SIGNES DU TEMPS. - NOUVELLES DE COUR ET DE GUERRE
Guis fui or, ô cives ! quis tanta licentia ferri ï (Lucan., 1 , 3.)
La mort
du
duc d’Anjou fait
du Béarnais l’héritier présomptif de la couronne de France.
Henry III
Survint, le 10 juin 1584, la mort de Monsieur , duc d’Anjou, dernier des fils de Henry II. Cette mort rapprochait du trône de France Henry de Navarre, en attendant que la mort de Henry III le fit roi. Alors toutes les ambitions éveillées se dressent et s’agitent.
Ce Henry III n’avait, à la vérité, que trente-trois ans, deux de plus que son beau-frère de Navarre; mais ridicule par ses petitesses, odieux par ses cruautés,^ rebutant par ses vices, imprévoyant et décousu dans sa politique, n’ayant plus de courage que contre les femmes , comme le dit en ses Mémoires sa sœur Marguerite, il dégoûtait tous les partis. Ici, appuyé sur nos divisions, Philippe II d’Espagne rêve la conquête de la France; là, les Guise, une prétendue restauration à leur profit; les grands,
Et II E IN 11 Y III.
l’érection de petites principautés en leur faveur. A travers toutes ces rivalités et intrigues, les doctrines les plus fougueuses de la démagogie sont soutenues par la prédication de moines factieux ; et ces prétendus ministres de paix remuent les entrailles du peuple et l’exhortent à jouer du couteau. Arrive 1585 : les Guise se démasquent et la Ligue éclate. Henry 111, effrayé, et qui 11e saurait faite encore cause commune avec elle, dépêche auprès du Roi de Navarre, pour l’engager à se faire catholique et à venir à la cour. Bourbon refuse. Le Roi de France recueille le fruit de son imprudence.
Cette Ligue, il 11e faut pas croire qu elle fût tout d’abord sortie du cerveau des Guise, armée de la prévision de ses lointaines conséquences, de la prétention au trône; non, elle avait eu ses phases diverses, ses aspirations successives. Sa politique, bornée, au début, à servir de contre-poids aux envahissements du Calvinisme , avait grandi avec les faiblesses du Roi , avec les méfiances , le mépris et le dégoût qu’il inspirait. D’un coup, il eût pu la détruire aux États de Blois ; mais il avait cru l’anéantir alors ou s’en faire un instrument, en s’en déclarant le chef. Mesure adroite à la rigueur, s’il eût su dès lors miner sourdement la cabale. Malheureusement, la crise passée, il agit comme s’il eût été assuré qu’elle ne dût plus se reproduire ; il s’endormit dans la politique des rois fainéants ; il vécut au jour le jour et laissa se fortifier et s’étendre, sous l’autorité de son nom royal, une faction formidable , qui devait saper son trône et
Année 1585.
La Ligue éclate.
Son origine.
La Ligue forte de la faiblesse du Roi.