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qu'avec une grande défiance les données d'un peuple aussi peu scrupuleux que le peuple chinois. La préface dit même positivement que l'auteur a retracé les traits, le maintien et le geste de ses personnages anciens, soit d'après les monuments les plus authentiques, soit d'imagination , d'après les données léguées par l'histoire sur leur génie. Aveu précieux, qui prouve nettement qu'en résumé ce sont en partie de ces apocryphes arrangés comme les portraits d'Homère et de ses héros mythologiques. Quoi qu'il en soit, le livre est infiniment intéressant pour l'esprit et le talent de l'exécution, comme aussi pour la riche variété des costumes, qui, avec ceux d'un ouvrage analogue, mais moins hien exécuté, exclusivement consacré aux cent plus belles femmes de la Chine (1), compose une sorte de musée ethnographique du Céleste Empire.
On trouve fréquemment des recueils anciens ou modernes de portraits peints à l'aquarelle ou gravés au trait sur bois, qui représentent les souverains du pays. Pourvu qu'on ne prétende pas remonter trop haut, on a chance de rencontrer juste ; car, dans ce pays de fétichisme monarchique, on comprend que, pour les souverains, les monuments iconographiques soient plus aiiondants. L'une des plus curieuses collections de ce genre qui me soient tombées sous les yeux est un immense rouleau de soie, envové en IS^^ au roi Louis-Philippe , par le commissaire impérial Ki-Ing ; les figures, (|ui ont un pied de haut, sont peintes à
(1) Pc-mcï-thoii-tchoucn, c'cst-à-tlirc : « Biograpliics et portraits des cent plus btllcs fcinmos di; la Cliinc. » L'ouvrage a cinq volumes.
LA PEINTURE ET LA GRAVURE DE PORTRAIT. 83 l'aquarelle avec une certaine feiinetf* par les peintres impériaux; elles commencent à Hiao-Tchao-Ti, de la dynastie des Hàn antérieurs , deux siècles avant notre ère, et finissent à Souev-Yang-Ti, l'an 605 après Jésus-Christ. Deux de ces empereurs sont accompagnés de femmes, tous les autres le sont d'officiers. A côté de leurs effigies sont deux fac-similé de leur écriture, d'après les monuments du musée impérial de Péking. Le tout, timbré du cachet de Ki-Ing, est revêtu de certificats d'authenticité, délivrés par trois ministres d'Etat, dont un a été vice-roi de Canton.
Voilà des portraits officiellement ressemblants ; mais, parmi les effigies du plus grand nombre des hommes illustres de la Chine , il y en a beaucoup sans doute dont les certificats ne suffiraient pas à la critique. Ainsi, un admirateur des livres de Confucius s'est donné beaucoup de peine pour démêler le vrai portrait de ce grand homme : quel résultat définitif a-t-il obtenu? Il a réussi seulement à réunir quelques effigies contradictoires, entre lesquelles le choix ne saurait être qu'arbitraire. Le premier portrait de Confucius qui ait paru en Europe figure en tête de Vin-folio publié à Paris, en 1687, par le P. Philij)pe Couplet et trois autres Jésuites, sur ce philosophe (1). Ce portrait est gravé sans nom de peintre ni de graveur, sans indication de source. C'est le même que Landon a reproduit dans sa suite, et qu'il donne comme exécuté
(1) Confucius , Sinarum philosophus , sive Scientia sinica latine exposita, studio et operà Prosperi Intorcetta, Christiani Herdtrich, Francisci Rougeinont et Philippi Couplet, PP. Societ. Jesu, libri III. Paris, Daniel liortemels, 1687.
84 LA CHl^E.
d'aj)rès un dessin du P. Couplet lui-même : désignation au moins hasardée, car, nulle part, les Lettres édifiantes n'attribuent k ce digne ouvrier de la foi , si habile philologue, l'exercice du dessin.
Un autre type fait partie de l'iconographie à l'aquarelle, envoyée à la bibliothèque royale par le P. Amiot. Poitrails On trouve encore dans l'iconographie d'une ency-
de Coiifiiciiis.
clopédie chinoise (1) deux portraits, au choix, de Confucius, portraits qui n'ont ensemble aucune analogie. L'un porte cette inscription (2) : « Image du premier Saint; » le second a pour légende : « Autre image du premier des Saints. »
Panrarte Aicut uu troisièmc type qui ne ressemble à aucun
du ix« siècle
reprùseiiiaiit dcs autrcs , mais qui mérite une mention particulière à raison de la beauté de l'exécution et de la scène où Koung-Fou-Tseu figure. Pour ne pas être troublés dans leurs entretiens, lui et ses disciples, au nombre de quarante, conversent au bord d'un ruisseau. Le P. Ni (c'est ainsi qu'on a surnommé le grand philosophe) est au centre, devisant avec son élève favori Yen-Tseu. Des valets, placés en amont, livrent au courant de l'eau les tasses d'un liquide rafraîchissant que les disciples ramassent au milieu de leurs causeries philosophiques ; tandis que d'autres serviteurs, de garde à l'extrémité du ruisseau, recueillent les tasses que l'assistance n'a point ramassées, ou (pi'clle a rendues au courant. Les attitudes des personnages sont variées et pleines de naturel; les tètes, expressives. Celhî de
(1) Intitulée San-lhsaï-Uiml-liorï.
(2) Sien-chin^-siang .
ConfiK'iiis
et ses disciples.
LA PEINTURE ET LA GRAVURE DE PORTRAIT. 85 Koung-Tseu particulièrement est d'une rare finesse. La composition occupe un très-grand rouleau de soie dont l'exécution à l'encre de Chine, relevée de quelques teintes de jaune et de vert, effacées par le temps, remonte au neuvième siècle. On trouve la description deceroideau dans le Ko-kon-iao-louen ou » Dissertation 5ur les choses les plus essentielles de l'antiquité » , ouvrage en quatre ou six volumes in-12. Ce beau lavis a été apporté de la Chine par M. Callery.
Entre ces types, sans compter tous les autres qui courent encore à la Chine, quel est le vrai?
Amiot affirme dans sa Vie de Confucius (1), qu'on Autres
< 1 I i'T~< • /-< '1 I • • portraits
possède, dans 1 Empire Céleste, plusieurs portraits de Confudus. authentiques de l'immortel philosophe à différents âges ; mais il n'ajoute rien qui puisse mettre sur la voie d'un type certain et définitif. « Dans le temple domestique où nous faisons des cérémonies respectueuses en l'honneur de nos ancêtres, dit, au raj)port de ce Père, un des descendants, à la quarante-septième génération, de Confucius, nous conservons encore quelques habits qui ont servi à Koung-Tseu , son portrait en petit et un portrait de son disciple Yen-Tseu. Nous savons par une tradition non-interrompue de père en fils que ces deux images sont très-ressemblantes. » C'était pour Amiot le cas de dire si le portrait de son iconographie était le même ; il n'en a rien dit. Il ajoute seulement, d'après l'Encyclopédie //<-/i«i' (Mer de Jade), livre CXIII, que le roi du petit royaume où le philosophe, autrefois son ministre, avait passé
(1) Mémoires concernant les Chinois, t. XII.
sa vie h professer et était mort (1), lui fit élever une grande pagode dans laquelle, suivaiît l'usage constant de la Chine à l'égard des ancêtres , il plaça l'image de Confucius au milieu de la salle principale, avec tous ses livres et ses instruments de musique. Or, ce fait ne pouvait guère avoir échappé aux satellites de l'empereur iconoclaste Ghe-Hoang-Ti, et probablement le temple avec tout ce qu'il renfermait aura été saccagé. A la rigueur, le portrait de Confucius pourrait avoir échappé à la destruction , comme plus tard se retrouvèrent ses ouvrages cachés dans les murailles, soit en sa demeure, soit chez ses disciples. On écrivait alors sur des planchettes de bambou : il est fort possible qu'on se servît du même fond pour les dessins et les peintures, et qu'une de ces planchettes ait conservé les traits du philosophe jusqu'à la renaissance des lettres. Toujours est-il que, postérieurement à cette époque, sous la dynastie des Hân, on éleva des temples à Koung-Fou-Tseu dans toute l'étendue de l'empire, et que partout on posa son image , tantôt en peinture , tantôt en sculpture ; mais l'Encyclopédie ne dit pas si le portrait du temple primitif a été pris pour modèle. L'Histoire générale de la Chine (2) ajoute que, l'an 960 de notre ère, l'empereur Tai-Tsou fit mettre l'effigie de Confucius et celle de son premier disciple dans les salles des collèges, mais elle se tait sur le type qui avait été choisi. Il y a donc mille raisons j)our (jn'on ail toujours recherché avec artlcur les véritables traits
(1) Nrjaï-Kouiif/, roi do Loti.
(2) T. Vin, i>. 8.
d'un si grand esprit ; mais il y en a autant pour que la crédulité soit allée au-devant de l'apocryphe, à travers toutes les dissemblances.
Finissons par une anecdote citée dans la même Encyclopédie liX-haï, livre GLXIX, d'après le Kia-iû, ou recueil des conversations familières de Confucius , composé par ses disciples. Le philosophe, étant allé faire une tournée dans le district impérial de Tcheou , voulut voir le temple nommé Ming-Tang, qui jouissait alors d'une grande célébrité. En visitant les beautés de l'édifice, Confucius s'arrêta devant les portraits des anciens empereurs lao, Chiien et Kiê-Tcheou; après avoir examiné attentivement ce que la physionomie de chacun des princes pouvait exprimer de vertus ou de vices, il dit en soupirant : « Ah! je comprends Paroles
de Confucius
maintenant que la dynastie actuelle ait remporté des devant
les portraits
triomphes aussi éclatants sur ses prédécesseurs ! « La des anciens
souverains
profonde physionomie des portraits lui avait révélé de la ciune. l'âme et la destinée des modèles.