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MICHEL DE MONTAIGNE
Nauarre qui me sambloit prandre un bon côseil de se fier en laffection que uous luy offries de lui faire seruice ; Que i’auois escrit a madame de Guissen de se seruir Conseils du tamps pour la commodité de son nauire, a quoi ie deGuiche. m’enplo'ïerois enuers uous, et que ie lui auois doné côseil de n’engager a ses passions F interest et la fortune de ce prince; et puis qu’elle pouuoit tant sur lui, de regarder plus a son utilité qu’a ses humeurs particulières ; Que uous parties d’aler a Baïone, ou a lauanture offrirois ie de uous suiure, si i’estimois que mon assistace uous peut tant soit peu seruir; Que si uous y alliés, le roy de Nauarre, nous sachant si près, fairoit JardinsduRoi bien de uous conuier a noir ses baux iardins de Pau.
Voilà iustemant la substance de ma lettre sans autre harangue. Je uous en enuoïe la responce qu’on m’a raportee des ce soir; et si ie ne me trompe, de ce comâcemât il naitera bien tost du barbouillage, et me sable que cette lettre a deia quelque air de mescontantemant ou de creinte. Quoi qu’il die, ie les tiens ou ils uont pour plus de deus mois , et la se trouuerra une autre sorte de ton. Je uous supplie me renuoier ceteci auecq les autres deus. Le portur n’a affaire qu’a uostre despesche. Sur quoi ie uous baise très hüblemât les meins, et supplie dieu uous douer,
» Monseignur, longue et hureuse nie.
» Vostre très hüble seruitur,
» Môtaigne. »
» De Môtaigne, ce 18 januier 1585. »
Suscription de main de secrétaire :
Monseigneur
Monseigneur de Matignon , Mareschal de France.
MICHEL DE MONTAIGNE
' C’est ici la première lettre qui nous montre Michel de Montaigne dans l’exercice de ses fonctions de maire de Bordeaux. On le connaissait comme écrivain et philosophe, on ne le connaissait pas assez comme homme public. M. Alphonse Griin, qui a donné un volume in-octavo, un peu gros et un peu lourd, sur la vie publique de notre auteur, a voulu remplir cette lacune. Il a, je le crains, dépassé les justes proportions ; mais il a servi la biographie de Montaigne , et il a commencé avec curiosité , avec zèle, ce qu’en une seconde édition il achèvera avec mesure, avec grâce et avec goût.
Mademoiselle de Gournay a eu tort, ce semble, de dire , dans sa préface aux Essais , que « ce n’est guères la peine d’escrire la vie de Montaigne, puisqu’elle est complété dans Fauteur ». Ce n’est là qu’une vérité relative; Montaigne était avant tout un homme de conscience. Son opinion est « qu’il se faut prester à aultruy et ne se donner qu’à soy-mesme ». Et plus loin : « Si quelques fois on m’a poulsé au maniement d’affaires estrangieres, i’ay promis de les prendre en main, non pas au poulmon et au foye; de m’en charger, non de les incorporer; de m’en soigner, ouy; de m’en passionner nullement. l’y regarde, mais ie ne les couve point. Fay asses a faire a disposer et renger la presse domestique que i’ay dans mes entrailles et dans mes veines, sans y loger et me fouler d’une presse estrangiere, et suis asses intéressé de mes affaires essencieles , propres et naturels , sans en convier d’aultres forains. Geuls qui sçavent combien ils
Commentaire sur la lettre précédente.