‹ Causeries avec mes élèves (volume 2)Chapitre 31 sur 51 · DES ANECDOTES · texte numérisé non relu

DES ANECDOTES

Dans quel livre est le Col d'Anteme, monsieur ? — Dans les Nouvdlea GénevMiei. Cest un ouvrage d'une grande valeur. — Topfièr ne riait-il pas? — Si; il dit : " Le fou rire est une des plus douces jouissances que je connusse." II appelle ainsi le gros rire. — Nu nous lirez'vous pins rien du Col d'Anterne?

— Si ! mais pour lo moment je désire

vous abandonner un moment la parole. Racontez-noua quelques anecdotes. — Nous ne savons pas conter comme vous. — En français, non : mais il fiiut parler pour apprendre à parler. Commencez, mademoiselle.

^ Un irlandais possédait une petite maison et une vache. Sur sa maison, il y avait un toit plat tout couvert de gazon. Sa vaclie avait mangé tous les fossés d*alentour. L'Irlandais se dit : ^ Ma vache meurt de &im : pourquoi ne la mettrais-je pas sur mon toit ?" Il le fit L*y voilà ! Mais si la lourde bête tombe du toit, elle se cassera la jambe. Que faire ? Notre homme, qui était ingénieux, lui attache une longue corde au cou, en jette un bout dans la cheminée et descend rapidement. Aussitôt dans la maison, il tourna la corde autour de sa taille et se dit : ** maintenant je suis tranquille." Cinq minutes plus tard, il était sur le toit et sa bête à terre."

C'est bien. A votre tour, madame.

^ Un jour une lettre arrive à la poste de Paris avec cette adresse : *' Au plus grand poëte de France." Le facteur la porta h M. Victor Hugo. Celui-ci ne voulut pas l'accepter ; il l'envoya à M. de Lamartine, qui la refusa aussi et l'adressa à M. Alfred de Musset. Celui -.;i la fit retourner à M • Victor Hugo qui enfin l'accepta. Elle était bien à son adresse."

Ne nous direz- vous rien, monsieur ? — Je ne connais qu'une phrase. — Donnez-la.

*' Un homme se portait bien ; il voulut se porter mieux : il consulta son médecin ; il mourut."

Voilà comme le mieux est l'ennemi du bien. — Molière ne consultait pas les médecins, n*e8t-ce pas, monsieur ? — Molière ne méprisait pas tous les médecins, il n'attaqusût que le charlatanisme et l'ignorance. Il y avidt un médecin parmi ses amis. Un jour Louis XIV demande au poète ce qu'il fait quand il est malade. ^ Je fais venir mon médecin, dit-il, et nous causons. Il a beaucoup d'esprit, je l'écoute parler ; s'il me remet une prescription, je la jette au feu et je guéris." Vous voyez que s'il ne méprisait pas tons les médecins, il n'estimait aucune médecine.

£t vous, mon ami, n'avez-vous pas votre anecdote ? — Si, j'en ai une sur A. Dumas, que la sœur de mademoiselle m'a racontée en anglais il y a longtemps ; je ne sais pas si je pourrai la dire en français. — Essayez.

^ Un jour A. Dumas reçut la lettre suivante signée d'un comte français. — " Monsieur, j'ai l'honneur de vous proposer de nous associer pour la composition d'un drame. Votre nom figurera à côté du mien. Vous composerez seul le drame et je ferai seul les dépenses de la première représentation. Vous aurez tous les bénéfices, car je ne travaille que pour la gloire."

M. A. Dumas répondit : ^' Monsieur, je n'ai pas l'habitude d'atteler ensemble à ma voiture un cheval et un âne. Je regrette donc de ne pouvoir accepter votre aimable proposition."

Le comte répliqua : ^ Monsieur Dumas, je tiens note de votre refus d'unir nos travaux littéraires. Libre à vous de ne pas comprendre vos intérêts, mais ne vous permettez plus à l'avenir de m'appeler un cheval."

M. A. Dumas a dû être bien ému de cette réponse, n'est-

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ce pas, monùear? — Pas le moiiu du monde; il éuit imperturbable.

Ke coiuiaiBBez-voiig rieo, pelila fille? — J'ai une petite histoire. — Dites-la.

i Robert, ma tante, a un pedt garçon et une petite fille. Un soir que j'étais chez elle, le petit garçon cherchait une cuiller et n'en trouvtùt pas. " Ceet eunujeux, dit-il, avec impatience, quand on cherche une cuiller, on trouve toujours des couteaux. — Eh bien I s'écrie la petite fille qui habillait sa poupée, clierche no couteau et tu trouveras des cuillers."

N'a-t^elle pas de l'esprit, monsieur? — Si, c'est la n^veté, l'esprit des eulants et des vieux temps du monde, et quelquefois des bons vieillards. Il y a même des hommes qui sont toujours naïfs ; ils sont bous, car le méchant ne connaît pas la naïveté. Vous Bavez que notre cher La Fontaine fut naïf toute sa vie.

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