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LES ANCIENS CABINETS, LES ARCHIVES ET LES CARTULAIRES

Sans nul doute, la passion des Curieux de documents écrits avait, autrefois comme aujourd'hui, des préoccupations diverses. Si les uns recueillaient pour le ])ur plaisir de la possession , la plupart avaient une visée utile, et n'amassaient leurs richesses que dans le dessein de les faire tourner au profit de leurs propres études ou Point de celles des autres. D'une autre part, dans un pays

d'archives . „ , .

léjjiilières surtout OÙ Ics gouvcrnements successifs n avaient enen France , ■, > . -, ^ , ^ -^^

avantColbert, corc sougé qu à la couservutiou dn Tr('sc)r des Chartes,

excepté . , . . . 1 ■ - j

le Tnsor dcs documcuts judiciaircs courants et des pièces de

«les Chartes i • • i i i rf • t

et les jiiè. es fanauce , et laissaient le reste des documents othciels

comptables. . . . . . . * . ,

aux cartulaires prives; celui qui occuj)ait une charge élevée devait être conduit à la création d'iu'chivcîs personnelles, soit j)our se ménager des garanties et des armes contre l'éventualité d'attaques politiques, soit à tout le moins pour garder aux siens les titres vivants de sa propre histoire. Tous les hommes d'Etat de <|U(I-

FORMATIOIN DES CABI^sETS ET DES ARCHIVES. 431 que valeur tiurent sous leur (jurde des portefeuilles de correspondances, d'instructions royales, de papiers de tout genre, comme si leur instinct se préoccupait du danger d'abandonner aux hasards de la fortune ces instructions secrètes , ces dépêches, ces minutes relatives aux affaires pidîliques. Mais on croyait avoir assez fait en gardant pour soi-même. On ne songeait pas que la perpétuité d'archives nationales est une garantie pour tous, et que les preuves de l'histoire publique sont la propriété del'f^tat, qui ne meurt jamais. Leduc de Sully, l'ambassadeur Loménie de Brienne , le cardinal de Richelieu, le chancelier Séguier, le président de Harlay, le cardinal Mazarin, eurent, à n'en pas douter, une ])ensée politique plutôt qu'une préoccupation personnelle, en formant des cabinets. Le fait est de toute certitude pour Mazarin, qui a réglé par la disposition suivante, en son testament dicté par lui, ce qui se rattachait aux papiers historiques passés par ses mains :

« A l'égard, dit-il, de toutes les dépêches, lettres, Mazarin rèjjie

, . . . , par lestament

missives, négociations, traités, et autres papiers cou- l'ordre

, Cf. . -.,' I , . In •' mettre clans

cernant les arlaires d Ltat, et les domestiques de Son ses papiers. Eminence, en quelque lieu qu'ils soient ou qu'ils se trouvent, ou dans son palais à Paris, ou dans son aj)partement au Louvre, et en tous autres endroits, mondit seigneur Cardinal-Duc n'ayant rien de plus cher et de plus précieux, et dont le secret soit plus important jioiir le bien des affaires de Sa Majesté et de l'Etat, supplie très-humblement Sa Majesté de permettre et commander que le tout soit mis entre les mains du sieur Colbert, intendant des maison et affaires de Son Eminence, des

432 FORMATION DES CABI?sETS ET DES ARCHIVES, soins, intégrité et intelligence duquel il est très-assuré, l'ayant éprouvé en une infinité de rencontres, sans que desdits papiers il en soit fait aucun inventaire, description, état ni mémoire, pour par ledit sieur Golbert suivre et exécuter les intentions que mondit seigneur Cardinal-Duc lui a déclarées, confiées, et même disposer lesdits papiers par ordre, et prendre par lui, sur ce sujet, les éclaircissements de Monseigneur l'évéque de Fréjus, pour ce qui concerne les dépêches et affaires d'Italie, et de M. de Lionne pour les autres, et pour conimuniquer par icelui sieur Golbert, dans les occurrences , les affaires dont il plaira à Sa Majesté prendre connaissance , et aux personnes que Sa Majesté désignera ( 1 ) . »

Une pensée politique avait donc présidé à la formation des cartulaires des principaux hojnmes d'Etat. Mais pour la fondation d'archives nationales, il y avait un pas de })lus à faire : ils ne le firent point. Ainsi Carcavy et le Florentin Ondedei , évêque de Fréjus, classèrent les papiers de Mazarin et les mirent en volumes ; mais le tout demeura parmi les papiers de Golbert, passa ensuite à la Bibliothèque impériale, et y resta jusqu'au jour où une revendication officielle les fit entrer aux Archives des Affaires étrangères.

Tout ce qui pouvait se trouver dans les ])ortefeuilles des négociateurs, des {généraux, des anùiaux, des gouverneurs de provinces, au lieu de faire retour à l'I'tat,

(1) TeslatneiU et codicilles de Très-Illustre et lùniiienlissime Seirjneur Monseif/neiir Jules, Curdiiial Maznriiii , duc de Nivernois et Donuoisy des 3, 6 ^< 7 mars 1661. V. |». 326-327 du tome VI des OEuvres de Louis XIV.

FORMATIOiN DES CABINETS ET DES ATîCIIIVES. 433 demeurait dans leur cabinet ])ersoniiel et passait à leurs enfants. Les dons, la néj>li(jence , la surprise ou le dol ouvraient tôt ou tard la porte à ces manuscrits et allaient parfois révéler aux rivaux de la France les plus intimes secrets de sa politique. Le duc de Saint-Simon ( 1 ) dit que le marquis de Louvois fut le premier qui Fondation

des Arcliives

sentit le danger. C'est possible, mais à coup sûr il ne des

minisleres.

fiit })as le premier qui y porta remède; ce fut le grand Colbert, qui, inspiré de la pensée politique de INIazarin, et importuné de n'avoir pas sous la main les titres des précédents pour la marine, à laquelle il rendait une vie nouvelle, et pour la Maison du roi, qu'il dirigeait, serait à l'œuvre dès avant 1G80, retira le peu qui se put acquérir d'ancien , fit copier tout ce qui ne put s'acquérir ; se fit remettre, à mesure des décès ou des cessations de fonctions, ces sortes de documents, et, dans l'année 1680, nomma au traitement de 3600 livres porté plus tard à 5800, le généalogiste des Ordres du Roi , Pierre Clairembault le jenne, pour ranger par ordre cbronologique les papiers de la Marine dans un dépôt spécial (2). Ce dépôt, établi d'abord à Saint-Germain en Aniiivrs

de l;i Marine.

Làye, passa, en 1699, sous le ministère de Pontchar-

train, dans un pavillon loué au jardin des Petits-Pères,

(1) Mémoires. T. VIII, au coininencement du cliap. xvi, p. 339, de l'édition de M. Ghéruel.

(2) Voir aux Ardiives de la Marine un mémoire présenté par Clairembault le jeune au maréchal d'Estrées, le 21 se2itembre 1715. La date des papiers recueillis jusqu'alors , avec quelque suite , remontait environ à 1640. Je tiens ces renseignements de l'obligeance inépuisable de M. Pierre Margry, conservateur-adjoint des Archives historiques de la Marine et des Colonies.

Pierre Clairembault mourut le 14 janvier 1740 , à l'âge de 89 ans. Son plus jeune frère, Nicolas Pascal, lui succéda.

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