Causeries avec les enfants
J'ai écrit dans la préface des Petites Causeries : " Le volume intitulé Causeries avec mes élèves était destiné à mes élèves. J'y causais uniquement avec cette petite société^ charmante et d'élite, curieuse de tout savoir dans le monde des idées, des choses et de la littérature. Cependant plus de quinze cents exemplaires de l'ouvrage ont été livrés à la circulation depuis huit mois qu il a paru. Je savais bien que les personnes qui aiment à trouver dans un livre des idées, de la littérature et un peu de philosophie, sont nombreuses à Boston. Les Causeries avec r)ies élèves resteront destinées à ce public et à la classe supérieure des High Schools.
" Les Petites Causeries m'ont été demandées de tous côtés. Il fallait ce livre, plus simple, moins littéraire, pour les élèves qui ont de dix
à quinze ans, et aussi pour ceux qui étudient la langue sans avoir ces loisirs qui permettent de cultiver les belles lettres.
" Je les destine tout particulièrement aux premières classes des Ecoles supérieures et aux établissements qui font de l'enseignement du français une portion importante de leurs études.
^^ J'ai écrit un troisième volume sous le titre de Causeries avec les enfants. Il sera illustré. J'espère pouvoir le publier dans quelques semaines. Ce sera le livre des mères, et des écoles qui enseignent la langue française aux petits enfants.
^^ Enfin je prépare en ce moment avec mes élèves une grammaire que je publierai aussitôt que possible. Dans ma brochure, p. 34, j'explique comment j'entends l'enseignement de la grammaire. Il doit être profond, très-sérieux, et ne peut être commencé avant l'heure où les élèves comprennent la langue. Ce Hvre sera en conséquence écrit en français. Il aura pour titre: Entretiens sur la grammaire''
Voici les Causeries avec les enfants. Je regrette qu'elles ne soient pas illustrées. La per-
sonne qui a bien voulu se charger des illustrations n'aura terminé son travail que dans deux ou trois mois.
Les Entretiens sur la grammaire sont écrits en grande partie, et paraîtront au mois de septembre.
Je recommande tout spécialement à l'attention des professeurs les Causeries avec les enfants Elles présentent une application rigoureuse de la méthode d'enseignement décrite dans ma brochure, Introduction to the Teaching of Living Languages. Je n'ai pas perdu de vue un instant que je destinais le^ livre aux enfants, et aussi aux mères qui voudront enseigner ellesmêmes la langue française à leurs fils et à leurs filles.
La conversation dans les Causeries avec les enfants est très-facile et soigneusement graduée. Le principe capital de la méthode est qu'il faut aller sans cesse du connu à l'inconnu, faisant comprendre les mots nouveaux par ceux que l'élève a déjà acquis, et sans jamais demander aucun secours à la langue anglaise. Ce principe a été appliqué dans le présent ouvrage avec
l'attention la plus grande. Aussi, je le considère comme éminemment propre à introduire mes collègues dans la pratique de l'enseignement.
Les sujets traités dans le livre sont simples et ne dépassent pas la portée des petits enfants. Leur âge cependant ne m'interdirait pas la poésie. Y en a-t-il plus nulle part que dans l'âme de ces anges qui vivent au milieu de nous ? Ils ont leur petite sensibilité, qui est plus grande que la nôtre dans la sphère qu'elle embrasse, et une imagination avide d'être occupée et charmée. En conséquence j'ai volontiers parlé à leur coeur, et jeté dans mes entretiens avec eux toutes les fleurs que j'ai pu cueiUir.
Je crois utile de reproduire ici les lignes suivantes de la préface des Petites Causeries : —
" Il me reste à lever deux objections, ou plutôt à répondre à deux questions qui m'ont été faites par des chefs d'établissements publics.
" Quand ils m'ont vu donner une leçon à leurs élèves, à des élèves entièrement ignorants de la langue, ils ont été assez bons pour admirer ma leçon et surtout mon enthousiasme. Mais,
PREFACE. y
disent-ils, des leçons comme celle-là tueraient nos instituteurs en trois mois. Sans doute : elles me tueraient aussi. Mais ces leçons qui demandent un si rude travail au maître sont peu nombreuses. Après quelques jours il ne lui reste guère qu à enseigner comme il a eu l'habitude de le faire. Les élèves liront sous sa direction, ils écriront sous sa dictée, ils causeront avec lui : moins il parlera, plus les élèves parleront, d'autant meilleur sera son enseignement. Son esprit, comme celui de sa classe, sera toujours intéressé au travail commun, sans que ses forces physiques aient trop à souffrir.
^^ Voici la seconde question. Ne permettezvous pas de traduire ? — Nous traduisons dans nos classes. La traduction est indispensable pour achever l'étude de la langue, tout autant que la grammaire, mais comme la grammaire elle doit venir à son heure.
" Quand les élèves comprennent et parlent la langue, quand ils lisent un livre français avec facilité, quand ils ont acquis le génie de la langue nouvelle, le moment de traduire est venu. La traduction est une gymnastique in-
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tellectuelle^ puissante et indispensable. J'y donne la plus grande attention dans mes classes^ et je la recommande à tous les maîtres.
'^ Un dernier mot. J'ai employé le tutoîmeilt dans ce livre. C'est la langue de l'amitié^ langue si belle et si douce dans la bouche des Français. Les enfants en font usage dans les écoles. J'ai confiance que les jeunes Américains apprendront à l'employer en étudiant les Petites Causeries''
Naturellement les Causeries avec les enfants font aussi usage du tu et du toi.
Boston, le 10 mai, 1875.
TABLE DES MATIEEES.
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