‹ Causeries avec mes élèvesChapitre 9 sur 54 · LES REPAS · texte numérisé non relu

LES REPAS

Encore une leçon sans parler des parties du corps. Les repas sont si importants pour la conversation ! — Il n'y a pas de conversation à table, monsieur. — Pardon, mon ami : en France, on parle beaucoup à table. — Parle-t-on français à table? — Bien entendu : on ne parle que français.

A quelle heure déjeunez-vous, madame ? — Je déjeune à sept heures et demie. — Et vous, mademoiselle? — Je déjeune à sept heures. — Vous déjeunez plus tôt que madame. Et vous, mon ami ? — Je déjeune à neuf heures et demie. — C'est bien tard. Je suis sûr que vous vous levez tard aussi. — -.Je me lève à neuf heures. — Oh ! petit paresseux ; vous perdez les heures les plus belles et les plus précieuses du jour. — Non, monsieur. Je me lève plus tôt que mademoiselle. — Comment ! — Mademoiselle déjeune une demi-heure plus tard que moi. — Je crois que nous ne nous comprenons pas. Montrez-moi par vos doigts à quelle heure leous vous levez. Ah ! voilà. Vous me montrez six, et vous dites neuf. Vous vous couchez tôt, je suppose. — Oui : je me couche à huit heures et demie. — Vous faites bien : il est bon pour le corps et pour l'esprit de se lever et de se coucher de bonne heure.

Où déjeunez-vous, dans votre chambre à coucher, ou dans la salle à manger ? — Dans la salle à manger. — La salle à manger ou le réfectoire, c'est la même chose. Dans les grandes maisons, où il y a beaucoup de monde, dans les pensionnats par exemple, on nomme la salle à manger réfectoire, la chambre à coucher dortoir. Aimez-vous la vie de pension, mademoiselle ? — Je ne la connais pas.

Je compte aller à Vassar Collège Tannée prochaine. le

vous félicite de votre bonne résolution. C'est une maison de premier ordre. — Oui, monsieur ; c'est un honneur pour l'Amérique, n'est-ce pas ? — Oui, et un grand honneur pour la femme américaine ? — Aimez-vous les Américaines?— Beaucoup, beaucoup ; et je les admire tous les jours davantage. Elles sont comme la germandrée : plus on les voit, plus on les aime. — Est-ce une femme la germandrée ? — Non : c'est une petite fleur qui a pour emblème : " Plus je vous vois, plus je vous aimer — Elle doit être bien belle. — Oui.

Mais regardez-la bien, et longtemps, longtemps. Un beau jour, quand le soleil luit doucement dans le ciel, st la poésie dans votre cœur, allez au jardin et mettez-vous à genoux devant la petite fleur, la riante germandrée. Regardez bien dans son calice, regardez au fond. Vous voilà charmée ! vos yeux ne peuvent pas se détacher ; plus vous la regardez, plus fascinant apparaît son sourire et vous restez à genoux. Cependant le pinson chante avec passion sur le poirier du jardin près du nid où sont ses amours, et vous entendez le concert lointain des alouettes qui montent au ciel. — On monte au ciel aussi, n'est-ce pas, monsieur, quand on est à genoux devant la germandrée ? — Oui, madame, avec les alouettes, mais on reste à genoux» — Sommes-nous comme la germandrée ? — Pouvez -vous

en douter, madame ? — Parlez de l'alouette, monsieur. — Un autre jour. Vous savez que nous parlons au présent vous ne connaissez pas encore les temps futurs ni les temps passés en français. — Eh bien ? — Il est difficile de parler de l'alouette maintenant. — Est-elle dans le passé ? — Elle est en Europe, dans le vieux monde, comme vous savez. — Enseignez-nous les temps passés. — Oui, la prochaine fois, et les temps futurs aussi.

Parlons encore un peu des repas. Il est dix heures et demie ; il nous reste une demi-heure. Ne prenez-vous jamais vos repas dans votre chambre ? — Si : quand je suis . • . je ne sais pas le mot français. — Quand vous n'êtes pas capable de descendre à la salle à manger, n'est-ce pas ? quand vous êtes faible, malade. — Quel est le contraire de malade, monsieur ? — C'est bien portant. Vous êtes bien portante, n'est-ce pas, madame, vous êtes en bonne santé ? Jouissez-vous habituellement d'une bonne santé? — Non, malheureusement: je jouis souvent d'une mauvaise santé. — Voilà une triste jouissance ! c'est le contraire d'une jouissance ; c'est une souffrance. Dites : j'ai une mauvaise santé, une pauvre santé. Comment vous portez- vous, mon ami ? — La chaise me porte. — Oui, vraiment; mais nous nous portons nous-même? en français ; et quand nous jouissons d'une bonne santé, ~«>us nous portons bien ; nous n'avons pas besoin de chaise. Quand nous sommes faibles, nous nous portons ma1 ; **ous ne sommes pas capables de rester debout ; nous nous ~sseyons dans le fauteuil, ou nous nous couchons sur le carapé. — Et quand nous sommes malades, monsieur? — Alr^s nous gardons le lit et nous appelons le médecin. — Il est chez le pharmacien, n'est-ce pas ? — Pardon ! vous confondez le médecin avec la médecine. Ne dites janaais ^«la à votre doc teur.

Que faites-vous à table, mon ami ? — Je mange et je bois. — Que mangez-vous ? — Je ne sais pas. — Vous mangez du pain noir ou du blanc ; aussi du pain de maïs : c'est le pain américain. Vous mangez de la viande de bœuf, de mouton, de veau, et de porc, et beaucoup d'autres choses >aiues et bonnes. Il est onze heures. A demain.

Questions. — A quelle heure descendez-vous de votre chambre pour déjeuner ? — Déjeunez-vous avant de vous lever ? — Déjeunez-vous au lit quelquefois ? — Quand ? — Ktes-vous souvent malade ?

Comment vous portez-vous aujourd'hui? — Comment se porte monsieur votre père ? — Et madame votre mère ?

Déjeunez-vous seul ou avec vos parents ? — Aimez-vous de manger seul ? — Faites- vous la conversation à la table de famille ? — La table fournit-elle la nourriture au corps ou à l'esprit ? — La conversation n'est-elle pas une nourriture ? — Est-ce une nourriture corporelle ou une nourriture intellectuelle?

Les Anglais mangent-ils peu ou beaucoup ? — Un anglais mange-t-il plus ou moins que trois français ? — Un américain mange-t-il plus qu'un français ? — Ne savez-vous pas qu'on dit en France : " Ce monsieur mange comme quatre ; " et " Il mange comme un anglais ? — Pourquoi un anglais mange-t-il comme quatre ? — Un ogre mange-t-il comme quatre ? — Un anglais n'est pas un ogre, n'est-ce pas ?

Avez- vous faim, mon ami, quand vous vous levez ? — Avez- vous encore faim après le déjeuner? — Avez-vous soif avant le déjeuner? — Et après?

Que buvez-vous le matin, du thé ou du ca££ - Aimezrous le thé fort? — Mettez-vous dv V, d> , jtre thé ?

. — Prenez -vous votre café noir, madame ? — Est-ce que le café est sain ? — Connaissez-vous les deux poisons américains ? — Est-il vrai que le thé est un poison ? — Et l'eau glacée aussi ? — Ne buvez-vous pas de vin ? — Le vid Jo France est-il sain ? — N'est-il pas une bénédiction de Dieu pour la France ? — Est-il bon de boire du vin en France î

— N'est-il pas dangereux de boire du vin en Amérique ? Appartenez-vous à une société de tempérance ? — La

tempérance est-elle un vice ou une vertu ?

Aimez-vous les légumes, monsieur? — Que préférezvous, les pommes de terre, les petits pois, les asperges ou tes choux-fleurs ? — Quel est le principal légume ?

Préférez-vous la pomme de terre aqueuse ou la farineuse? — Aimez-vous les pommes de terre cuites à l'eau ?

— Les aimez-vous mieux cuites au four ? — Comment trouvez-vous la purée de pommes de terre ? — Mangezvous la peau des pommes de terre? — Les pèle-t-on avant de les manger? — Qui mange la peau des pommes de terre?

Aimez -vous les fruits ? — Dites-moi votre préférence entre ces fruits : la pomme, la poire, la prune, le brugnon, la pêche, l'abricot, le raisin, la cerise, la fraise, la mûre, la framboise, la groseille, l'orange, et le citron.

N'aimez-vous pas les noix ? — La noisette est-elle un fruit sec ou un fruit juteux ? — Et la poire ? — Les fruits secs sont-ils aussi sains que les fruits juteux ? — Les fruits mûrs sont-ils malsains ? — Et les fruits verts ?

Connaissez-vous la germandrée? — Quelle est sa signfti cation dans le langage des fleurs?-— Qu'est-ce que le calice d'une fleur? — Connaissez-vous le pinson et l'alouette 1 N'avez-vous pas lu la belle poésie de Shelley, The Sky lark ? — Y a-t-il des alouettes dans le pays de Shelley ?

— Y en a-t-il en Amérique ? — Vous avez importé les moineaux : pourquoi ne demandez-vous pas aussi de§ fouettes à l'Europe ? — N'aimez-vous donc pas la poésie 1

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