‹ Causeries d'un curieuxChapitre 103 sur 124 · MONDE LITTÉRAIRE ANTIQUE · texte numérisé non relu

MONDE LITTÉRAIRE ANTIQUE

O suavis anima ! qiialem te dicam honani Anteliac fuisse, talcs cuni siiit leliquii-el (PlliDRUS, t'ahul. III, I, 5.)

Que l'invasion A forcG Je réiîëter que les saiivapes enfants du Nord,

des Barbares ^1 ^

n'a pas .teint héritiers de la conquête du monde, ont éteint le flam-

toute lumière.

beau des lettres et des arts, on a persuadé à la foule que les ténèbres générales et absolues se sont étendues sur tous les trésors du savoir, sur ceux de la Grèce et de Rome, depuis l'invasion des barbares jusqu'au seuil de ce seizième siècle qu'on a un peu improprement appelé la Renaissance. Voltaire est un des écrivains qui ont le plus contribué à accréditer ce préjugé dans le siècle même où les études des laborieux Bénédictins relevaient le mieux le Moyen Age de cette injuste accusation. Le mot de Renaissance est un mot trompeur à beaucoup d'égards. Il est vrai que les premiers siècles qui suivirent la chute de l'Empire romain ne pouvaient être qu'un vrai chaos dont l'historien a peine à démêler les éléments confus. Les conquérants se disputèrent d'abord entre eux avec acharnement les lambeaux de

INVASION DES RAPir.Ar.ES. 441

leur propre conquête. Les Huns, de famille scytliique, battirent les Goths. Ils ])i!lèrent, ils .dépeuplèrent. La barbarie régna sur des ruines, sur des terres devenues incultes. Attila, le roi des Huns, faucba ic monde "^'"'^ comme un champ, et, de concert avec Genséric, un autre formidable barbare, il balaya Barj^ares et Romains. Enfin, en l'an 451, le roi visigoth de Toulouse, Théodoric, le général romain Aétius, Scythe d'origine , et le Frank Mérovée, sont en présence du Fléau de Dieu, dans les plaines de Champagne, où le genre humain semble s'être donné rendez-vous. La terre, qui tremble, est jonchée de cent quatre-vingt mille morts. Théodoric, percé d'un dard, au front de bataille, est tué. Attila est vaincu, mais la barbarie ne l'est pas encore, et le Hun, épargné dans sa retraite, va tourner ses armes contre reiuj)ire d'Orient, et, après l'avoir ravagé, revient en Italie, où il meurt en -453. Genséric, acharné à sa proie, continue l'œvivre de destruction en Italie, et l'empire d'Occident va bientôt cesser d'exister. Le faible et lâche Vaîentinien III, qui règne alors à Rome, tue de sa main Aétius, l'un des sauveurs de l'Empire. Il est tué hù-méme par le sénateur Maxime, qui prend son trône et sa femme Licinia Eudoxie. Celle-ci , dans son horreur pour le meurtrier, appelle les Vandales. Rome est assiégée pendant quatorze jours et quatorze nuits. Maxime meiut lapidé dans les rues. Avec lui péiit la Rome antique, car les j)rinces qui lui succèdent , les Avitus , les Anthémius , les Olybrius, les Glycérius, les Julius Népos, les Augustule, ne sont que des fantômes à peine couronnés. Chacun d'eux précipite comme à l'envi la ruine de la Déesse

Il est vaincu.

La Ijarbarie

ne lest pas encore.

Rome, comme l'appelait Glaudien (1), et donne un démenti à cette promesse d'éternité faite par Virgile au nom de Jupiter (2). C'était l'épofpie où l'ancienne population gallo-romaine se mélangeait d'éléments germains, franks, visigoths, bourguignons; où le travail de cette fusion , où la résistance contre la prédominance de tel ou tel élément , suscitaient chez nos aïeux les odoacre faii convulsious et Ics violenccs. Enfin, en 472 , le roi des

la comjtiéte ri i i» !•

de 1 Italie. Hérulcs, Odoacrc, fait la conquête del Italie, supprime tout à fait le titre impérial, se proclame roi , gouverne en barbare et en grand homme, et finalement Théodoric , roi des Ostrogoths , à qui l'empereur d'Orient Zenon a cédé ses droits sur l'Italie , attaque Odoacre , le bat, en 403, partage avec lui le trône à Ravenne, puis le tue.

Ce Théodoric, né vers l'an 457 de notre ère, mort en 526, surnommé Amale, parce qu'il sortait de l'illustre race de ce nom, dans laquelle la royauté était héréditaire chez les Ostrogoths , avait été élevé comme otage à la cour de Constantinople jusqu'à l'âge de seize ans. Livré indignement à lui seul dans cette cour corrompue; ignorant même , dit-on , — et ceci est peut-être exagéré, — les premiers éléments de l'écriture, il profita cependant si bien de ses dons naturels, qu'il sut acquérir ])ar l'oljservation , par la pratique, par la conversation , une teinture de ce que les Grecs de la décadence pouvaient avoir conservé encore de con-

Théodoric ,

roi des Oslropoths, tue Odoacre

et règne à Ravenne.

(1) In Probi. et Olybr. Cons. v. 126.

(2) Ilis e{;o nec metas reruin ncc teinpora pono : Imperium sine fine dedi.

(ViRciL. .t:neicl. I, 282, 28.3.)

naissances sur la philosophie, la politique, la jurisprudence et l'art de la (juerre. Cet homme est une des figures les plus extraordinaires du commencement du Moyen Age : conrpiérant implacahle, tyran dans l'Etat et datis la rehgion, ])arbare dans le triomphe, Grec par la fourberie, Byzantin par le goût des puériles grandeurs; prince étrange, ardent, vigilant, infatigable, qui prétendait devenir le législateur de l'Italie, et n'eut que les talents d'un soldat. Ce fut un roi, non un grand homme, car il n'eut point l'art de mettre la fortune de son côté, de fondre sa nationalité dans celle de ses sujets issus de la terre des Césars et de la terre des Papes, et d'asseoir les fondements d'une monarchie du- il ne sait pas

. ^ 1 r, fonder une

rable. Aussi, en présence des Papes et des Empereurs, monarchie

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