‹ Causeries avec les enfantsChapitre 20 sur 20 · LES OISEAUX DU CIEL · texte numérisé non relu

LES OISEAUX DU CIEL

Pour notre dernière leçon^ je vous aï gardé une jolie petite poésie sur les oiseaux.

Que je voudrais comprendre,

Oiseaux, vos chants si doux, Et toujours les entendre !

Oiseaux, que dites-vous ?

— Nous chantons le bocage, Et les monts, et les fleurs,

Et notre doux ramage Est l'écho de nos cœurs.

— Dites qui vous inspire, Habitants des buissons ?

D'où vient que tout respire La joie en vos chansons ?

* — Sur la branche légère

Ne vois-tu pas les nids, Où, gardés par leur mère, S'endorment nos petits ?

— - En jouant sous Fombrage, Hélas ! pauvres petits, ' Les enfants du village

Vont découvrir vos nids.

— Oh ! pour nous point de crainte :

Vois ce feuillage épais,

Qui peut de leur atteinte Préserver nos palais.

— Craignez, oiseaux volages, Encor d'autres malheurs !

La faim, et les orages.

Et le plomb des chasseurs.

— Non, Dieu qui nous protège Nous, ses petits oiseaux,

De la faim et du piège Garde les passereaux.

Je voudrais aussi comprendre^ monsieur^ ce que disent les petits oiseaux : se comprennentils eux-mêmes^ et disent-ils quelque chose ? — En doutes-tu, Marguerite ? Ils ne feraient pas tant de bruit pour ne rien dire. — Les moineaux se disent des méchancetés, je pense, quand ils se disputent dans le parc les miettes de pain qu'on leur jette. — C'est vrai, George. C'est que leur

estomac crie dans ces moments-là. Ils ont faim.

ami^ ils meurent de faim. Il fait froid^ il gèle, la neige couvre la terre, et ils n'ont aucune espérance de trouver ailleurs leur pâture. Ils se disputent, ils se battent pour vivre. Ont-ils tort ?

— Non : je ferais comme les moineaux pour défendre ma vie.

Mais n'as-tu pas vu, George, les petits oiseaux, ne les as-tu pas entendus, quand ils sont heureux ? Us ont alors de douces paroles et se disent leur bonheur, leur amour, leurs espérances.

— Oui, j'ai vu les moineaux et les gros rougesgorges au printemps, sur le vert gazon, au milieu des marguerites blanches. — Quand ils ramassent le brin de paille qu'ils portent dans la petite maison ou sur la branche du gracieux érable? — Oui, quand ils font leurs nids. — Se disputaientils? — Oh ! que non ! Je ne sais ce que disaient les deux moineaux que j'ai vus hier, mais ils étaient pleins de joie, et ne cessaient pas un instant de pousser leurs petits cris. Il y en avait un sur l'herbe qui prenait dans son bec un brin de paille, ou une plume, ou un flocon de laine. — Et l'autre ? — Il était sur l'arbre à deux pas du nid, et quand son ami revenait, il rentrait avec lui dans la petite maison. Que disaient-ils tous deux, monsieur? — Que sais-je, cher ami! Excepté eux, Dieu seul peut le savoir. Bien

sûr, ils parlaient de leur nid, ils se disaient qu'ils s'aimaient, ils parlaient des œufs qu'ils mettront dans le nid la semaine prochaine, et de leurs enfants qui y naîtront et qui y grandiront ; et ils étaient d'accord pour faire le berceau bien chaud, bien doux. Leurs petites têtes étaient pleines de rêves enchanteurs, et ils se disaient tous leurs châteaux en Espagne. — Et quand les œufs seront au nid, la mère fera sa couvée, n'est-ce pas ? — Oui.

Ce seront les plus beaux jours, les grands jours d'ivresse. La mère couve alors tout le long du jour et toute la nuit, son âme exaltée par le spectacle que lui présente l'avenir. — Quel spectacle voit-elle dans l'avenir ? — L'entrée dans le monde de ses fils, leurs premiers cris, leur tendre appel à son cœur maternel, leur léger duvet, les cinq belles petites têtes qui bordent le nid de vie et de mouvement, et qui crient toutes ensemble : " Mère, bonne mère, donne-nous la becquée de ton bec et la chaleur de tes ailes." Et puis ne voit-elle pas les plumes qui poussent et vont vêtir ses enfants, les plus belles plumes que Dieu fît, car ses enfants seront les plus beaux des moineaux du parc et du canton. — Le père oiseau est heureux aussi, monsieur, quand les œufs sont au nid? — Oui, mon amie, il est transporté de joie et il chante son bonheur.

Un de nos poètes a compris ce qui dit le plus fameux des oiseaux, le sublime rossignol; quand les oeufs sont au nid. — Que dit-il ?

Perché sur la branche, un peu au-dessus de son nid, il regarde avec bonheur son amie, et pensant à ses enfants qu'il verra voltiger le mois prochain et qu'il inspirera de son chant, il dit d'une voix céleste.

" Dors, dors, dors, dors, dors, dors, ma douce amie. Amie, amie, Si belle et si chérie ; Dors en aimant.

Dors en couvant, Ma belle amie, Nos jolis enfants.

Nos jolis, jolis, jolis, jolis, jolis, jolis, Si jolis, si jolis, si jolis Petits enfants.

Mon amie, Ma belle amie, A l'amour, A Tamour ils doivent la vie ; A tes soins ils devront le jour.

Dors, dors, dors, dors, dors, dors, ma douce amie : Auprès de toi veille l'amour, L'amour, Mon amour, ô ma belle amie.

Avez-vous entendu cette chanson du rossignol, monsieur ? — Oui, cher ami, mon souvenir est

plein de ses chansons. — Chante-t-îl aussi le bocage^ et les monts^ et les fleurs ? — Il chante toute la belle nature que Dieu fit, il chante le silence du soir, et la douce lueur du jour qui vient. C'est l'oiseau des crépuscules. Le rossignol est l'artiste du bon Dieu, mes enfants. Il célèbre le Seigneur: quand il envoie de sa voix puissante ses cantiques au ciel, tous les petits oiseaux font silence pour l'écouter. — Le comprennentils ? — Je crois que oui, mes enfants : les oiseaux sont des artistes ; la poésie les émeut et réjouit leur heureuse existence.

Quand nous serons grands, nous irons en France et nous aurons le bonheur d'entendre chanter le rossignol. — Je vous souhaite ce plaisir. — Et nous irons dans les champs pour écouter l'autre musicien. — Quel musicien, Marguerite ? — Ne l'avez-vous pas entendu, monsieur ? maman l'a entendu : elle l'aime presque autant que le rossignol. J'ai oublié son nom; c'est l'oiseau des grandes campagnes, il ne vit ni dans les bocages ni dans les prairies; il cache son nid dans les grains, et il chante dans les airs; il monte au ciel. Maman l'a vu monter au-dessus de sa tête en formant de petits cercles, et chantant toujours. — Oui, petite amie, c'est l'alouette : on ne sait pas jusqu'où elle monte ; pendant longtemps elle est dans l'azur, bien haut, bien

haut^ invisible, célébrant le créateur du firmament et des blés verts, lui portant les actions de grâce de la terre, et sa voix retentit toujours dans nos oreilles, et puis elle redescend du ciel, chantant encore, chantant toujours. — Elle apporte les bénédictions du Seigneur ? — Oui, mon amie.

Mes chers enfants, nous avons fini nos leçons. Je vous dis au revoir. Je vous reverrai, j'espère, l'an prochain. Venez tous me donner vos bonnes petites mains, comme vous me les avez données le premier jour de cette année. Ne pleure pas, Marguerite : après les vacances nous continuerons nos chères leçons. — Je vous présente un bouquet, monsieur. — Merci, mon enfant : des boutons de rose, des héliotropes bleus, des œillets blancs, un oeillet rouge, les plus belles fleurs de ton jardin. Merci, bons petits amis ! au revoir !

Cambridge: Imprimerie de Jean Wilson et Fils.

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