LES CHEVEUX
VoilI la tëie. Les cheveux sont sur In tête de l'homme. Vous voyez Biir ce tableau un cheval, un âne,' un bœuf, une vache, UQ chameau. Le cheval est ^r
DD auimat. L'âne et le bœuf De sont-ils pas des animsiux? Eh bien! les animaux n'ont pas de cheveux, ils ont des poils. L'homme a des poils aussi ; la barbe, la moustache, les dis, les sourcils sont formés de poils. Regarriez la main du paysan : elle est toute couverte de poils. Âvez-vous de la barbe, mon petit ami? — Non, monsieur. — Vous u'en avez pas encore : vous êies trop jeune. On n'a pas de barbe & douze ans. Je mets mon crayon sur la crinière du cheval. Elle est formée de crins, et la queue aussi. Vous voyez que le cheval a des poils et des crins. De quel poil est votre cheval, monsieur? a-t-il cette couleur-ci, ou celle-là, ou celle-là? — n a celle-là, — Il est donc brun; le mien est noir. . . . T^ lion aussi a une crinière, une magnifique crinière, quand il est en liberté, dans la forêt Cet animal superbe et terrible n'est pas ti'èa-beau dans les ménageries. Il est malheureux dans la servitude. N'avez-vous pas pitié de lui, mademoiselle?
L'homme a donc des cheveux sur la tête. Combien ? — Oh ! beaucoup, beaucoup ; je ne peux pas les compter. — Ils ne sont pas innombrables absolument» mab il est presque impossible de les compter. Il y a des hommes qui. n*ont que trois cheveux. Ne pouvez-vous pas les compter dans ce cas ? Je suis bien sûr que oui, puisque vous avez compte avec moi Jusqu'à vingtrdeux. Vous pouvez même compter jusqu'à viugt-neuf, n'est-ce pas ? Après vingtneuf, nous disons trente ; trente plus dix font quarante, plus dix cinquante, puis soixante, puis soixante-dix, puis quatre-vingts, puis quatre-vingt-dix, et enfin cent. -^ Que c'est étrange soixante-dix et quatre-vingts I — Vous avez raison, madame ; c'est la faute de l'Académie et de l'usage. Les vieux livres disent septante, octante, et nouante ; c'est plus raisonnable et plus harmonieux. Mais qu'en voulezvous ? il faut obéir à l'usage. Dans les langues, l'axiome latin est toujours vrai, Vox populi, vox Dei, Par conséquent, ne dites pas septante, mais soixante-dix. Faisons une petite multiplication pour avoir dans notre vocabulaire toute la langue des chifiVes. Combien font dix fois cent? Cela fait mille. Ajoutez deux cents, vous avez douze cents. On ne dit pas mille deux cents. Doublez mille et vous avez deux mille. Deux mille plus cinq cents font deux mille cinq cents. Multipliez mille par mille et vous avez un million. C'est facile, n'est-ce pas, de compter en français? mais vous ne pouvez, ni en français ni en anglais, compter les cheveux de la petite fille. Ses cheveux sont très-nombreux et très-longs. Les cheveux de l'homme sont courts. La fenmie porte les cheveux longs. C'est un grand ornement, une grande beauté naturelle. Les dames le savent bien : elles se coifibnt souvent en cheveux. Elles sont charmantes ainsi. Elles sont en cheveux près-
que toujours, je veux dire à Imtérieur, car à reztërieur^elles portent quelque chose sur la tête, quelque chose de trèsbeau. Savez-vous quoi, mon ami ? — Je ne sais pas le dire en français. — Patience ! nous parlons des cheveux en ce moment. Prenez garde de ne pas dire : monsieur est en cheveux. Monsieur est à tête nue quelquefois, ou découvert, en cheveux jamais. Vous êtes à tête nue dans votre chambre, parce que c'est plus conunode, plus agréable, et plus sain. Vous ne comprenez pas le mot sain. Si vous savez le latin, sanus vous explique le sens de sain. Les Romains estiment beaucoup le mens sana in corpore sano. Mais tâchons de comprendre sans latin. Nous avons du temps ; nous pouvons faire toutes les promenades, tous les détours du monde sans perdre du temps, puisque nous parlons français tout le long de la route. Nous allons du connu à l'inconnu, comme Socrate. Nous cherchons sans cesse et nous avançons petit à petit dans le beau pays de France. Ne parlons jamais anglais, voilà Tessentiel. L'anglais n'existe pas pour nous. Il est inutile pour vous apprendre une langue étrangère, mesdames. C'est un ennemi pour nous ; il faut mettre à la porte le génie de sa langue. Voilà encore une longue digression. C'est que j'ai du plaisir de voir par votre attention que vous comprenez la langue simple et claire que je parle. Vous savez que la simplicité et la clarté sont les principaux charmes du français. C'est comme le goût de cette nation.
Mais cherchons enfin ce que signifie sain. Il n'est pas bon d'avoir la tête chaude. Pardonnez-moi: je ne sais où j'ai la tête ; je tombe de Charjbde en Scylla. Vous ne comprenez pas le mot chaud. Oh ! ne touchez pas au dictionnaire. Il fait trop obscur là pour vous. Regardez
au thermomètre que voilà. Il indique les degrés du froid et du chaud. Soizaute-huit degrés, c'est bien. Quatrevingt-dix degrés est très. . • • très-chaud ; c'est une température désagréable et malsaine. Sain est le contraire de mahain. Ainsi vous restez à tête nue chez vous, dans votre intérieur parce que c'est sain. Ici, messieurs, vous et moi, nous sommes découverts par respect pour les dames : voyez-vous la différence ?
Revenons aux cheveux, et à la chevelure. — Qu'est-ce que la chevelure, monsieur ? — Vous faites bien, madame, de m'interrompre. Si vous ne comprenez pas, c'est que je fais une faute. Eh bien ! la chevelure, ce sont les cheveux collectivement, non pas considérés distribu tivement, un à un, mais tous ensemble. Quelle belle chevelure vous avez, ma petite fille ! comme elle est longue et riche et souple ! Voilà un cheveu qui est bien fin, celui-là est gros et raide. Quelle chevelure préférez-vous, monsieur, une chevelure longue ou une chevelure courte ? — Pour les dames, je préfère une chevelure longue. — Vous avez raison, mais vous prononcez mal ; imitez-moi et dites cheuvelure. Les dames portent les cheveux en tresses comme mademoiselle, en boucles comme madame. Les tresses vont mieux à l'une, les boucles à l'autre. Il y a des cheveux noirs, il y en a de bruns, de châtains, de blonds, de roux, de gris, de blancs. Il n'y en a pas de rouges, ni dé bleus, ni de verts, ni de jaunes. Le vieillard et la vieille dame ont les cheveux gris ou blancs. Mon petit garçon, vénérez toujours les têtes blanches. Dans l'Iliade d'Homère, vous voyez que l'impitoyable Achille lui-môme respecte les cheveux blancs du vieux Priam. Mais vous ne connaissez pas encore Homère. N'importe ! vous le connaissez de rcjmtation, et Priam aussi.
Avec le peigne, on dëmôle les cheveux, on les peigne ; avec la brosse à cheveux, on brosse la chevelure. Le coiffeur coupe les cheveux avec une bonne paire de ciseaux ; il les arrange avec le peigne. Le barbier rase. Il a pour cela des rasoirs. U y a encore beaucoup de choses à dire sur les cheveux. Mais on ne peut rien terminer dans la vie. Le temps marche, marche, et marche. Il est onze heures. Il faut nous séparer.^
1 Une explication. — Au moment oîi je vais envoyer ces pages à l'imprimeur, une dame qui enseigne me fait Tobservation suivante : "J'aime beaucoup votre commencement, dit-elle: ce sera un trésor pour mes élèves et pour moi. Car vous m'avez convertie "k votre système. Mais n'allez-vous pas trop vite ? Dans ce chapitre des Cheveux, votre élève comprendra-t-il tout ce que vous dites au moyen de ce qui précède ? " Cette observation m'a décidé à mettre cette note sous mes pages.
Il ne faut pas perdre de vue que je suppose toujours que l'élève est conduit par un maître attentif et intelligent. Aucun livre ne peut remplacer complètement l'enseignement oral. £n outre, mon travail n'est qu'une portion de la leçon à donner : il peut diriger le maître, lui dicter dix questions oîi j'en fais une, et aussi inspirer rélève, l'exciter à interroger, et éveiller sa curiosité. C'est tout le système de Socrate. Si le maître passe huit jours sur une de mes leçons, il aura bien employé le temps. — On me demande aussi si l'élève doit lire mon livre avec son professeur. — Mes chers confrères dans l'enseignement, je n'ai ni le droit ni la prétention de rien vous prescrire. Mettez votre expérience à côté de la mienne, et faites ce que vous jugez le plus utile à votre élève. Si cependant vous voulez suivre mon conseil sur ce point, faites comme ceci dans les commencements : donnez le livre à vos élèves pour le lire chez eux, comme préparation à votre enseignement, mais en classe défendez-leur de l'ouvrir : leur oreille seule doit être occupée. Quand ils seront devant vous, faites-leur cent questions ^ur la leçon du livre, et si vous voulez, lisez-leur vous-même une page du livre, et faites-leur tout comprendre san^ jamais prononcer un mot d'anglais. Là est le secret et la condition du succès. C'est une
Queêtions, — Que signifie le mot sain f — Savez-vous le latin? — Étudiez-vous le latin? — £strce une langue vivante ou une langue morte? — Nommez les deux grandes langues de l'antiquité.
Pouvons-nous comprendre le mot sain sans le secours du latin? — Avons-nous le temps de chercher la signification de ce mot ? — Pouvons-nous faire une promenade à la recherche du mot sai/iy sans perdre du temps ? — Pourquoi?
Connaissez-vous Socrate ? — Est-îl vivant ou mort ? — Est-ce un grec ou un latin ? — Son nom est-il immortel ? •— Sa sagesse est-elle fameuse ?
Est-il bon de parler anglais en ce moment ? — L'anglais est-il utile pour apprendre le français ? — - Les digressions sont-eUes inutiles ? — La langue française est-elle simple ?
— Est-elle claire? — Comprenez-vous cette langue? — Comprenez-vous l'anglais ? — Est-ce que je parle français ? — Et vous, madame, parlez-vous français ? — Quels sont les principaux charmes du français ? — La nation française a-t-elle le goût de la simplicité ? — Aimez-vous la simplicité, le naturel, et la clarté ? — Aimez- vous l'harmonie ? — Quel est l'opposé de la clarté ? — Est-il bon d'avoir la tête chaude ? — Comprenez-vous le mot chaude f
— Qi^' est-ce que Charybde ? — Est-ce une montagne, une vallée, ou un rocher ? — Charybde est-il à Boston ? -^ Et Scylla?
Fait-il clair ou obscur dans le dictionnaire ? — Montrez le thermomètre. — Qu'est-ce qu'il indique ? — Comprenezrévolution dans renseignement, mais elle est nécessaire ; il y a trois siècles que Rabelais et Montaigne la demandaient déjà. Depuis trois siècles tout a marché, excepté l'enseignement. N'est-ce pas humiliant pour nous ?
VOUS maintenant les mois chaud et tainf — Quel est le contraire de sain? — N« restez-vous pas à tête nue chez vous ? — Pourquoi ? — Ici, dans la chambre, êtes-vous couvert ou découvert? — Pourquoi êtes-vous découvert?
— Qu'est-ce <]ue la chevelure? — Ëst-etle sur la main ou sur la lêle ? — Avez-vous des cheveux blonds ou des fheveus bruns? — Aimez-vous une chevelure chàtmiie?
— Préférez-vous les femmes blondes ou les brunes? — Connaissez -vous Homère, Achille, et Priam? — Avec quoi démêle-t-on les cheveux? — Avec quoi le coifièur coupet-il les cheveux ? — Avez-vous des ciseaux, mademoiselle ?