‹ Causeries d'un curieux (volume 2)Chapitre 19 sur 97 · TOME III · texte numérisé non relu

TOME III

Terreurs de Henry III

L'année 1585 s’annonce par

des agitations.

Le maréchal de Matignon devient magnifique.

114 HENRY III

bouleverser l’empire. D’un côté, Henry III est satisfait d une levée de boucliers entre Henry de Navarre et les Guise; mais de l’autre, il frémit de F ascendant du héros qui s’est révélé ; de l’ascendant de la Ligue, qui rayonne au loin, enlace la France et rattache ses anneaux à F étranger. Le prudent et adroit Matignon a l’œil à tout, tenant en bride Ligueurs *et Huguenots ; et ce fut cette même année 1585, dans le mois de mai, qu’eut lieu la monstre générale , c’est-à-dire la revue de tous les habitants armés de Bordeaux, préparée par lui.

Le commencement de cette année 1585 ne fut pas aussi calme que l’avait été celui de l’année précédente. Les circonstances étaient plus tendues; et si l’on n’en était pas encore venu aux mains, tout frémissait, tout menaçait, et la mêlée n’était pas loin.

Pour son compte, le maréchal, devenu magnifique, faisait faire des remontes en Espagne et enrichissait ses propres écuries (1). Voici une

(1) Suivant Brantôme, il était assez mal équipé, avec une fortune mal en point, quand il partit pour sa lieutenance de Guyenne, et il en revint fort grassement pourvu; « car de dix mille livres de rentes qu’il avoit quand il alla en Guyenne, il est mort en ayant acquis cent mille, en douze ans qu'il en a esté gouverneur. C’est gratter cela. Aussy a on dict de luy après sa mort : « Bienheureux est le fils de qui l’âme du » père est damnée, » qui est une vieille maxime que l’on ne se peut jamais tant tout à coup enrichir, que l’on ne se donne au diable. » (Braxtôme, OEuvres complètes , t. IV, p. 43.) Et plus loin : « Il est mort le plus riche gentil homme de France; dont il me souvient que lorsqu’il estoit nostre mareschal de camp en cette petite armée de M. de Nevers contre Monsieur, il n’avoit que dix chevaux de son

train . et par Dieu, moy qui n’estois qu’un petit compagnon, j’en

avois bien autant. » ( Ibid .) Et plus tard il avait un haras et des plus fins.

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