LE CHRIST JUGEANT LA FEMME ADULTÈRE
Poliénoff.
De même qu'Ivanoff, mon savant ami Poliénoff s’est appliqué à reproduire les grands épisodes de la vie de Jésus. Poliénoff est un chercheur de la vérité el un travaillcur de la pensée. Il a exécuté des paysages qui, à eux seuls, suffiraient amplement à établir sa réputation de grand artiste. Mais il est actuellement absorbé par le désir de laisser à la postérité une série de toiles magistrales consacrées au passage du Christ sur la terre; elles seront la meilleure émanation de la vie méditative et du talent élevé de cet artiste.
Il vient de terminer, après un long séjour à Rome, un tableau représentant Jésus 'parlant au milieu des docteurs, et l’apparition de cette toile, digne de ses devancières, a été un événement à la dernière exposition de Saint-Pétersbourg.
Précédemment, Poliénoff avait peint le Christ méditant au bord du lac de Tibériade. Le paysage, exécuté d’après nature, est superbe; mais l’effort intellectuel, la profondeur des sentiments, l’intensité de la vie sont concentrés sur la personne solitaire et pensive du Sauveur. En me montrant ce tableau, Poliénoff m’exposait les mouvements de l’àme qu’il avait voulu imprimer sur le visage divin. Et je me demandais si la parole du peintre n’était pas aussi éloquente que l'image due à son pinceau.
Tout autre est l’immense toile intitulée : le Christ jugeant la femme pécheresse. L’artiste, comme je viens
de yous le dire, a été en Palestine, où il a fait de nombreuses études, dont la galerie Trétiakoff possède une importante collection. C'est dans ce pays qu’il a recueilli tous les matériaux pour l’exécution du grand tableau dont je place une reproduction sous vos yeux. Cette œuvre, qui a placé Vassily Dmitriévitcb Poliénoff parmi les plus grands artistes de la Russie moderne, est maintenant au Palais d’IIiver de Pétersbourg. C’est une grande scène, un grand drame, placé dans un cadre vraiment féerique. Le temple, sur les marches duquel s’échelonnent des personnages, forme une perspective grandiose. Le groupe des accusateurs et des bourreaux cernant la coupable est plein de mouvement. 11 y a là les juges qui désignent la pécheresse, les hommes qui la traînent, les exécuteurs prêts à la châtier, la plèbe qui la bue, la foule menaçante qui la suit.
De l’autre côté, au milieu de spectateurs paisibles, on voit le Christ, non pas drapé comme nous sommes habitués à le voir représenté, mais vêtu comme le sont encore aujourd’hui les Juifs de la Palestine. 11 contemple avec calme l’action émouvante qui se déroule devant lui, et, en arbitre souverain, il profère cette parole : « Que celui qui n’a rien à se reprocher lui jette la première pierre. »
Par Victor Vasnetzoff
Adam et Ève.
Après celte digression, revenons à Vasnetzoff. Il y a un an, je vous montrais, d’après une mauvaise photographie, la fresque à' Adam et Eve dans te paradis terrestre. Aujourd’hui, ayant reçu de Kiev une excellente reproduction, je liens à la placer sous vos yeux. Grâce à elle, vous saisirez mieux la manière pleine de fraîcheur, la simplicité mélangée de grandeur, la candeur empreinte de vérité, l’idéalisme mis à la portée de tous, le nu interprété sans blesser la chasteté. Telles sont les qualités que l’on observe dans le rendu des deux corps sortis des mains du Créateur. Vasnetzoff, dans l'exécution de ce sujet, a cherché une tonalité de couleurs très tendres qui est généralement étrangère à sa palette.
Le panneau qui en fait le pendant, et que vous ne connaissez pas encore, montre le talent de l'auteur dans toute son originalité.
Par Victor Vasnetzoff
La Tentation.
Le paradis a changé d’aspect. Le soleil s’est voilé, le ciel chargé d’orage s'est assombri. Le vent secoue les arbres et les fleurs, faue les lis, fait voler les cheveux d’or de notre première mère ; il a jeté un désordre voulu dans le lieu de délices; les animaux l’ont déserté, cette parure vivante et souriante a disparu, ils ont laissé seul le serpent tentateur vis-à-vis de sa victime ou de sa proie, pour accomplir son œuvre. Il est monté à l’Arbre du bien et du mal qu'il enserre de ses anneaux, sa tète maligne désigne la pomme à notre première mère. Sur le beau visage de celle-ci, le désir et la crainte, le vouloir et le non vouloir marquent les phases multiples de la lutte suprême qui s'est engagée. Le regard démoniaque du reptile est celui du triomphateur. Les yeux d'Eve, empreints de terreur, vont bientôt verser les premières larmes.
Aous allons aborder maintenant une série de figures isolées, peintes sur les piliers de la nef. Ce sont les saints personnages qui ont contribué à éclairer la Russie de la lumière du christianisme. En les faisant passer sous vos yeux, je vous citerai des noms parmi les plus illustres dans l’histoire de la Russie.