II -i ■> rr 111 11- durable
semble-t-il s erlacer aux yeux de la pkipart des Instoriens. Jornandès, Goth d'origine, fort instruit dans les choses de ce temps , pour avoir été évêque de Ravenne en 552, après avoir rempli les fonctions de chancelier [notarius] d'un roi des Alains, en dit à peine quelques mots en son histoire, qui cependant est celle de Cassiodore abrégée. Or, de même que Henry lY se montre tout entier dans Sully, Louis XIII dans Richelieu, de Ma^nus-
11' 1 i-1 • 1 • Aurélius
même Tliéodoric se retrouve dans Cassiodore, son mi- cassiodoms,
.,,..,,.. sénateur,
nistre. Je ne veux pas parler des histoires de celui-ci, nt vers 468, qui sont perdues, mais de ses œuvres variées, qui ren- après 5G2. ferment douze livres de lettres de Tliéodoric, de son petit-fils Athalaric, ou plutôt de la mère de ce prince , la régente Amalasonthe , et enfin de Cassiodore luimême. A l'amplification près, c'est un recueil précieux qui donne toute la portée de cet homme d'Etat, esprit prudent, calme, réellement politique , et qui eût
sauvé la monarchie de son maître, si elle eût pu être sauvée. Mais maljjré tons les efforts de Tliéodoric pour se concilier les prands du ]Kiys, l'Italie sentait toujours qu'elle était la chose de la conquête. Tous les yeux se tournaient du côté de l'Orient. Là était l'empereur Justin, qui ne cessait de paraître le vérital)Ie empereur.
A côté de Cassiodore brillaient encore trois noms : Ennodius, Symmaque et Boëce.
Le premier, évéque de Pavie, était de ces prélats de Marynus Félix ['école de Sidoine Apohinaire, plus instruits dans les
Ennoaiiis, ' ^
né en Gaule lettres profaucs que dans les livres sacrés. Neuf livres
vers 473 ^ '
mort en 521. de lettres d'uuc enflure fatip^ante, mais utiles pour l'histoire du temps, sont restés de lui, avec de netits vers épi^jrammatiques, sceptiques et mondains, fort étranges sous la plume d'un évêque, et qui plus est évêque canonisé. C'est un talent de la famille pomponnée du cardinal de Bernis.
Sept à huit Symmaque sont cités dans l'histoire et Qmntus jjjjjg j^g Jettrcs , à ])art le Sarde Cœlius Svmmaque, Memmius successcur d'Anastasc II sur le trône de saint Pierre,
Symmachus, '
consul désigne (i,j 1498. Nous avous précédemment rai)T)elé un des
en o'22 , 1 1 i
mort en 526. p^yg iHustrcs : Quiutus Aurélius Avianus Symmaque , préfet de Rome, distingué entre les derniers défenseurs du paganisme en Occident, et l'auteur de dix livres de lettres latines. Le Svmmaque contemporain de Tliéodoric est Quintus Aurélius INIemmius, sénateur, paven comme le précédent, et non moins illustre par les vertus publiques et privées, par la grandeur d'âme et de l'esprit, et que l'on a souvent confondu avec le premier, bien qu'il v eut entre eux l'intervalle de plus d'un siècle. Pour Boëce, <pu deviiit son gendre par son mariage
LE MOYEX AGE. 445
avec Riisticiana , di^jiie de tous deux, il était de nais- Aniiins sance élevée et appartenait h cette (grande maison des Severiims
... T, uni- 1- rinclhiiis on
Anicius, de UKjuelle Claudien a dit : « De quelque Boeiius,
1 j r -M 1 1 • l'i • • lié à Rome,
membre de cette lamilîe que vous recherchiez 1 histoire, entre
,., , ,, , -470 et 473 ,
tenez pour constant qu il est ne d un consul : mort eu 52G.
Queincumque requires Hàc -slirpe viriini, certuin est de consule nasci. Per fasoes nuinerantur avi, semperque renata ^Noljilitate virent (1).
A peine àpc de vin^jt ans, l'éclat de son nom, de sa fortune et de son savoir dans les sciences et dans les lettres, l'avait désigné au choix de Théodoric. Le roi Faveur
de Boccc
le nomma patrice, et le patriciat lui ouvrit les portes du sénat, où sa jeune et sage parole fut écoutée avec estime. INIais le sénat n'était plus que l'ombre et le mensonge de cette grande institution historique, et Boëce, n'y trouvant pas l'emploi de son activité d'esprit, se livra avec plus d'ardeur à ses études favorites. On lui dut des traductions de Platon et d'Aristote , de Pythagore le musicien , de Ptolémée l'astronome, de Nicomaque, d'Euclide et d'Archimède (2). Il passait même pour si habile et si grand connaisseur dans la science de la musique, qu'un jour notre Clovis, dont Théodoric avait épousé la sœur Audeflède , Clovis , charmé par ouï-dire de la musique des banquets royaux de Ravenne , ayant demandé à Théodoric de lui envoyer un joueur de harpe choisi de sa main, c'est à Boëce que le roi des Ostrogoths s'adressa pour dé-
(1) Première page de Claudien : In Cou';iila(um Probini et Oljbrii, vers 11-14.
(2) Voir Cassiodor., Opéra, II, Epistol. 45.
couvrir la perle des artistes. « Quuin Rex Francorum, convivii nostri fama peliectus, à nobis cytharœduni magnis precibus expetisset, sola ratione complendum esse proniisinius, cpiod te eruditione musicœ perituni esse noveramus. Adjacet enini vobis doctum eligere, qui disciplii^am ipsam in arduo collocatani potuistis
attingere Cvtbarœdum, quem à nobis diximus
postulatuni, sapientia vestra eligat , praesenti tempore nieliorem; facturis aliqnid Orphei, quuni dulci sono Gentilium fera corda doniuerit (1). » La lettre est évidemment du Calabrais Cassiodore ; et le dernier trait qui tou.rne en ridicule la cour de Clovis, et la compare à ces troupeaux de bêtes sauvages qu'Orphée traînait après soi par le charme divin de sa lyre , est bien d'un descendant de ces anciens Romains pour qui tout ce qui n'était pas Civis Romanus était barbare. Le Goth Théodoric , un peu moins barbare, il est vrai, que Clovis , avait appris aussi à la cour d'Orient le mépris pour l'étranger. (Ju'eût dit le fier Sicambre s'il eût su comme il était lestement traité par son beau-frère et par sa cour abâtardie de Ravenne, contrefaçon de celle des héritiers de Constantin ?
Pendant vingt années, Théodoric n'avait pu se passer de Boëce. Boëce était son idole et celle du peuple ostrogoth. Mais il vint à écrire un traité contre l'arianisme, et Thé(jdoric était arien ; mais soit dessein prémédité de profiter des mouvements religieux en Italie, soit hasard amené par le train naturel des idées, Justinien, qui gouvernait alors l'empire d'Orient, sous le nom de
(1) Lettre de Théodoric dans Cassiodop.e, II, lettre 40.
Disgrûcc de Boëce.
Il est coiulainné
à mort :
Ihéodoric
commue la j)eine.
Justin son oncle, fit lancer, à C(!tte même époqne, un décret terrible contre les ariens de Constantinople. L'ardeur religieuse s'éveilla tout à coup chez Théodoric jusque-là indifférent, et la rivalité du politique se compliqua du ressentiment du sectaire. D('jà travaillé par des Gotlis rancuneux et jaloux, le roi s'irrita contre Boëce et l'accusa d'avoir conspiré le renversement de la monarchie gothique et la restauration des anciennes libertés romaines, de connivence avec l'Orient. Un arrêt de mort fut prononcé par le sénat. D'abord Théodoric commua la sentence et donna pour prison au condamné la ville de Pavie , où le malheureux écrivit son livre de la Consolation philosopliique. Tout à coup, par un revirement dont on n'a pas le secret, le roi ordonne sa mort, et le boiuTcau la lui fait sul)ir avec un abomi- il est mé avec
raffinement
nable raffiiîement de cruauté, le 23 octobre 52G. On de cinanté. lui passe autour de la tùte une corde qu'on serre avec une roue, jusqu'à lui faire jaillir les yeux de leurs orbites. Puis, on lui brise les membres avec des bâtons ; et comme il respirait encore , on l'achève à coups de hache. Les cris de douleur et décolère qui échappèrent à Symmaque, sur cette nouvelle, arrivèrent aux oreilles de Théodoric. Alors le roi le fit chai"ger de fers et traî- Meurtre
lie
ner de Rome dans les prisons de Ilavenne, où il fut symmaque. étranglé.
Qu'à son début, Théodoric, a])rès avoir vaincu le roi des Hernies , Odoacre ; après avoir partagé avec lui le trône, l'ait attiré dans un repas de fête tout à point pour ouvrir sa succession par l'assassinat et régner seul sur l'Italie, c'est là une de ces passes d'armes , une de ces gentillesses d'Ostrogothà llérule, de barbare à bar-
bare , dont est semée l'histoire de ces temps de luttes sauvages. Le premier n'a vraisemblablement fait que prévenir le second, et c'était l'acte final et conséquent d'une tragédie ouverte par des massacres. On en a eu bien d'autres à pardonner au vainqueur de Tolbiac, au néophvte de saint Reniv, à l'époux de sainte Glotilde, à notre Glovis ! Mais qu'après trente ans de règne sans partage, le roi des Ostrogoths ait fait condamner à mort, sur de simples soupçons et sans l'entendre, un homme inoffensif, la plus grande gloire de son trône; qu'il ait dicté contre lui tant de férocité à ses bourreaux; qu'il ait fait tuer encore sans forme de procès un vieillard vénéré tel que Symmaque, c'est pour sa mémoire une tache ineffaçable. Le marquis du Roure a écrit , avec un courage souvent heureux , la difficile histoire de Théodoric. Quels qu'aient été ses vaillants efforts pour faire ressortir le beau côté de génie qui valut à ce prince le nom de grand, trois noms seulement restent dans l'esprit quand on a fermé le livre , ce sont ceux de Svmmaque , de Boëce et de Cassiodore, et le règne du héros Amale se résume en trois assassinats : ceux d'Odoacre, de Boëce et de Symmaque.
Théodoric ^^^j^^ cliargé de soixante-dix ans, le malheureux
la ikvâdeuce pi^'^ice avait trop de sagacité pour ne pas sentir que la décadence de son établissement monarchique avait suivi la défaillance de ses propres forces , et que les menaces de l'avenir sortaient de toute part des embarras du présent. Devenu défiant, soucieux, morose, il avait voulu, pour relever ses destinées , essayer de la tardive et périlleuse ressource de la violence. La violence s'était
sou pouvoir.
traduite en crimes, et ces crimes avaient été des fautes. Lui-même, à ce que rapporte Procope, mourut du dernier, et par je ne sais cpielle hallucination vengeresse, il crut voir un jour dans une tète d'énorme poisson qu'on venait de servir sur sa table, la tête de Symmaque fixant sur lui des yeux étincelants. Le frisson de la fièvre le saisit, et il mourut, le nom de sa victime sur les lèvres. Cette histoire, rapportée par Procope, n'est peut-être qu'une léfjende. Qui le prouve? Et qu'importe ! Pourcpioi d'ailleurs l'âme de Théodoric, qui avait eu parfois des mouvements si élevés, n'auraitelle point été susceptible de remords? Ce (jenre de légende n'a-t-il pas après tout son côté toujours vrai dans le cœur des nations? C'est le cri de la conscience de l'humanité, c'est l'expiation éternellement attachée aux actions mauvaises.
Le succès du livre de Boëce n'a pas i^eu contribué à i-" l'^^e jeter de l'odieux sur la mémoire de Théodoric. Il y CousuUuion. règne une philosophie douce, résignée, touchante. Ce n'est pas encore le christianisme : le nom même du Sauveur, du Consolateur suprême n'y est pas une seule fois rappelé ; pas la moindre allusion, si lointaine qu'elle puisse être, à l'Evangile; mais c'est la pure doctrine pythagoricienne qui mêle l'ardeur ascétique à la science; c'est le néo-platonisme avec ses audaces et ses jiérils, dans ce qu'il peut avoir de plus pur, de moins éloigné de la foi, de plus réellement philosophique sur la psychologie, la métaphysique et la théodicée (1). A la
(1) Voir sur la question du j)a{;anisuic de Boece et sur le j)a{;anisme de Syinmaque, dont on a fait non pas seulement un sa{;e, mais ini saint martyr de la foi chrétienne, lintioduetion à la traduction fran- TOME I. 29
Térité , dans l'œuvre de Boëce, rien n'est à lui que la
manière de dire, mais il ilit liieii ; >'il iTa plus 1\'Xquise saveur des écrivains du siècle dAu^TJste, il a encore le souffle romain, et son livre, entremêle de prose et de vers pleins d'élévation et de charme, peut être regardé comme le dernier effort du (jénie de la muse latine. Tout ce qui l'entourait lui était inférieur, et sa Ian^;ne est j)lus belle que celle de Cassiodore. Romain dans le cœur, vrai f\\< d'une de ces grandes familles patriciennes aux longs souvenirs, il se complaît à évoquer le nom des grands héros de la philoso[)hie et des martvrs de la lil^erté (1) ; il tletrit duu fer rouge d'illustres vcleurs publics venus d'Ostrogothie (2) ; il traite les courtisans de - chiens du palais, palatini canes " ^3) ; et dans une allusion assez trans])arente, il compare le roi lui-même a }séron (-4). Si le livre a
çaise de la Consolation qu'a donnée cette année M. Louis Judicis de Mirandol (Paris, Hachette, 1861% œuvre de savoir et de conscience^ Il paraîtrait, suivant M. de MirandoL que Boëce , dont le prénom était Severinus, a été confondu avec saint Severin. Le {jrand pape Svlvestre II, qui a écrit une belle épitaphe pour le tombeau de Boëce, réédifié en 996, ne s'v est pas trompé. Il le vante surtout ce qu'il avait de pénie et de verUis , et s'abstient de parler de son christianisme.
(1) ConsoL, I, 6. « Quod si Anasagorœ fugam, nec Socratis venenum , nec Zenonis tormenta , quoniam sunt perejjrina novisti ; at Canios, at Senecas, at Soranos, quorum nec pervetusta, nec incelebris memoria est, scire potuisti. »
(2) Consol.j 1 , 8. Boëce nomme ces concussionnaires, qui aujourd'hui sont oubliés. L'un d'eux, appelé Conigaste, se ruait sur le bien des faibles ; un autre , nommé Triguilla , intendant du domaine de la couronne, était un déprédateur effronté. Il est évident que par son austérité, qui frappait partout où elle vovalt le mal, Boëce s'était fait d'irréconciliables ennemis.
(3) CoiisoL, I, 8.
(4) ConsoL, II, 12.
LE MOYK.N AGE. 451
transpiré jusqu'au iiiefianL ïhéodoric, il n'(Mi fallait pas davantafje, comme l'a pensé M. du lioure, pour allumer les (l(;rnières colères qui ont livré Hoëce aux. bourreaux. MalluMu- à «jui devaucc son siècle!
Moins Romain sans doute que Boëce et que Sym- CassioJorc. maque, Cassiodore ne fut point impliqué dans la catastrophe. Il servit même la ré{}enteAmalasontlie, après la mort de Tli(;odoric. Mais quand, affaissé sous le poids de soixante-dix ans et de cinquante années d(; travaux assidus, il vit l'établissement de son mailrc; craquer de toute part sans ressource; quand il eut reconnu l'impuissance et l'inutilité d'un plus ]on^ dévouement, il se relira dans son T)ays et fonda le fameux Fonde un
1 couvent où
couvent de .Vi va ?ia (Viviers), auquel il donna une iè(jl(; l'on i.|iid.iui particulière analojjue à celle de saint Benoît. Là se i>o'is livres. (groupèrent autour de lui des inoin(;s lettrés. Il Fit clierclier partout à (grands frais de bons manuscrits , fojida une bibliothèque considérable, et dressa les frères à la copie des livres, dans les intervalles de la prière. Lui-même se fit calli^^raphe et cojjiste, tout en conq)osant des histoires, des traités de mélaphysicpie et de morale, des commentaires sacrés, tout en faisant des recueils de lettres et construisant des horlo^^es (jui , alors, étaient ouvrage de savant. C'est de lui, diL-on, que date l'occupation jé{|ulière des couvents à la icproduction des livres, à la peinture des missels. Toujours est-il (|u'il contribua à la conservation de nombre de classiques anciens.
Tandis (ju'il se livrait à ces paisibles conquêtes, l'Italie continuait à se consumer; et les derniers successeurs de Théodoric, Yiti(jès et Totila, celui-ci surtout,
faisaient une magnifique mais vaine résistance contre les généraux des Grecs, Bélisaire et Narsès ; et vingt ans après la mort du fondateur de la monarchie des Goths, la tempête avait balayé les derniers débris de son œuvre. La litiérauire Cependant la littérature greccpie se maintenait.
{;rec(jii(,'
se maiiiiient. Avaut la décadcucc , OU avait vu des femmes grecques soutenir la gloire de la philosophie et des lettres. Quand le temps, soit altération dans les mœurs, soit progrès, soit l'un et l'autre à la fois, eut modifié les coutumes de la Grèce pavenne, la femme avait cessé de se renfermer dans le sein du gynécée , et plusieurs se produisirent avec des talents brillants sans rien perdre de leur considération. Ainsi, nous avons déjà vu Ja Pamphila dont})arlePhotius, et qui, près de son mari, s'était distinguée, sous le règne de Néron, au milieu d'une société d'élite, dans cette ville d'Alexandrie d'Egypte, à la fois l'entrepôt du commerce de l'Orient et le centre d'un nouveau mouvement intellectuel qui jadis avait fait le grand éclat et la gloire exclusive d'Athènes, au temps de sa liberté. Alexandrie lui rendait à sa manière ce qu'elle en avait reçu, et la ville du divin Platon, d'Anaxagore et de Démosthène, vit des sectateurs de la philosophie néo-platonicienne d'Ammonius Saccas, de Plotin , de Porphyre, d'Iamblique. Mais la conquête macédonienne, mais la conquête romaine, en affaissant lésâmes, y avaient arrêté l'efflorescence poétique. Qu'étaient devenus ces jours où Socrate s'entretenait avec ses amis et ses disciples sur les rives de l'Ilissus ou sous les platanes sacrés, au bruit d'un chœur de cigales! ■* Néanmoins, Athènes gardait encore quelque chose de son antique renommée, et, par la tradition de ses élé-
gancés, elle était restée la capitale des arts et des lettres. Le respect avait toujours les veux tournés vers elle, et l'on venait de Rome pour rêver et se souvenir. Vers la fin du quatrième siècle de notre ère et le commencement du cinquième, une femme dont l'esprit attique avait le vol de l'ancienne philosophie académique. As- Asclépi-jénie
' euseijjne
clépigénie, la petite-fille de Nestorius, la fille du plato- la philosophie
u Ain unes.
nicien Plutarque, la femme respectée du philosophe Archiades, y enseignait, en chaire publique, les plus pures notions de la philosophie socratique. De son côté, la fille du célèbre mathématicien Théon, Hypatie, re- Hypatie
l'enseijjiie
nommée pour sa beauté, plus belle encore de ses talents à Alexandrie. et de sa vertu sans faste, professait à Alexandrie, devant un concours immense d'auditeurs, les mathématiques et la j)hilosophie. Les rêveries du mysticisme de l'école de Plotin se mêlaient, il est vrai, à son enseignement; mais le miel de la saine morale coulait de ses lèvres; et elle eut cet honnevn^ qu'elle compta au nombre de ses élèves l'illustre Synésius , fort jeune Syntsius. alors, qui depuis embrassa le Christianisme et devint évéque de Ptolémaïs. Les hymnes qu'il se plaisait à composer prirent un accent plus sublime, dès qu'il fut baptisé, et le style pompeux et affecté de ses lettres emprunta de ses idées nouvelles une gravité inconnue. Son respect pour la payenne Hypatie fut toujours le même. Hypatie ne cessa d'être une de ses muses inspiratrices. C'est auprès d'elle que, dans ses chagrins, il cherchait des consolations, et il avait accoutumé de dire que le cœur de « la philosophe » , connne il l'appelait, était, avec la vertu, son plus sûr asile (1). Pour-
(1) Lettre lxxxi, 80.
La 1 ennc quoi faut-il que cette sage et savante fille ait été vic-
Hvpatie . ,, , i/- •»' i r
esi égorgée timc Q unc emeute chrétienne suscitée par le ranatisme une émeute d'uu scribc , pcut-êtrc aussi par les imprudentes prédi-
chrétienne. . , • /-x -ii • • * x i
cations de saint Cvnlle , qui injustement la croyait complice des persécutions exercées contre les chrétiens, que cependant elle aimait. Entraînée dans une égHse, elle fut égorgée, et son beau corps, profané, mis en lambeaux , fut traîné dans les rues et livré aux flammes. Elle avait beaucoup écrit, mais tous ses livres, déposés à la bibliothèque d'Alexandrie , ont péri avec elle dans un incendie.
Tandis qu'un coin démembré de l'ancien empire des Romains était demeuré intact et que Constantinople perpétuait ses traditions tout en les altérant; tandis que Justinien reconquérait une partie de l'Italie violée par les Barbares et créait un code de lois digne de temps meilleurs' et destiné à durer plus que Progrès SOU empire, le Moyen Age, qui succédait au soleil cou- Moyen" Age. chant de l'antique civilisation, assimilait, fondait entre eux ses éléments. Le conquérant, à la fois dominateur et vaincu, acceptait la religion et la langue de la terre conquise; c'était tendre à en subir les mœurs. De son inculte énergie, de sa sève puissante, il retrempait, fécondait les débris gisants des civilisations grecque et romaine; le droit germanique allait se fondre dans le droit romain, et la vitalité du Christianisme achevait la transmutation. De là sortaient des faits qui ont leurs enseignements propres. De là naissaient les tendances, les aspirations, les idées, les mœurs, les institutions particulières qui sont l'essence du Moyen Age, et ne sont en réalité ni l'ancien ni le moderne, à savoir :
féodalité, monarchisme, hiérarchie ecclésiastique, chevalerie, corporations, croisades. Ces dernières ont reconstitué les grandes armées décomposées par les cantonnements de la féodalité ; et les grandes armées permanentes ont affranchi les souverains de la dépendance des grands vassaux. La chevalerie commence chez les Maures et chez les Chrétiens, et de la chevalerie historique qui exaltait le courage et l'honneur, est née la chevalerie romanesque, qui, sous l'invocation de la Vierge, exaltait le culte de la beauté, et consacrait avec un généreux enthousiasme la respectueuse déférence du sexe fort pour les mérites et les grâces du sexe faible. En résumé, on le voit, le Moyen Age fut l'œuvre du Christianisme, mêlé au tempérament des barbares et aux institutions germaniques.
Du sein de cette société renouvelée, apparaissent de grandes figures : Clovis dans les Gaules, Mahomet en Asie, et plus tard Charlomagne dans notre Occident. Puis éclatera le réveil des lettres.
Nul doute qu'au bruit des pas du cheval d'Attila Toute cuit
e culture
n'ait succédé une époque de barbarie, et que l'igno- classique rance ne soit devenue plus dominante que les lumières ; ""cjs'séî'^ mais enfin toute culture classique n'avait pas cessé, et plus d'une trace de civilisation ancienne se retrouve, sous des transformations plus ou moins essentielles, dans ce Moyen Age qu'on avait peint comme si déshérité. L'Eglise était devenue le centre de la société, et les couvents avaient continué l'œuvre de Gassiodore. C'est là que se sont formés tous les hommes distingués par des talents extraordinaires. La langue latine s'infiltra dans les langues des Barbares, les transforma, et,
de de-jré en deoré, devint Ja langue des actes ])ublics et des annales de la nation. Du quatrième au huitième siècle, saint Ulphilas, l'apôtre des Gotlis, qui traduisit la Bible en langue gothique pour le peuple, et qui assista en 360 au concile arien de Gonstantinople (1); Sulpice Sévère, d'Aquitaine (2); Sidoine Apollinaire (3); saint Grégoire de Tours, Guillaume de Tyr; Isidore de Séville (4) ; Jornandès; Bède le Vénérable (5), écrivirent en latin. La plupart de nos chroniques anciennes, de nos cartulaires, de nos coutumiers de villes, étaient également en cette langue, et quand, au dernier siècle, l'infatigable dom Rivet voulut écrire l'histoire littéraire de la France et traiter de l'origine
(1) Woefel, dit saint Uipliilas, évèque des Goths, était de famille originaire de Cappadoce, ainsi que son contemporain Philostorge. Saint Jérôme est dans l'émerveillement devant sa science et sa piété. On a conservé des fragments de la curieuse version biblique de cet homme extraordinaire, dans deux manuscrits : le Codex argenleus, ainsi nommé de son écriture en lettres d'argent sur vélin pourpre et de sa reliure en argent massif, et le Codex carolinus (du nom de Charlemagne) qui est à la bibliothèque de Brunswick-Wolfenbuttel. Le premier figure dans la bibliothèque de l'université d'Upsal.
(2) Sulpice Sévère, né dans le quatrième siècle, mort en 410, a écrit en assez bon latin.
(3) Sidoine Apollinaire, évèque de (Jlermont, préfet de Rome sou* l'empereur Avitus, son beau-père. IS'é à Lvon Aers 430, il a écrit en vers des lettres fort utiles pour l'histoire de son temps.
(4) Fils d'un gouverneur de Carthagène, Isidore de Séville fut évèque de cette dernière ville en GOl. Il a écrit une Chronique des Goths fort curieuse, réputée plus exacte sous le rapport des origine* que celle de Procope et de Jornandès,
(5) Bède, né dans le comté de Durliam en 675, mort en 735, a écrit 1 histoire ecclésiastique des Anglais, dans le couvent où il était moine, et dont il n'était point sorti. Son livre, fort souvent légendaire, lourd, barbare de stvle, n'en est pas moins l'œuvre d'un savoir profond et d'une ànie d'élite.
et des pro^jrès, de la décadence et du rétal)lissement des sciences parmi les Gaulois et parmi les Français , il rencontra partout la langue latine. Une chose remarquable toutefois, c'est que le^jrec, après les beaux siècles, s'est maintenu plus lonj'temps dans sa pureté que le latin. Nous avons déjà vu que les Pères [jrecs avaient mieux conservé le dépôt de la lan^jue et plus approché de la parole d'or des {rrands maîtres, que ne l'avaient fait les Pères latins. Saint J('r6me a des passa^jes brillants, mais il est iné[;al. Saint Augustin dédaigne le joug de la grammaire et de la rhétorique.
Chez nous, les copistes de livres, les enlumineurs chez nous
on j;a|;iie
de missels multipliaient les livres anciens, les Bibles , le paradis
.1 . T . . i 1 • T eu se taisant
les antiphonan'es, et produisaient des chels-d œuvre caiiijjraphe. d'art. Une âme pécheresse se rendait agréable devant Dieu eu se livrant à l'étude des lettres. La calligraphie comptait comme Acrtu, et le diable n'y trouvait à mordre. Ainsi, en 1050, il y avait dans la portion du diocèse de Lisieux qui fait maintenant partie du département de l'Orne, une moinerie, abritée au fond des forêts, l'abbaye d'Ouche, de l'ordre de saint Benoit, fondée primitivement par un saint Orléanais, saint Evroult, et relevée par un homme de prières et de bonnes œuvres, l'abbé Théoderic. Celui-ci était éga- L'ai)i)c