‹ Causeries d'un curieux (volume 2)Chapitre 32 sur 97 · G A R T U L A I R E DE MATIGNON · texte numérisé non relu

G A R T U L A I R E DE MATIGNON

Roy, et vous , sans que ie vous eu fasse aultre recommandation; et doresenauant , monseigneur, puisque vous estes resséant en Guienne, vous naurés faulte de mes lettres ny de nouuelles. Vous aurés desia sceu comme, despuis vostre départ, il y a eu plusieurs joyes publiques et plusieurs douleurs particullières. Toutes les sortes de passetemps et de magnificences qui se peuuent faire et inuenter auec vue incroyable despense, ont esté faictes despuis les nopces de M. de Joyeuse, et jamais ne se sont veues de si belles ni si superbes choses, tant en habillemens qu’en combatz, mascarades, balletz, carrouselles , chariotz, theastres auec arcs triumphaulx et autres telles fanfares. Mais comme il ny eut iamais nosse en laquelle il ny eus quelcun de mal disné, M. d’O na sceu tenir sa cadance et mesure en la danse de sa bonne fortune; car, le lendemain de la nosse, il eut son congé et s’en est allé en sa maison, à son grand regret et au peu de regret des courtisans , entre lesquels ne s’en trouue pas vn qui le regrette, honnis ceux qui mangeoient son lard. Sa cheute fit penser à quelques uns (et mesure le bruit en a couru) que monsieur le garde des seauix courait fortune, pour ce que eux deux et M. de Villequier estoient liés et ligués ensemble , et que les seauix aboient fondre dedans les mains de M. de Roissi, dautant quil est maintenant l’anre et le cousin de messieurs de Joveuse

et de la Valette. Mais cette partie qui ne se pouuoit iouer sans le Roy, n’a iamais este pensée ny faite. Ainsi, mondit S. de Cheuerni aiant, sur ces bruits et autres accidents , voulu taster et sonder la volonté de Sa Mté, elle luj a respondu que tant s’en fault qu’elle luj voulus! oster les seauix, qu’au contraire, si elle auoit en son Royaume une charge plus honorable que celle

Prodigalités

et

magnificences aux noces de

M. de Joyeuse.

Disgrâce de M. d’O.

Nouvelles de cour.

M. de Villequier.

On parle de

M. de Roissy pour

les sceaux.

Faux bruits.

Le Roi rassure M. de Clieverny sur sa place.

Encore

Villequier.

l^e cardinal de Birague.

Le comte de Chastcauvillain.

Le Roi fugitif de Portugal.

Le comte du Bouchage depuis frère Ange •le Joyeuse.

Il épouse la sœur de M. de la Valette.

136 SIGNES DU TEMPS

la, elle la luj donroit ; qu’il cognoissoit bien l’humeur et la capacité dudit Roissi et à quoy il estoit propre pour sen seruir à luj faire trouuer de l’argent et à l’entretenir de belles farceries. Que seullement ledit Sr de Gheuerni continuast en sa fidelité, et que Sadite Mté continueroit en son affection envers luj. Voila ce qui est de ce fait, et le scaj fort bien. M. de Villequier n’est nj bien nj mal. L’ancienne possession et habitude quil a prèz du Roy le conserve : ledit Sr de Roissj porte la tête liaulte et est éleué de gloire et d’esperance sur le vent de sa présomption. Mons. le cardinal de Birague a les gouttes et dort les yeux ouuerts, pour voir si on remuera les seaulx en autre main. Le comte de Ghasteauuillain a eu sa grâce par l’àme de cinqte mille escus quil a donnés et par prest de quarante mille au Roy et quittance d’autres quarante mille que Sa Majesté luj devoit. Dom Antonio de Portugal a este icj quatre ou cinq iours logé au logis de la Rejne mère du Roy, et visité de Leurs Majestés, auec belles espérances et promesses destre secouru. Il s’en est allé dresser forces pour la conqueste de son royaume prétendu, accompagné du Sr de Strozsi qui y emploiera les cinqte mille écus quil a eus de son Estât de coîonnel et dauantage, s’il en trouue. Au temps de Loj XI, il vint en France un Rov de Portugal demander secours audit Roy, il fut trompé, comme il se voit en Philippes de Commines au 7e chapitre du 5~ bure de ses Mémoires. Que dom Antonio se garde du mesme. Le conte du Bouchage, frère de Monsr de Joyeuse, est maistre de la garderobe , et bien tost après ceste leste , espousera la sœur de M. de La Valette. Ainsi le Roy allie et lie d’amitié et d’alliance ces deux jeunes segneurs, ses fauoris. Ceste Cour est toute pleine de Lorrains.

ET NOUVELLES DE COUR

L’aultre iour, ie contay au festin seze personnes, tant hommes que femmes, portant le nom de Lorraine. Monsieur le duc de Lorraine s’en va après ces nopces, et nous laisse ic] son fils, et Mons. le cardinal de Vaudemont et le marquis de Ghaussein, frères de la Rojne : tout cela sur nos bras. Il se parle qu’après ces festes, le Roj fera un voyage en Normandie et que la Rojne de Nauarre doit bientost venir icj. Les ostages qui estoient entre les mains du Casimir sont reuenus. Vous estes plus près du Languedoc que nous pour en sçauoir des nouuelles, et de celles de la Guienne vous en tenes la clef. Monsegneur, frère du Roj , est touiours à Saint-Valeri, près Abbeville, et se dit que le mariage d’Angleterre s’aduance fort. Monsieur le marquis d’Elbeuf est icj. C’est tout ce que je puis vous escrire pour ceste cj. Monsr le conte de Torigni, vostre filz, fait bien pancer son doigt. Et sur ce, vous baisant très humblement les mains, je prie Dieu vous donner, Monsegneur, en santé heureuse et longue vie.

« Vostre très humble et affectionné seruiteur » De Paris, ce xxvij doc toi) re 1581.

» Bernard de Girard du Haillan. ».

Suscription :

A Monsegneur de Matignon , Conte de Torigni, marchai de f rance, et Lieutenant général pour le Roy en Guyenne .

Là par ou il sera .

Il y avait peu de temps que le maréchal de Matignon avait quitté la cour et s’ était installé à Bordeaux, à F hôtel du gouvernement do Guyenne. Les

La dynastie des Lorrains pullule.

Projet de voyage de la Reine Marguerite en France.

Le

duc Casimir.

Projet de mariage entre

M. d’Alençon et la Reine d’Angleterre.

SIGNES DU TEMPS

Le

duc Casimir.

Marguerite de France.

derniers bruits du Louvre résonnaient encore à ses oreilles , et il était curieux de rattacher le présent à ses souvenirs. Du Haillan le sert à souhait. Sa lettre court, vole comme un courrier de cabinet. Histoire, chronique, caquetage, tout s’y confond. Elle passe au crible tant de grands et de petits faits, jette tant de noms les uns sur les autres, qu’il faut de l’attention pour s’y reconnaître. C’est le duc de Joyeuse qui ouvre la nomenclature. Suivent le brillant François d’O, le chancelier de Cheverny, René de Villequier, M. de Roissy, le duc d’Epernon, le cardinal de Birague, le comte de Chasteauvillain et le comte du Bouchage ; puis le prieur de Crato, roi titulaire de Portugal, et le duc de Lorraine, et la Reine de Navarre Marguerite, dont on annonce le voyage en France, et le duc Jean Casimir de Bavière, comte palatin, que les mémoires du temps appellent le plus souvent le Casimir , et qui fit plusieurs expéditions en France pour y soutenir la religion réformée, dont il était un des plus ardents propagateurs (1). Enfin, le chroniqueur termine par un mot sur les projets de mariage entre le DUC d’Alençon et la reine Élisabeth d’Angleterre. Nous avons vu précédemment (p. 85 et 86) comment cette dernière alliance échoua, et comment, presque dans le même temps, ce prince alla manquer son mariage à Londres, et sa souveraineté dans les Pays-Bas. Quant à Marguerite de France, Reine de Navarre, cette femme charmante, trop charmante, spirituelle à ravir, protec-

(1) Le duc Casimir, né le 1er mars 1543, mourut le 6 janvier 1592.

ET NOUVELLES DE COUR

trice des poètes et des artistes, îa reine des fées, qui « hors la folie de F amour, était si raisonnable, » suivant T aile niant des Pi é aux, le plus indiscret et le plus indulgent des hommes en matière de galanterie, elle vint en effet à Paris , mais seulement cinq mois après, comme nous l’avons dit plus haut (page 84).

Les fêtes auxquelles Du Pïaillan fait allusion sont celles du mariage d’ÂNNE d’Arques, depuis duc de Joyeuse et pair de France, qui épousa en 1581 Marguerite de Lorraine, sœur de la reine Louise, femme de Henri III , le même qui fut tué , le 21 octobre 1587, à la bataille de Goutras. Il était tout naturel que le Iloi dotât sa sœur; mais la prodigalité des dépenses aux noces du mignon qu elle épousait avait été poussée trop loin, et l’on va jusqu’à dire qu’on y avait dissipé douze cent mille écus, sans compter quatre cent mille autres que le Roi avait promis de payer à son beau-frère, dans ce temps de détresse et de murmures, où les tailles étaient augmentées d’environ vingt-trois millions depuis le dernier règne. Nous aurons l’occasion, dans ce présent volume, de signaler un livre devenu fort rare , exécuté sous les yeux de la cour, pour perpétuer le souvenir de ces belles fêtes princières , où les divertissements étaient dirigés par le célèbre imprésario de Catherine de Médicis, Balthazar de Beaujoyeulx.

Le comte du Bouchage , dont il est aussi question dans la lettre de Du Haiîlan, était Henry de Joyeuse, frère de d’Arques. Il était conseiller d’Etat, maître de la garde-robe, capitaine de cinquante hommes d’armes, et fut depuis duc de Joyeuse, pair et

Anne d’ Arque s, depuis duc de Joyeuse»

Le comte du Bouchage.

SIGNES DU TEMPS

maréchal de France. I! épousa, en effet, Catherine de Nogaret, sœur de la Valette ; mais il la perdit à la fleur de T âge, et dans son désespoir, il se fit capucin. C’est lui qui depuis fut connu sous le nom de frère Ange , et dont les retours guerriers ont fait dire à Voltaire, dans sa Henriade :

Il prit, quitta, reprit la cuirasse et la liaîre.

François d’O. 11 paraît que c’est durant ces solennités que François d’O, seigneur d’O, de Fresnes et de Maillebois, qui eut depuis la surintendance des finances et le gouvernement de Paris, fut disgracié pour avoir indiscrètement babillé sur les mariages que le Roi faisait de d’ Arques et de La Valette avec les deux sœurs de la Reine sa femme. Banni de la cour, il se relira à Caen, où il était lieutenant du gouverneur; mais il perdait la dignité de mignon et les charges de maître de la garde-robe et de premier gentilhomme de la chambre. Il en fut, du reste, grassement indemnisé, car le Roi Henry III avait un fonds naturel de bienveillance, et rarement il maltraitait qui s’était une fois confié à lui. M. d’O passait pour un grand Curieux, et son hôtel comptait parmi les attraits de Paris. On s’accorde à dire que ses profusions et ses débauches insultaient à la misère publique. En revanche, j’inclinerais volontiers à croire qu’on s’est trop hâté de faire d’un prodigue et dissipateur un concussionnaire éhonté. On n’a pas assez réfléchi, comme le fait observer le sage de Thon, qu avant de porter une main infidèle dans les caisses de l’Etat, il avait à dissiper l’énorme fortune

ET NOUVELLES DE COUR

qui lui appartenait en propre ; qu’au moment de sa mort, c’est-à-dire en octobre 1594, il venait de dépenser sa dernière obole, et que, plutôt que d’abuser de la fortune publique, il s’était plongé dans un abîme de dettes dont ses biens ne pouvaient plus répondre.

Ü n’y aurait pas davantage à louer chez un autre personnage qui fut aussi gouverneur de Paris et de l’Ile-de-France, René de Yilleqüier, dit le Jeune et le Gros , baron de Clervaux, d’Aubigny et d’Eury, chevalier de l’Ordre du Roi, premier gentilhomme de la chambre, conseiller d’Etat et capitaine de cent hommes d’armes de ses ordonnances, au château de Poitiers. Un beau jour, en septembre 1577, il frappa sa première femme de quatre à cinq coups de dague dans une fureur de jalousie, et la fit achever par un sien serviteur; puis il alla ouvertement se présenter au Louvre, comme s’il eût fait la plus belle chose du monde, et en triompha dans l’opinion, tant la pauvre victime était mal famée. « Il eust bien fait de mesme aux amoureux de sa femme, dit le facile Brantosme (1), mais il eust eu trop d’affaires, car elle en avait tant eu, tant fait, qu elle en eust fait une petite armée. » Il obtint grâce et rémission du Roi, attendu qu’il était son familier et le pourvoyeur ordinaire et extraordinaire de ses plaisirs. On s’émerveille quand on voit dans les histoires anciennes F impunité acquise à qui se réfugiait auprès de la statue du souverain régnant ; n’en est-il pas un peu

René

de Villequier.

11 tue sa femme en

pleine cour

sans qu’on instruise contre lui

(1) T. VII, p. 13.

SIGNES DU TEMPS

Le comte de Chasteauvillain.

de même, dans certaines conditions, en nos sociétés modernes ?

Le comte de Chasteaüvillain , qui eut du Roi la même faveur que M. de Villequier, avait aussi un meurtre sur la conscience, et Fou a vu qu’il paya cher le rachat de sa vie. Ce comte de nouvelle création était une sorte de marchand et petit banquier de Florence, du nom de Ludovic Adjaceto ou Adjacetti, qui était venu à Paris sous la protection de la Reine mère, et s’était grassement enrichi dans les fermes de la grande douane de France. Ardent Curieux d’objets d’art, ce partisan, comme on disait alors, était homme de goût. Il avait bâti, vieille rue du Temple, près des Blancs-Manteaux, un hôtel splendide rempli de tableaux de maîtres et autres raretés , et le Roi lui faisait souvent l’honneur de collationner et souper chez lui privément avec des dames. Les fumées de F opulence et de la faveur lui montèrent à la tête, et, en 1578, il conçut la pensée d’allier ses riches destinées à quelque grande maison. Avisant auprès de Catherine de Médicis une jeune Napolitaine sans biens , élevée dans les bonnes grâces de la Reine, Anne d’Acquaviva, dite d’Aragon, fille du duc d’Atri, dont la maison s’était ruinée en suivant le parti des Médicis, il mit à ses pieds sa fortune. Mais la fille « sentant son cœur et F ancienne grandeur dont estoit remarquée la maison d’Atri, au royaume de Naples, ne voüloit pour mary ce messer ’doanier et fermier, s’il n’estoit duc ou comte (1). » Adjaceto leva l’obstacle en achetant, au

(1) L’Estoile, p. 105.

ET NOUVELLES DE COUR

prix de cinq cent mille livres, la comté de Ghasteauvillain. « A la bonne heure, disait la fille, il aura le villain , moi j’aurai le château. » Le mariage fut conclu le 1 1 février 1578. Gonflé de la faveur royale, le nouveau comte se crut tout permis, jusqu’à assassiner à l’italienne un ancien marchand de Lyon, avec lequel il avait eu un différend. On lui fit son procès : il paya sa grâce. Rémission fut accordée en même temps à Le Voix et au conseiller de la grand chambre du parlement de Paris, Jean Poisle, accusés de malversation et autres crimes. Le sixain suivant, que nous a conservé le bourgeois L Estoile, qui conservait tout, avait prédit l’issue des trois procès :

Chasteauvilain , Poi sle et Le Voix,

Seront jugés tous d’une voix,

Par un arrest aussi léger Que fut celui de Saint-Léger;

Car le malheur est tel en France Que tout se juge par finance.

Tallemant des Réaux, autre bourgeois, fouilleur de nouvelles, mais spirituel et salé, parle de madame de Chasteau villain et d’une des parentes de cette dame, mademoiselle d’Atri, dans son Historiette du comte et de la comtesse de Maure. Cette demoiselle d’Atri demeurait avec mademoiselle de Vandy, chez madame de Maure, dont la liaison avec la marquise de Sablé est si célèbre et la bizarrerie proverbiale.

Les ambitions rivales qui s’agitaient autour du garde des sceaux Philippe Hurault, comte de Gheverny et de Limours , insinuaient qu’il n’était pas

Mademoiselle d’Atri , parente de madame de Chasteauvillain.

Le chancelier de Cheverny.

SIGNES DU TEMPS

Le sieur (le Roissy et

de Malassise, né le 30 janvier 1531, vieux style , mort en 1596.

inaccessible à la corruption et tâchaient de le perdre dans l’esprit du Roi. Déjà, quand, le 29 septembre 1578, les sceaux avaient été ôtés au cardinal de Birague pour être donnés à Cheverny, on avait fait courir sur ce dernier les plus vilains propos et des vers qui avaient le tort d’être calomnieux sans f excuse du talent. Il avait toujours conservé de bonnes relations avec le Roi de ÎNavarre ; et, à son avènement à la couronne de Fi *ance , Henry IV le releva de la disgrâce que l’on était parvenu à lui faire subir, à la fin du règne de Henry III, et lui rendit les sceaux.

Celui qu’on lui donnait pour successeur était Henry DE Mesmes, sieur de Roissy et de Malassise, conseiller du Roi en tous ses conseils , grand-père du président Henry II de Mesmes et de Claude de Meslues, comte d’ Avaux, un des plénipotentiaires au congrès de Munster. Roissy, homme fort considéré et considérable, avait été nommé par le Roi Henry II, en 1556, pour rendre la justice dans la république de Sienne, qui, opprimée par Charles-Quint, s’était mise sous la protection de la France. Il resta en Italie jusqu’à la paix de Cateau-Cambrésis , en 1559. Bien qu’il fût au service du Roi de France, il ne pouvait oublier qu’il était né d’une des plus anciennes familles du Béarn, et il accepta la place de chancelier, que lui offrit Jeanne d’Albret, sur la suggestion du chancelier de l llospital et la recommandation de Charles IX. En mai 1575, il revint en France, et l’Estoile, qui ramasse sans choix tous les ouï-dire, rapporte qu’il avait été chassé ignominieu-

ET NOUVELLES DE COUR

sement pour malversations prétendues et concussions, dont fut fait le quolibet suivant :

Il a dérobé la vache (il y a une vache dans l’écusson de Béarn), Mais il a esté surpris ;

Et des sceaux plus je ne sache Si ne sont ceux de son puis.

Il est tombé de sa selle,

Car il estoit. mal assis,

Et des sceaux point de nouvelle ,

S’il ne prend ceux de son puis.

L’estime que ne cessa de lui porter le sévère L’Hospital, qui se connaissait en hommes, prouve que cette facétie, qui voulait être maligne, était purement calomnieuse. Sa seigneurie de Malassise offrait une occasion constante de quolibets. Quand une troisième guerre de religion s’alluma, en 1568, c’est lui qui fut chargé i avec Armand de Biron, depuis maréchal de Fiance, de traiter, en août 1570, à Saint-Germain, avec les Huguenots. Cette paix, qui ne dura pas plus que les autres, fut appelée boiteuse et mal assise, du nom de De Mesmes et de l’infirmité de Biron, qui était boiteux. Deux ans après, les Protestants n’ avaient acquis que trop cher, par la Saint-Barthélemy, le droit de hasarder un pareil jeu de mots. Quelques années ensuite, Roissy fut choisi par la Reine Louise de Lorraine , femme de Henry III, pour surintendant de ses maison et conseil. Mais cette faveur ne dura point : on réussit à le noircir dans l’esprit du Roi, et il prit le parti de se retirer de la cour. Il eut ce bonheur, dont ne jouit pas Montaigne, de voir Henry IV, pour lequel il avait gardé le plus profond

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