ou récente. (Les années comptent-elles dans l’histoire d’un pays ! )

Elle nous fait voir les membres mutilés d'un corps, enfants séparés d'une famille, territoires arrachés à une nation !

Elle nous enseigne que ceux qui sont morts sont des héros, que ceux qui sont séparés de leur mère ne vivent plus que pour verser des larmes, et que ceux qui restent, gardiens du drapeau et de l'honneur, ne doivent pas oublier. L'avenir! La peinture doit le préparer en nous le présentant comme une apparition sereine, illuminée par l’espérance !

L'art doit puiser dans le passé l'enseignement né de l'expérience, doit indiquer la ligne droite pour que le présent lègue de grandes choses, doit tremper le cœur du peuple pour l’avenir vers lequel il doit marcher non ['as avec désespérance, mais avec confiance, plus encore :

Avec Foi.

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