EX. EB.E CAPTO
GLORIAE. EXERCITVS. MAXIMI. DICAVIT.
Racontons d'abord l'histoire de cette inscription, ensuite nous essayerons de la traduire.
Napoléon 1er avait le temps de commander des colonnes ; Napoléon te* avait le temps de prendre les canons nécessaires à leur érection; mais Napoléon I" n'avait pas le temps de faire des inscriptions latines.
Or, ayant pris à Austerlitz une certaine quantité de canons, ayant résolu d'en faire faire une colonne dans le genre de la colonne Trajane ou de la colonne Antonine, un jour qu'il montait à cheval pour ne s'arrêter qu'à Berlin, et qu'il était pressé d'arriver, il manda aux Tuileries le secrétaire perpétuel de l'Académie des inscriptions, et lui dit :
— Monsieur, je pars pour la Prusse; je ne sais pas quand je reviendrai, mais je laisse du bronze pour fondre une colonne. Réunissez vos collègues et faites-moi une inscription latine, en style lapidaire, pour le stylo-
bâte de cette colonne. Le sens doit être celui-ci : « Cette colonne, fondue avec les canons pris sur l'ennemi, a été dédiée par l'empereur Napoléon à la gloire de la grande armée. » Je laisse la broderie à votre génie inventif. Elle s'élèvera au milieu de la place Vendôme et portera la date de 1805.
Le secrétaire s'inclina.
Napoléon partit.
Rentré chez lui, le secrétaire fit trente lettres de convocation.
M,. Tissot, élève de Delille, fut appelé en vertu du pouvoir discrétionnaire du président.
Le jour où la trentième lettre était remise à domicile, Napoléon entrait à Berlin.
Les trente et un académiciens se constituèrent en séance, et usèrent en six mois trente et un dictionnaires de Noél.
On assure que trois d'entre eux profitèrent de l'occasion et apprirent le latin dans cet exercice acharné.
Enfin, un jour, on arbora le drapeau national sur le dôme de l'Institut : l'inscription était achevée. On voulut la lire à Napoléon, mais il était à Vienne. D'ailleurs, il avait dit qu'il s'en rapportait à l'Institut : l'Institut pouvait donc aller de l'avant.
L'Institut alla de l'avant , et fit graver en plein soleil l'inscription que j'ai citée plus haut.
Vous l'avez traduite, n'est-ce pas? Moi aussi, je l'ai traduite, parbleu ! Mais attendez, nous mettrons tout à l'heure nos deux traductions en regard, et je ne doute pas que nous ne nous entendions.
Laissez-moi d'abord supposer une chose.
Supposons, ce qu'à Dieu ne plaise, qu'un jour les monuments de Paris seront couchés sur la poussière de son peuple, comme sont couchés sur la poussière des Chaldéens et des Arabes ceux de Babylone et de Palmyre.
Supposons qu'un vol de savants australiens s'abatte, dans quatre mille ans, autour des ruines de la colonne triomphale de 4805.
Supposons, enfin, que les lettres de l'inscription soient restées visibles, et que les savants en question puissent lire ces dix-neuf mots latins et la date qui les accompagne :
NEA. POLIO. IMP. " AVG.
MONVMENTVM. BELLI. GERMANICI.
ANNO MDCCCV.
TT.IMESTRI. SPATIO. DVCTV. SVO. PROFLIGATI.