‹ Causeries avec mes élèves (volume 2)Chapitre 8 sur 51 · LA SALLE DE CLASSE · texte numérisé non relu

LA SALLE DE CLASSE

Pour varier notre conversation parlons aujourd'hui des objets qui sont ici autour de nous.

Oh Bommes-nous ? sommes-nous à l'extérieur ou à l'iittérienr? — A. l'inlcrieur. — Oui : nous sommes dans une chambre.

Comment appelle-t-on cette chambre? — Une salle de classe. — Me voyez-vous? — Oui, — Je suis debout Êtes- vous debout ou assis, mon ami? — Je ne suis pas debout. — Non : vous êt^s assis et madame est assise. Êtes-vous assise sur la table, madame? — Non, certes: je suis assise dans le fauteuil. J'ai le fauteuil aujounl'hui. — Aimcz-vouB le fauteuil? — J'aime autant une chaise.

— Qui occupe le fituteuil à la chambre des représentants ? — C'est le Speaker. — Comment appelez-vous ce monsieur?

— Je me trompe, monsieur; je veux dire le parleur. — Le parleur! parle-t-il plus que les autres représentants?^ Non : il parle moins. — Quelle idée de l'appeler parleur ! c'est le grand écouteur au contraire. On l'appelle en français président — C'est très-bien, monsieur ; car il préside.

Que faites-vous, mon ami ? — Rien. — Vous avez tort ; car il faut écouter et parler ici. Voyez-vous la table ? — Oui. — Où est-elle ? — Dans la chambre. — N'v a-t-il rien sur la table ? — Si : il y a beaucoup de choses. — Oui : voilà un livre, voilà un chandelier, une plume, un crayon, un presse-papier, un coupe-papier, un canif. — Où est le livre ? — Il est sur la table. — Et la plume ? — La plume aussi. — Venez ici. Bien. Prenez la table. — Je ne peux pas. Elle est trop pesante. — Prenez le crayon. Retournez à votre place. Où est le crayon ? — Il est dans ma main. — Jetez-le à terre. Que faites-vous? Ramassez le crayon. Passez-le à votre voisine de droite.

Qui est votre voisine de droite ? Madame, que ûtit-on avec un crayon? — On écrit. — Oui: il y a plusieurs espèces de crayons. — Que signifie plusieurs^ monsieur ? — C'est la pluralité. Un n'est pas plusieurs. — Quels cra^^ ons y a-t-il ? — Il y a le crayon ordinaire, le crayon d'ardoise, et le crayon de dessin. Je vous les montre. Regardez.

Quel est le plus dur des trois ? — C'est le crayon d'ardoise. — Ecrit-on avec ce crayon -ci sur une ardoise ? — Non : on écrit sur le papier. Que fait-on avec ce crayonlà? — Je ne sais pas le dire en français. — On dessine. — Et avec le troisième ? — Vous êtes distrait, monsieur :

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voas montrez la plume. — Pardon. Que £eiit-on avec la plume? — On écrit. — Peut-on écrire avec la plume sans encre ? Voilà l'encre dans l'encrier. — Non ; l'encre est nécessaire pour écrire. — Voyez-vous ces objets ? — Oui ; qu'est-ce que c'est? — Celui-ci est un grattoir, celui-là est un morceau de gomme. Pouvez-vous effacer l'écriture à la plume avec la gomme? — Non; il faut le grattoir. — Voilà un petit bâton de craie. Avec la craie on écrit sur la planche noire. On efface cette écriture avec l'éponge. Mon ami, n'effîicez jamais avec vos doigts: ce n'est pas propre.

Regardez le cliandelier,là sur la tablette de la chemînéa Est-il assis, couché, ou debout ? — Il est debout — Oui il repose sur un pied unique. — Pourquoi a-t-il besoin d'un pied ? — Pour se tenir debout Voilà une chandelle. Où est-elle? — Elle est sur le chandelier. — Non, mademoiselle : elle est dans le chandelier. — Qu'est-ce qu'une bougie, monsieur? — C'est une chandelle de cire. Elle est préférable à la chandelle. — Pourquoi ? — Pour plusieurs raisons : elle ne fume pas ; sa lumière est plus claire ; sa flamme ne vacille pas ; elle a une odeur agréable. Voyezvous cette extrémité dé la chandelle ? — Oui. — C'est une mèche^ On mouche la chandelle avec les mouchettes. Vemployez pas vos jolis doigts pour cet usage, petite fille. — Pourquoi? — Parce qu'on se brûle à la chandelle, n'est-ce pas, madame ? — Oui, et on se salit les doigts.

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e leçon sans parler corps. Les repas lanta pour la con- 1 n'y» pas de conversation à table, monsieur. — Pardon, mon ami i en France, on parle beaucoup à table. — Parle-t-on français à table? — Bien entendu : on ne parle que français.

A quelle heure déjeunez-vous, madame? — Je dëjeuue à sept heures et demie. — Kt vou', mademoiselle? — Je déjeune à sept heures. — Vous déjeunez plus tôt que madame. Et vous, mon ami? — Je déjeune h neuf heures et demie. — C'est bien tard. Je suis sur que vous vous levez lard aussi. — Je me lève & neuf heures. — Oh! petit paresseux ; vous perdez les heures les plus belles et Ia9 plus précieuses du jour. — Non. monsieur. Je me lève plus tôt que mademoiselle. — Comment! — Mademoiselle déjeune une demi-heure plus tard que moi. — Je crois que nous ne nous comprenons pas. Montrez-moi par vos doigta à quelle heure vous vous levez. Ah ! voilà. Vous me montrez six, et vous dites neuf. Vous tous couchez tfit, je suppose. — Oui: je me couche à huit heures et demie. — Vous faites bien : il est bon pour le corps et pour l'esprit de se lever et de se coucher de bonne heure.

Où déjeunez- vous, dans votre chambre à coucher, ou dans la salle à dîner ? — Dans la salle à dîner. — La salle à dîner ou la salle à manger, c'est la même chose. Dans les grandes maisons, où il y a beaucoup de monde, dans les pensionnats par exemple, on nomme la salle à manger réfectoire, la chambre à coucher dortoir. Aimez-vous la vie de pension, mademoiselle ? — Je ne la connais pas. Je compte aller à Vassar Collège Tannée prochaine. — Je vous félicite de votre bonne résolution. C'est une maison de premier ordre. — Oui, monsieur; c'est un honneur pour l'Amérique, n'est-ce pas ? — Oui, et un grand honneur pour la femme américaine ? — Aimez-vous les Américaines? — Beaucoup, beaucoup ; et je les admire tous les jours davantage. Elles sont comme la germandrée : plus DU les voit, plus on les aime. — Est-ce une femme la germandrée ? — Non : c'est une petite fleur qui a pour emblème : " Plus je vous vois, plus je vous aime" — Elle doit être bien belle. — Oui.

Mais regardez-la bien, et longtemps, longtemps. Un beau jour, quand le soleil luit doucement dans le ciel, et la poésie dans votre cœur, allez au jardin et mettez-vous à genoux devant la petite fleur, la riante germandrée. Regardez bien dans son calice, regardez au fond. Vous foilà charmée I vos yeux ne peuvent pas se détacher ; plus vous la regardez, plus fascinant apparaît son sourire et vous restez à genoux. Cependant le pinson chante avec passion sur le poirier du jardin près du nid où sont ses amours, et vous entendez le concert lointain des alouettes qui montent au ciel. — On monte au ciel aussi, n'est-ce pas, monsieur, quand on est à genoux devant la germandrée ? — Oui, madame, avec les alouettes, mais on reste à genoux. — Sommes-nous comme la germandrée ? — Pouvez-vous

en douter, madame ? — Parlez de l'alouette, monsieur. — Un autre jour. Vous savez que nous parlons au présent : vous ne connaissez pas encore les temps futurs ni les temps passés en français. — Eh bien ? — 11 est difficile de parler de Talouette maintenant. — Ëst-elle dans le passé ? — Elle est en Europe, dans le vieux monde, comme vous savez. — Enseignez-nous les temps passés. — Oui, la prochaine fois, et les temps futurs aussi.

Parlons encore un peu des repas. Il est dix heures et demie; il nous reste une demi-heure. Ne prenez-vous jamais vos repas dans votre chambre ? — Si : quand je suis ... je ne sais pas le mot français. — Quand vous n'êtes pris capable de descendre a la salle à dîner, n'est-ce pas ? qaand vous êtes faible, malade. — Quel est le contraire de malade, monsieur ? — C'est bien portant Vous êtes bien portante, n'est-ce pas, madame, vous êtes en bonne santé? Jouissez-vous habituellement d'une bonne santé ? — Non, malheureusement : je jouis souvent d'une mauvaise santé. — Voilà une triste jouissance ! c'est le contraire d'une jouissance; c'est une souffrance. Dites: j'ai une mauvaise santé, une pauvre santé. Comment vous portez-vous, mon ami ? — La chaise me porte. — Oui, vraiment; mais nous nous portons nous-mêmes en français ; et quand nous jouissons d'une bonne santé, nous nous portons bien ; nous n'avons pas besoin de chaise. Quand nous sommes faibles, nous nous portons mal; nous ne sommes pas capables de rester debout ; nous nous asseyons dans le fauteuil, ou nous nous couchons sur le canapé. — Et quand nous sommes malades, monsieur? — Alors nous gardons le lit et nous appelons le médecin. — Il est chez le pharmacien, n'est-ce pas? — Pardon! vous confondez le médecin avec la médecine. Ne dites jamais cela à votre docteur.

Que faites-vous à table, mon ami ? — Je mange et je bois. — Que mangez-vous ? — Je ne sais pas. — Vous mangez du pain noir ou du blanc ; aussi du pain de maïs : c'est le pain américain. Vous mangez de la viande de bœuf, de mouton, de veau, et de porc, et beaucoup d'autres choses saines et bonnes. Il est onze heures. A demain.

Questions. — A quelle heure descendez-vous de votre chimibre pour déjeuner? — Déjeunez-vous avant de vous lever ? — Déjeunez-vous au lit quelquefois ? — Quand ? — Etes-vous souvent malade ?

Comment vous portez-vous aujourd'hui ? — Conunent se porte monsieur votre père ? — Et * madame votre mère ?

Déjeunez-vous seul ou avec vos parents ? — Aimez-vous de manger seul ? — Faites-vous la conversation à la table de famille ? — La table fournit-elle la nourriture au corps ou à l'esprit ? — La conversation n'est-elle pas une nourriture? — Est-ce une nourriture corporelle ou une nourriture intellectuelle?

Les Anglais mangent-ils peu ou beaucoup ? — Un anglais mange-t-il plus où moins que trois français ? — Un américain mange-t-il plus qu'un français ? — Ne savez-vous pas qu'on dit en France : " Ce monsieur mange comme quatre;" et "Il mange comme un anglais? — Pourquoi un anglais mange-t-il comme quatre ? — Un ogre mange-t-il comme quatre ? — Un anglais n'est pas un ogre, n'est-ce pas ?

Avez-vous faim, mon ami, quand vous vous levez ? — Avez-vous encore faim après le déjeuner? — Avez-vous soif avant le déjeuner? — Et après ?

Que buvez-vous le matin, du thé ou du café? — Aimezvous le thé fort ? — Mettez-vous du lait dans votre thé ?

— Prenez-vouB votre café noir, madame ? — Est-ce que le café est siûn ? — Connaissez-vous les deux poisons américains ? — Est-il vrai que le thé est un poison ? — Et Peau glacée aussi ? — Ne buvez-vous pas de vin ? — Le vin de France est-il sain ? — N'est-il pas une bénédiction de Dieu pour la France ? — Est-il bon de boire du vin en France ?

— N'est-îl pas dangereux de boire du vin en Amérique ? Appartenez-vous à une société de tempérance ? — La

tempérance est-elle un vice ou une vertu ?

Aimez-vous les légumes, monsieur? — Que préférezvous, les pommes de terre, les petits pois, les asperges ou les choux-fleurs ? — Quel est le principal légume ?

Préférez-vous la pomme de terre aqueuse ou la farineuse ? — Aimez-vous les pommes de terre cuites à Peau ?

— Les aimez-vous mieux cuites au four ? — Comment trouvez-vous la purée de pommes de terre? — Mangezvous la peau des pommes de terre? — Les pèle-t-on avant de les manger? — Qui mange la peau des pommes de terre?

Aimez-vous les fruits ? — Dites-moi votre préférence entre ces fruits : la pomme, la (>oire, la prune, le brugnon, la pêche, Tabricot, le raisin, la cerise, la fraise, la mûre, la framboise, la groseille, Torange, et le citron.

N*aimez-vous pas les noix ? — La noisette est-elle un fruit sec ou un fruit juteux? — Et la poire ?

sont-ils aussi sains que les fruits juteux ? — Les fruits mûrs sont-ils malsains ? — Et les fruits verts?

Connaissez-vous la germandrée ? — Quelle est sa signification dans le langage des fleurs ? — Qu'est-ce que le calice d'une fleur ? -:- Connaissez-vous le pinson et l'alouette ? N'avez-vous pas lu la belle poésie de Shellej, Hie Skylark f — Y a-t-il des alouettes dans le pays de Shelley ?

— Y en a-t-il en Amérique? — Vous avez importé les moineaux: pourquoi ne demandez-vous pajs aussi des alouettes à l'Europe ? — N'aimez-vous donc pas la poésie ?

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