‹ Causeries d'un curieux (volume 3)Chapitre 85 sur 127 · GUILLAUME COLLETET · texte numérisé non relu

GUILLAUME COLLETET

d'un ])oiit du monde à l'autre, à travers les siècles! En vain la langue vieillit et passe : le bon sens et l'esprit des écrits sont toujours jeunes. Ces bons vieux livres! Quand on n'a pu troni])er la mort et qu'on s'envole à d'autres clartés , comme on est beureux de sentir qu'ils seront aimés d'autres amis!

Guillaume Lc malbcureux François Golletet, le « poëte crotté »

Colleiet. •Il

])ar cet âpre Boueau , François Golletet, « auteur estimable que la satire a flétri , » dit Nodier, et qui n'eut d'autre vice que sa pauvreté, François, disons-nous, eut pour père un ^rand Curieux de documents historiques et surtout d'autographes littéraires et de livres, Guillaume Golletet, avocat du Roi au conseil, un des premiers membres de l'Académie française, protégé du cardinal de Richelieu , de l'archevêque de Rouen François de Ilarlav, et d'autres personnages de haut vol. Il faisait, dans sa sphère étroite, concurrence au comte de Béthune, et beaucoup des pièces xle sa col- Soii l)rau lection sont fondues dans ses Vies des poètes fravruis

recueil de la , , ■ , -i- -^ • i / •

Vie des portes demeurecs médites. Le manuscrit de ce pi'ecieux re-

fraiicois .... . . . , .

est encore cucil , qui coutieut euviroii quatrc cents biographies, est dé])osé à la Bibliothèque du Louvre, et fournit des informations précieuses qu'on ne saurait trouver ainsi condensées en aucun autre ouvrage, (jui même y font tout à fait défaut, <-'t (jui ont le mérite d'avoir été écrites pour la plupart sur {jeiis merveilleusement connus de l'aiileur j)our avoir été ses familiers. Il est en vérité bien extraordinaire <|u'ini Iraxail si utile et si riche en curieux détails sur le monde <les lettres, ne s'imprime pas il une ('pociue où les plus misc'rables rogat(uis du dix-septième siècle sont exhumés si précieu-

inédit.

CABI^iET DE GAIGMERES. 455

sèment, et précieusement enchâssés en bijoux typographiques.

Les cabinets de Baluze et de Glairembault, belles lîaïuze

et

collections formées pour leur propre compte à côté et ciairembauh.

souvent avec les doubles de celles qu'ils soi^jnaient pour

Golbert; le cabinet du premier président de Mesmes; De Mesmes,

de la Mare ,

celui de Philibert de la Mare, conseiller au Parlement labbé

<le Louvois.

de Bourg^ogne; de l'al^bé de Louvois, conservateur de la Bibliothèque royale , fonds de trois cents volumes et de phis de trente portefeuilles; le cal)inet de ral)])é de L'abbé de

. - , . - Dangcau, etc .

Dangeau, rruit de ses études et de ses reunions du mercredi; le cabinet de l'auditeur des comptes de Lorraine, Caille du Fourny ; les portefeuilles de Lancelot, ceux de l'abbé Nicaise et de Ducange ; les recueils de Serilly, ceux de l'habile diplomate Fontenay-Mareuil ; de Huet, évêque d'Avranches ; du conseiller d'Etat Huet. Fontanieu; le fonds de Gange, de Duchesne. d'Ovenart, du procureur général Joly de Fleury, de Doat, de Sautereau, de Sainte-Palaye, de d'Hozier le généa- DHozier. légiste, font maintenant partie de la BibUothèque impériale.

Un des cabinets les plus remarquables qui aient été Cabinet

(le Roger

formés par un particulier, est celui de François-Roger de Gaignières. de Gaignières , gouverneur des ville, château et principauté de Joinville, pour le roi Louis XIV, titre probablement honorifique, puisque le titulaire habitait Paris. Cet homme avait rassemblé h l'hôtel de Guise, qu'il habitait , manuscrits , imprimés , estampes , dessins , tableaux, sculptures, médailles, cartes géographiques : un monde de science et d'art, extraordinaire pour le temps. On juge mal les hommes et leurs œuvres, si

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l'on ne sait point se transporter anx temps et aux lieux où ils ont vécu. Gaignières n'était pas un de ces Mondors qui s'entourent par ostentation de tout un luxe stérile d'art et de littérature, c'était un vrai Curieux, de fortune assez bornée , mais dont l'ardeur ingénieuse et le savoir multipliaient les ressources, et dirigeaient les collections vers un but particulièrement histori(jue et national. Depuis le seizième siècle, on avait vu se répandre les recueils généraux et spéciaux de portraits. Les frises des salles de châteaux en étaient ornées. Les recueils de crayons se multipliaient à l'envi. Paul Jove avait eu un immense musée de portraits. Peiresc, qui était en avant de toute chose, en avait aussi une collection considérable, qui passa aux mains de la famille de Yalbelle et alla décorer le château de Gardanache, aux bords de la Durauce. On avait ramassé des collections de monuments xylographicpies , chalcographiques ou dessinés, relatifs à telle province, à telle ville, à telle profession. Mais Gaignières voulut par ses collections éclairer tout l'ensemble de l'histoire de France. Il voyagea dans le })ays et fit voyager des artistes pour relever des portraits et des costumes sur les verrières , sur les manuscrits les plus précieux , sur les pierres tombales. Il fit dresser des plans topographitpies, exécuter des dessins d'archéologie monumentale, d'architecture de moustiers , d'antiquités sépulcrales, toujours tlaus une pensée française. Il consacra le plus pui' de sa fortune à ces dépenses, et s adressa même à létranger pour compléter son ensemble. Le Père de Montfaucon, ce qui est pour l'époque une honorable sanction de l'œuvre du Curieux, lui fit plus d'un em-

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