C ARTUL AIRE DE MATIGNON
a pieu me prometre que je reseurois de nous sur ce sugect et croire sertainemant que uous n’aués seruiteur qui auec plus d’affection uueille exposer tout ce qu’il tient de plus cher, que je feray toutes les fois, que l’aucasion de uous randre tres-humble seruice me sera offerte. Je ne sache rien de nouueau qui mérité qu’en soies aduerti. Vous baisant très liumblemant les mains, et prie Dieu ,
» Monsieur, vous donner heureuse et longue nie.
» D’Aübeterre, se premier de féurier 1585.
» Votre très humble cousin et seruiteur » Aubeterre. »
Par excès de zèle Matignon blesse M. de Saint-Luc dans
ses sentiments de
loyal serviteur du Roi de France.
Mais en ces temps de troubles civils, où, comme on l a dit, tant de partisans couraient la campagne ; où chacun se mettait personnellement sur la défensive, et, se créant sa petite indépendance féodale, se fortifiait chez soi et s’entourait de clients, armés à bonne ou mauvaise intention, le maréchal était incessamment en défiance. Partout il poussait la sonde, parfois même trop à fond et trop loin, malgré sa prudence, et il blessa par cet excès de zèle un homme des plus dévoués à la couronne : c’était François d’Epinay, seigneur de Saint-Luc, baron de Crevecœur, d’Arvert et de Gaillefontaine , gouverneur de Saintonge et de Brouage, « très gentil et accompli cavalier, » au témoignage de Brantôme, « et en tout s’il en fut à la cour ; « le même qui , depuis fait prisonnier à C outras , se voua au Roi Henry IV, et fut tué au siège d’Amiens, le 8 septembre 1597. On menaçait de l’attaquer chez lui :
SAINT-LUC
il le savait, et songeait à se fortifier contre les surprises. Mais des propos l’avaient représenté comme se préparant à quelque attentat sur l une des villes du Roi. Un garde-magasin royal, qui lui avait ajusté des pétards, avait été arrêté par ordre du maréchal, et Saint-Luc avait à le défendre et à se défendre luimême. Guy de Lanssac, autre fidélité à F épreuve, vint à la rescousse pour faire délivrer le prisonnier.
A Monsieur de Matignon , maréchal de France.
«Monsieur, écrivait Saint-Luc au maréchal, ayant reconneu aus paroles que le Sr Naudot ma dites de vostre part que vous adjoustes foy aus bruis qui ôt couru et mesmement aus nouueaus aduis que vous aues eus que je voulois surprendre Angoulesme, je vous ay depesche ce porteur pour vous assurer que cest chose a quoy je nav james pense,' et aultant eslongnee de ma volonté, corne tous mes deportemens sont asses eslongnes d’une telle entreprise. Jeusse fort desire, Monsieur, quil vous eust pieu , auant que den croire quelque chose, me fere aultant d’honneur que Je Roy men a fait, menuoyant icy home qui peust cônoistre et veoir a lœil ce qui en est, ou ]}ien côsiderer si jay le pouuoir de mener trois canons, quant bien jen aurois la volonté. Ceux qui semët ses bruis et qui me donnêt tant d’allarmes ne taschêt qua me renger a quelque desespoir, car il y a fort peu ou du tout point dapparence. Si jay jusques a maintenant vn seul home aus champs, ou sil se trouue que jaye pratique ou pour Angoulesme ou pour aultre chose, que Ion ne me tienne jamais pour home dhonneur. Je voy que Blanchart ny a non plus pense et quil est seul ches luy. Mais quov que ce soit,
Lettre
tle Saint-Luc au maréchal de Matignon.
22 mars 1585.
11 se défend contre l’accusation de vouloir entreprendre sur
aucune ville du Roi.
SAINT-LUC
Autre lettre de Saint- Luc à Matignon.
29 mars 1585.
si dicy a trois a quatre ou a sis mois ou plus, il sexecute sur Angoulesme ou aultre ville catholicque et du Roy aucune chose de ma part, je veus bien qne vous gardÿes ceste lettre et que vous me la reprochées, ne me reputant ce que je suis ny tel que jay tousiours fait profession destre. Et quant bien les armes se prendront corne lô dit quelles font du coste de la France, je ne ferav james que ce qu’un geâtilhôme dhonneur, bon seruiteur, doit. Jeusses fort desire auoir cest honneur de vous voir et vous le côfirmer dauantage. Mais je ne sçay, veu ces fascheus bruis, quelle assurance je pourrois prendre daller a Bordeaus. Je ne laisse pour cela, Monsieur, de vous estre très humble et très afectione seruiteur, de quoy, en toutes les ocasions qui soffriront james, je vous donneray, et en effet et en volonté preuue très certaine et très asseuree. Je me recommande très humblement a vos bônes grâces et prve Dieu ,
» Monsieur, vous donner en santé très bône et longue vye.
» De Broage, le 22 mars 1585.
» Yostre très humble et très affectionne » serviteur,
» S^Luc. »
Le 29 suivant, Saint-Luc écrivait encore au maréchal :
» Monsieur, jusques a maintenant quoy que Ion en ayt dit ou creu, je nay james ny fet aucune entreprise3 ny fet lever home du monde; et vous souuiene de cela, s’il vous plaist, dont jatendray reproche sil se trouue aultrement. Je nentreprendray james rien contre les villes du Roy; mais voyant les leuees se fere partout, je pense fere ce que je dois, dassembler dores-
SAINT-LUC
nauant mes amis, qui ne seront a si petit nombre que Même le Roy de Nauarre nÿ les siens me puissent nuyre. Je de'
. ses sentiment
suis aduerty que Ion me veult assiéger, et le scay, royalistes, pour estre chose qui court par les miens aduertis de leur religion. Sur cela, vous aues fet arrester prisonnier vn pauure garde du magasin du Roy en ceste ville, lequel, suyuant ce que je luy aves dit non clandestinement, mes appertement, et comme il deuoit, vous estoit aile demander passeport pour sortir quelques petarts. Si ceust esté pour prendre Angoulesme, je luy eusse commandé de se cacher de vous. Ce que ne faisant, sans au moins, par sa prison, me marquer, comme fait ceste tache , cestoit asses de les luy desuier, ou vous enuoyer esclarcir des doubtes que vous pouues conseuoir de moy, qui, pour ceste raison, ne puis sortir pour aller trouuer M. de Gourgues; car je me sens trop mal traitté pour receuoir des parolles et voir des effes si contraires. Je naves jusques a aujourdhuy james doubte de Humeur de vostre amitié ; mais faisant prendre les miens, et sachant bien que cest sans nulle occasiô que mes deportemens en ayent donné, je désire de vous voir changer ces rigoureuses fasons de procéder, durant lesquelles jay plus doccasion de me garder que je nus james; ce que je feray, Monsieur, atendant que le temps apporte des ocasions de vous fere paroistre que je suis,
» Monsieur,
» Yostre très humble et très affectionné » seruiteur,
» S-Luc.
» Monsieur, il y a plus de huit mois que les petarts dont est question sont cômensés et ont esté fais de
SAINT-LUC
Lettre de Guy de Lanssac à Matignon.
29 mars 1585.
Il demande que le gardemagasin qui a aidé M. de Saint-Luc soit relâché de prison.
deux vieilles harquebuses a croc qui estoient icy. Envoyez quérir, s’il vous plaist, le fondeur qui vous dira ce qui en est. »
» Ce 29 mars (1585). »
Le même jour, Guy de Lanssac adressait de Brouage, sur le même sujet, au même maréchal de Matignon, la lettre qu’on va lire :
« Monseigneur, je uoudrois auoir paie beaucoub de ce qui me faict trop besoing, et que Gaillart, commissaire du magasin des vivres en ce lieu, neust point este prins et mis la ou il est. Je vous supplie bien considérer que la détention d’un simple borne comme il est ne vous pourra de rien seruir, et desespere trop. Je men veois a Bourg, ces prochains jours, me mettre soubs üre protection , sil vous plaist my recepuoir et me permettre de me garder, ou jauray ce bien de y ueoir monsieur de Gourgues, puisque monsieur de Sf Luc n’approuve que ce soit a Roian. Je suis très masry de ce nouuel accident. On parle a la Rochelle et a S* Jhean de la venue du Roy de Nauarre et de Monsr le prince de Coude. Tout cella ne faict quempirer les choses, et me croies, si vous me tenes vostre seruiteur, quilz se tromperôt en leur entreprinse, et vous diray que les mainmises odeurs tant plus on les remue tant plus elles sëtêt mal.
» Monseigneur, en parfaicte sfite et très longue et cô tente vie.
» De Brouaige, ce 29mc mars 1585.
» Vostre très hüble allie et seruiteur,
» Lanssac. »
Enfin le différend s’apaisa, et la paix se fit entre le maréchal et Saint-Luc, qui, cette année, défendit