TOME II
338 LES TEMPS MODEREES.
quelques traits de même nature, mais il avait oublie d'ajouter à son recueil un charbon du bûcher de Servet.
Ami de Bacon Dans cc qu'il intitulait son département anecdo-
qui se peud
par tique, il se vantait de posséder la corde de cet ami
récréation.
du lord Bacon qui se pendit par forme de récréation, perdit pied dans l'expérience et se débattait, déjà plus qu'à demi suffoqué, quand on arriva pour Préire coupcr la corde, — triste fantaisie qui rap])elle ce prêtre quifaitiemort jj(3 Calauie dout saiut Auaustin raconte la fin étrau^e.
et meurt dans '-'
l'épreuve. {[ émerveillait chacun par son art de suspendre à volonté en sa personne les mouvements de la vie, et resta, un beau jour, fort involontairement, dans une de ses épreuves.
Ces lugubres originaux ne pouvaient produire un émule plus célèbre de leur gloire que le malheureux qui, sous les yeux d'une foule immense et réjouie d'habitants des trois royaumes, eut, pendant dix aunées, sa façon de gagner sa vie en se pendant aux arcades d'un pont sur la Tamise, et qui, il y a dix à quinze ans, manqua sa manœuvre et resta sur place pendu tout de bon, à la grande satisfaction des curieux, qui n'attendaient que ce dramatique dénoûment. Triomphe de l'hilarité anglaise, si Ton n'avait l'exemple du jovial
Le colonel coloucl Luttrcl, qui, en 1771, parut à Londres dans un
Luttrel. . T-i I 1 • ' ]
bal, travesti en mort. Envelo])pe tlu suau'e, porte dans un cercueil chargé d'inscriptions lamentables et religieuses, il allait entrer dans l'hôtel du bal, <]uand survinrent des matelots qui arrêtèrent le convoi, menacèrent le facétieux personnage tle pou.sser son dc'guisenicnl |us([u'à la mise en terre inclusivement, et il
UTILITÉ DE TOUTES LES COLLECTIONS. 339 n'échappa que par la fuite (1). Sujet tout trouvé pour le pinceau, disons le scalpel, de ce William Hofjarth, si ])lein à la fois de gros sel, de pensées profondes et de fou rire de cimetière.
Admire qui voudra ces froides gaietés en présence delà destruction. Auguste et Rabelais, en expirant, ont prononcé tous deux un mot peu sincère peut-être, et qui semble trop compter sur le néant : La comédie est jouée (2)! A la vérité, ce monde-ci n'est pas si beau qu'on ne cherche à en sortir, au moins par l'imagination. Il Y a une touchante image de Shakspeare : la Patience qui sourit longuement à la douleur. Mais
(1) Arcuenholtz, Tableau de l'Auf^leteri-e, t. II, p. 220.
(2) Au moment de la mort d'Auguste, quand ses amis entrèrent : « Eh bien! leur dit-il, comment irouvcz-vous que j'ai joué cette farce de la vie? » Et il ajouta la formule grecque qui terminait les pièces de théâtre : « Si vous êtes contents, battez donc des mains et applaudissez à l'acteur. »
Il V a de Deslandes un petit volume in-donze, sans nom d'auteur, intitulé Beflexions sur les fjrands hornines qui sont morts en plaisantant. Amsterdam, 1732 ou 1758, et Rf)cliefort, chez Jacques le jNoir, 1755. Deslandes habitait cette dernière ville. Ce petit ouvrage, que le sujet plutôt que la manière dont il est traité fait classer parmi les facéties, et qui ne manque pas d'un certain agrément dans la simplicité du style, passe en revue les morts illustres de l'antiquité. Il donne ensuite des détails intéressants sur les derniers moments de Henry VIII, et sur Elisabeth d'Angleterre, sur mademoiselle de Limeuil, demoiselle d'honneur de Catherine de Médicis ; sur Ronsard , Mellin de Saint-Gelais , Passerat, le docteur lîourdelot, Gassendi, des Yveteaux, Hobbes, Saint-Évremond et son héros le comte de Grammont, sur le médecin écossais Ruchanan, et nombre d'autres. Sur les derniers moments d'Isabelle de Limeuil, on peut voir aussi Rrantùme.
Louis XIII est mort en faisant exécuter et accompagnant lui-même de sa voix éteinte un morceau de musique de sa composition.
Madame Favart, à sa dernière heure, composa son épitaphe, la mit en musique, et la chanta dans les intervalles des plus cruelles douleurs. Elle mourait comme elle avait vécu.