‹ Causeries d'un curieux (volume 3)Chapitre 27 sur 127 · il 1 1 (le la Vertu · texte numérisé non relu

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quatre lettres les plus célèbres par leur vertu, leurs talents et leurs services (3). Si la peinture avait tenu lieu de héraut à la politique et à la reconnaissance des

(1) Histoire générale de la Chine, t. III, p. 154.

(2) Ce trait est rapporté dans le Fun-clieo-hùn-kien , que le P. de Mailla a analysé pour sou Histoire (jénérale, mais il a omis ce passage.

(3) Histoire générale de la Chine, t. IX, p. Ii9.

princes, elle fut aussi l'auxiliaire de la haine. Sous

l'empereur Ning-Tsoung , l'an 1208 de notre ère, un

ministre (1) avait poussé à la guerre contre le Tartare

Madacou, roi de Kin. L'empereur, pour faire sa paix

avec le Tartare , fit trancher la tête à son ministre et

envova cette tête à l'ennemi. Madacou reçut en grand

appareil le trophée sanglant, et, pour repaître ses

yeux, ordonna qu'on en peignit plusieurs portraits (2).

Cabinet M. Thiers, un des premiers sinophiles de ce temps-

chinois . 1 1 1 • 1 • • • /

de M. Thiers. Cl , et dout le cabinct doit être visite par tout curieux

de l'art chinois , a été assez heureux pour trouver une

collection très-ancienne de miniatures historiques d'une

exécution précieuse et délicate, mais d'auteur inconnu.

Ces miniatures exquises et bien conservées ont quelque

Iconographie cliosc du fiii Sentiment de Hans Holbein. On ne con-

chinoise. il- t i •

naît pas non plus le peintre d une grande iconographie chinoise coloriée, envoyée de Péking, en 1777, j)ar le père Amiot, à la bibliothèque de la rue de Richelieu. C'est elle qui a fourni à M. Pauthier le type du Gonfucius gravé au tome l" de son livre sur la Chine. L'exécution de cette iconographie est loin d'atteindre à la beauté des miniatures du cabinet de M. Thiers. Un morceau digne aussi de remarque est une soie tissée, vers les premières années du seizième siècle, dans laprovince de Sc-TchouAn , et qui représente Bouddha dans sa gloire, entouré de bonzes. Il y a là une adresse suprême (3).

(1) Nommé IJdn-To-Tcheou.

(2) Histoire générale f t. VIII, p. CCI.

(3) Ce morceau précieux, ilnii mètre vin{^t centimètres de hauteur, appartient à M. Callcry, qui l'a reçu de Ki-Iny. Ce dernier l'avait payé mille onces d'argent à Péking.

LA PEINTURE ET LA GRAVURE DE PORTRAIT. 79 Les plus ma[jnifiquos miniatures chinoises que j'aie vues sont à la bibliothèque du palais Barberini, à Rome. Ce sont quinze ou vingt portraits en pied, représentant la famille impériale de la Chine, depuis l'empereur jusqu'au plus jeune de ses enfants. La tradition du palais Barberini est que ce manuscrit a été envoyé au pape Urbain VIII (1623-1644) par l'empereur lui-même , ce qui veut dire sans doute qu'il a été un hommage des missionnaires européens au souverain pontife. Quoi qu'il en soit, les figures, qui, à l'exception d'une seule, sont en couleur, offrent une telle perfection de composition , de modelé , d'harmonie et d'individualité , que peu d'œuvres de nos Occidentaux leur sont supérievu^es. L'une des dernières, presque entièrement à la mine de plomb , à peine effleurée de cjuelques touches de couleur, représente une jeune fille, le corps entouré plusieurs fois d'une étoffe légère qui laisse discrètement transparaître les formes, comme dans les figures égyptiennes. L'enfant tient une fleur à la main. Il n'y a, ce semble, nvdle exagération à dire que cette miniature , grande à force de simplicité et de science qui se cache, respire le sentiment des bonnes peintures du Pérugin.

L'encyclopédie San-thsaï-thoù-hoeï contient des portraits gravés au trait sur bois. Mais l'un des plus curieux livres de ce genre est l'ouvrage grand in-octavo, soit en trois, soit en deux volumes, suivant l'édition , intitulé ( 1 ) : « Biographies illustrées de portraits par Tchou-Tchouang, dans la maison des soirées

Portraits

chinf)is

en niiiiiatiire

au palais

Barberini.

Biographie illustrée

des grands hommes.

(1) Wan-siao- Tchang- Tcheou- Tchouang-hoa-lcliouen.

80 LA chi>;e.

joyeuses, " titre bizarre comme en ont fréquemment les Chinois. Ce livre, dont la publication remonte au règne de Khien-Loung, contient un texte avec figures en pied qui brillent par une variété infinie de poses, par la liberté du dessin , surtout par le mouvement et le caractère. Il va sans dire que ces figures, jetées, à la mode ancienne, au milieu du papier, sans poser sur aucun terrain , ne sont pas ombrées et rappellent le fameux personnage du roman allemand, ce Pierre Schlémil qui avait perdu son ombre (1 ). Ce sont tous grands hommes ou femmes illustres des époques anciennes, classés dans l'ordre des dynasties. Il y a là de quoi défrayer des plus splendides paravents tout un palais. Les copistes ne s'en font faute, et prodiguent même ces figures h l'ornementation de riches poteries. Dans ce livre, les guerriers abondent armés de toutes pièces , parfois une épée dans chaque main. Parmi eux, quelques amazones brandissent l'arc ou l'épée. Ici une figure, les bras et la poitrine nus, pose assise et drapée à l'antique : c'est le grand annaliste Sse-Ma-Tsien , surnommé par les Européens le j)ère de l'histoire, l'Hérodote de la Chine, qui naquit cent quarante-cinq ans avant l'ère chrétienne. Il a tout l'air d'un vieux

(1) Ce cliarinant ouvrajje, qui ferait honneur à l'iinaginalion allemande, est d'un érnijjré français, AdalLert di; Clianiisso, qui, à l'exemple d'Antoim- Hamilton, d'Horace Walpolc, dv l'abbé Galiani, de Griinm, du prince de Liync, du baron de lU'senval en Franre, s'était assez identifié avec l'esprit du pays qui lui donnait asil(î pour en écrire la langue comme son idiome maternel. Cet homme «le si heureux esprit était en outre fort savant botaniste. Dans sa première jeunesse, il avait été distingue avec bienveillance par Madame Elisabeth, siL'ur de Louis XVI.

LA PEIiSTURE ET LA GRAVURE DE PORTRAIT. 81 Vitellius conservé sous verre. Là un soldat fauche avec le sabre comme un faucheur avec la faux; le pot en tête, il ressemble aux reitres dé^juenillés du seizième siècle : c'est un preneur de villes (1), surnommé le Soldat noir, à qui sa valeur incomparable mérita le titre posthume de comte. Plus loin, un personnage se jette dans les flots tumultueux, à travers lesquels on ne voit plus passer que sa tête et son bras : c'est un grand mandarin (2) qui, dans une bataille fort disputée, voyant l'empereur en péril , endossa le costume impérial pour détourner les coups sur sa personne, et par son dévouement, qui lui valut la mort, sauva le prince. Ailleurs, une figure affublée de la robe, de la barbe et du bonnet carré de nos anciens docteurs, représente un magistrat célèbre (3) qui vivait sous les Ming, dynastie purement chinoise. On trouve jusqu'à un guerrier illustre, un demi-dieu du temps des Soung (4), lequel, vu seulement à mi-corps, offre, chose curieuse, tout l'aspect d'un seigneur de la cour de Louis XIV, avec la grande perruque et le rabat.

Quel est le degré d'authenticité de toute cette por- Tous

-> i 1 • • • 11- Il "^^^ i)ortraits

traiture? A beau mentir qiu vient de loin, et les docu- som-iis bien ments nous font presque toujours défaut pour démêler le vrai sur de lointains personnages en si lointain pays, où presque partout l'iconographie d'imagination usurpe les droits de la réalité. On ne saurait donc accepter

aiillientiques

(1) Ting- Te-JSincj .

(2) Hân-Tihing , duc de Kao-Tcliincf.

(3) Ouan-Ven-Ching .

(4) Nommé Ti-Tsing, surnommé après sa mort Wou-Sianfi, titre qui caractérise sa brillante bravoure.

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