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— J'en suis moi-même parti ce matin." L'Anglais Milla une seconde fois.
" Je n'ù pas eu, monsieur, l'avantage de vous rencontrer en route ; il dut que vous ayez passé par le col de Balme ? —No.
— Par le Praiion, peut-être ?
— No.
-— Voas avez pu, me diton, voua procurer un guide pour demain.
— ur
— Ul I no I sot animal, me disais-je à moi-même. Fuis me décidant à brusquer l'affaire : ** Y aurait-il de Tiadiscrëtion, monsieur, à tous demander la permission de m*a8socier à vous et de partager le guide ?
— Ul, il j avë de Tindiscréchon.
En ce cas, je n'insiste point," lui dis-je, et je m'éloignai tout enchanté de ce colloque intéressant"
Cest comique et beau, monsieur. — Oui: TÔpfièr est plein de humour, — Vous n'avez pas beaucoup de humour en France, n'est-ce pas? — Non, parmi nos écrivains il n'y a guère que Xavier de Maistre et Tôpffer que le humour inspire. — Us font rire. — Oui. — On ne rit pas en France comme en Angleterre ? — Non, mais on sourit davantage. — Pourquoi les Français n'ont-ils pas le humour f — Ne devinez-vous pas ? N'ont-ils pas quelque chose que les Anglais n'ont pas ? — Si, le goût. — Sans doute ; mais il 7 a une autre qualité. — L'esprit — Voilà. Comprenez-vous pourquoi la France n'a pas le humour f — Oui. — Le humour de X. de Maistre même est plein d'esprit, celui de Tôpfièr aussi ; il ne donne pas le bon gros rire anglais, qui fitit du bien à la santé, et a si bonne mine à la table couverte de bières fortes et de quartiers de bœuf. — Vous moquez- vous du humour j monsieur? — Non, je l'envie. C'est une qualité, mais elle est anglaise, comme l'esprit est français. Hors d'Angleterre, point de humouTy ou ce n'est pas le vrai, ce n'est pas le humour pur sang ; de même point d'esprit hors de France, ou ce n'est pas le vrai : il n'est plus fin ni naturel. Examinez
d'un côte Tôpffer, de Fautre Sidnej Smith, et vous verres si c'est juste. Comprenez-yous maintenant pourquoi on sourit en France ? — Oui.
Pénétrez un jour dans une société française un peu d'élite. Ecoutez parler, regardez sourire. Quelle finesse sur ces yisages ! Voyez cette douce lumière sur le front des dames, ce rayon qui court légèrement sur toute la figure. On parle plaisir, et science, et littérature, avec le même charme, la même facilité. Quelle hauteur de pensée souvent, et quelle touche fine cependant I Vous êtes enveloppé de grâce et inondé de clarté. Comprenez-vous? jouissez-vous dans cette société? Oh! alors vous n'êtes pas anglais ; vous êtes un français tombé par accident en Angleterre.
Ne dites pas que ce tableau n'est pas exact, madame, si vous n'avez pas vécu en France. — J'y suis allée trois fois. — Je dis vivre en France. Aller en France n'apprend rien sur les Français. Celui qui voyage en France rapporte à ses compatriotes toutes les fisiusses vuesy tous les mensonges ; et il ne sait pas qu'il n'a rien vu des Français. Voyez vos journaux et leurs correspondances. Elles font pitié toujours, sauf une entre mille : elle a été écrite par un homme qui a eu le bonheur de pénétrer au foyer des Français, le plus doux des foyers. ^Les Français n'ont l^as le mot home, dit Marc Twain ; ils ont si bien la chose qn'ils n'ont pas besoin du mot." Oui, vous ne connaissez la France que si vous vous êtes assise au foyer des Français.
N'en' est-il pas de même des autres nations? — Absolument. Pensez-vous qu'on comprenne en France la puissance et la beauté du humour anglais ? Je lis tout entier David Copperfield sans trouver un seul éclat de rire.-^
Est-ce possible ? — Kt noua ne rions pas comme vous âevaut nos humorisles eux-mêmes. J'ai appris dans ce pays la puissance de notre Topffur. J'ai lu un jour à un petit cercle de profeeseura suppléants — f «fort en anglus — de l'uDiversIté de Yole, le Col d'AnterDe de cet auteur. Ce fut pour moi une lumière ouverte sur le humour. Les éclats de rire ne cesgaient pas; mes auditeurs disaient trembler ma chambre et ne pouvaient se tenir sur leurs siégea. J'étus étonné et comme perdu dans ce monde inconnu. — Ne riiez-voua pas vous-même? — Pas une seule fois ; je jouissais cependant à ma manière, car je trouve des délices dans Topfier. — N'en trouvez-vous pas dans Dickens? — Non, il n'a rien de nous; il n'est qu'anglais. — N'enviez-vous pas le gros rire aurais? — Si. — Voua le goûterez un jour. — -Je n'ai pas cette espérance.