CABINET DE FABRI DE PEIRESC
Parlement de Provence , et remplissant avec scrnpule ses fonctions de magistrature , ne s'était point retiré des intérêts du siècle; quand on sait qu'il avait un observatoire sur les tours de Beaugensier; qu'il avait des médailles , des jardins botaniques , des collections de ])ortraits , une bibliothèque considérable jiour le temps, et où il entretenait à sa solde un relieur, un sculpteur et un peintre; quand on se souvient qu'il mit au jour des livres oubliés, des manuscrits perdus, et qu'il entretenait en Europe, en Asie, en Egypte et dans le nouveau monde des courtiers de science , de littérature et d'art, tels qne Pierre Lombard, Samson, le Père Minuti, Minime, etc., chargés de fouiller la Bibliothèque du Roi à Paris, la Bibliothèque Ambrosienne à Milan, celles du Vatican et de l'Escurial, et de recueillir par tout le monde des antiquités ou des objets d'histoire naturelle ; quand on se raj)pelle qu'il trouvait encore le temps d'aider Henri-Auguste Loménie de Brienne à augmenter les grandes collections de lettres originales de princes et d'ambassadeurs, d'instructions, d'ordonnances royales, formées ])ar son père, notre imagination s'étonne et notre paresse s'épouvante. Ah ! si l'homme savait le prix d'une minute et le rapport des secondes aux idées et aux choses ! Peiicsc C'est à cet infatigable Pciresc qu'on doit l'introduc-
011 Europe tion et la naturalisation en France du jasmin de l'Inde Virany'rcs. <'t dc cclui d' Arabie ; du grand jasmin d'Amérique ou gaïac à fleurs rouges; du lilas de Perse et du laurierlose ; du styrax, du gingembre et du lentisque; de la iièlle et de la cerise sans noyau, enlin de plusieurs espèces de vignes rares de Tunis, de Smyrne , de Da-
PORTEFEUILLES DU CARDINAL GRANVELLE. 451 mas, de Sidon , de la Nouvelle-France. L'éducation des végétaux, comme celle des hommes, exi(je un dévouement qu'une sorte de passion peut seule inspirer : il avait cette passion comme il avait celle des lettres. Sans doute , au milieu de tant de soins et d'immenses dépenses, il dépassa les ressources de son patrimoine. Mais que lui importait de dévorer sa vie et sa fortune? Il était utile. Il se livrait donc sans regret à ses entraînements comme tant d'autres dont le renom a survécu h leurs richesses : comme Fabrot , le doyen des professeurs en droit à l'Université d'Aix ; comme Bernard Palissy, brûlant ses meubles pour triompher de la science et de l'art ; comme jadis Platon, essuyant tant de remontrances de sa famille pour avoir, malgré sa détresse , pavé très - cher les écrits autographes du pythagoricien Philolaûs.
Un nommé Rasse des Nœuds, chirurgien du seizième Rasse
. , , . , . . , , fies Mœuds.
siècle, ce qui était si peu de chose à cette époque, avait réuni, à force de diligence et de sagacité, un cabinet d'autographes et surtout une bibliothèque dont les connaisseurs recherchent encore les livres de bon choix , de bonne condition et chargés de notes de sa main , toujours intelligentes.
Les portefeuilles du cardinal Granvelle forment l'un Portefeuilles
, , , . 1 1 ■ 1 1 -1 1- 1 ' 'l" cardinal
des plus précieux ornements de la riche hibiiotheque cranveik-. de la ville de Besançon, dont le conservateur, M.Weiss, fait honneur aux lettres. Le chancelier le Telliei-, le président de Lamoignon , le maréchal d'Estrées, le chancelier Daguesseau, la maison de Noailles , ont laissé des cabinets considérables de papiers manuscrits qui touchent à toutes les questions de l'administration
452 PAPIERS DES GODEFROY ET DE ^FAZARIN. piiliHque, de la justice, de ia diplomatie, de la (jiierre, Collection des de la marine, de la littérature. Les émineuts juris- Godefroy. cousultes GodelVoy, à qui l'on doit de bons livres de droit public et international et des histoires , avaient amassé des portefeuilles considérables de lettres autographes, de documents de tout genre d'un incontestable intérêt pour l'histoire de France, desquels ils ont fait eux-mêmes leur profit et qui ont fourni des lumières à plusieurs autres historiens. Cette riche collection est un des trésors de la Bibliothèque de. l'Institut.
Papiers Entre les cabinets qui ont versé leurs richesses
de Mazarin. . . /•ii ■! -ii-i"
immenses et inappréciables à la Bibliothèque alors royale, et attestent que le goût des documents écrits, sans être aussi répandu qu'il l'est de nos jours, n'a jamais cessé d'être cultivé en France , il faut compter celui de M. de Loménie, acheté par le cardinal ^Mazarin, dont il est toujours bon de reparler en semblable matière. Cet Italien si Français, curieux de toutes les choses de l'esprit , a laissé une quantité considérable de documents disséminés en Italie et en France. Tour à tour militaire et négociateur, il intervint, au nom de Rome, dans la guerre de la succession des duchés de INIantoue et du Montferrat, s'interposa avec intrépidité, en IG30, sur le champ même de bataille, entre la France et l'Espagne, arracha la paix, négocia le traité de Cherasco, et réussit à faire donner Pignerol à la France par le duc de Savoie. Nommé vice-légat d'Avignon , goûté })ar Bichelieu , il s'attacha désormais à la fortune de la France. Dans toutes ces vicissitudes, à une époque peu connue de sa vie, il a
JEAN BALESDENS. 453
semé de lettres tous ses pas diplomatiques. Ces lettres, dont un Curieux , heureux fiueteur, a recueilli des originaux et des copies nombreuses, jetteraient une vive lumière sur l'histoire de ces temps agités. Elles éclaireraient aussi d'un jour j)iquant les années de jeunesse de cette âme ardente (pii a payé un tribut aux passions autres que les passions ambitieuses. Deux lettres de lui, brûlantes comme les plus brûlantes de Saint-Preux, existent encore dans le cartulaire intime d'une famille romaine, et attestent qu'il avait recherché en mariage une belle jeune personne de grande famille. Le ministère des Affaires étrangères possède, reliées en plusieurs centaines de volumes, les correspondances politiques adressées au cardinal. Des milliers d'autres volumes relatifs à son administration sont disséminés j)artout, et la Bibliothèque impériale garde une série de ses carnets qui ont été l'objet d'études de M. Victor Cousin.
Un Curieux qu'il serait injuste d'oublier, amoureux Le curieux de lettres et de documents écrits, encore plus connais- Baiesiicus. seur en livres, est cet ancien précepteur du marquis de Coislin, Jean Balesdens, membre obscur de l'Académie française , éditeur oublié de Grégoire de Tours , flatteur du chancelier Séguier, et dont rien n'est resté que de vieux livres qu'il aimait, qu'il choisissait bien, et que recherchent encore les bibliojîhiles de nos jours. Ces bons vieux livres! tout y sourit, et le dedans et le dehors. Toujours en fruits, toujours en fleurs. Comme ils sont de bon stvle , de bon commerce , de bon conseil ! comme ils entrent sans bruit dans le vrai de l'intrigue et de la mascarade humaine ! comme ils instruisent ! comme ils consolent ! comme par eux on s'entend