‹ Causeries d'un curieuxChapitre 106 sur 124 · LES COUVENTS · texte numérisé non relu

LES COUVENTS

Émulation moiiie, nommë Hugues, fit une copie du Décalogue et

des copistes iht-> •• -r-'l-lr • i-k n

dececouvcnt. de 1 Expositiou sui' Lzecliiel. Le prêtre Roger ht une copie de la troisième partie des Livres moraux , des Paralipomènes et des Livres de Salomon. C'est de cette école que sont sortis des copistes excellents, tels que Bérenger, qui fut depuis appelé à l'évéché deVenouse, Goscelin, Rodolphe, Bernard, Turquetil , Richard, et nombre d'autres qui remplirent la bibliothèque de Saint-Evroult des traités de Jérôme et d'Augustin , d'Ambroise et d'Isidore, d'Eusèbe et d'Orose, et des œuvres encore d'autres docteurs. L'homme de Dieu, le bon Théoderic, les encourageait de la voix et leur Un frère soufflait l'espHt dc zèlc (l) en leur contant qu'un frère, est sauvé, coupablc dc beaucoup de fautes, mais écrivain d'in-

nialfiré tous . , . -, . < » . . ,

les efforts siguc talent , avait rendu son ame après s être impose par sa ' de lui-mèiTie la tâche de parfaire de sa plume un volume énorme de la loi divine : « quoddam ingens volumen divinœ legis sponte conscripsit. » Accourut l'esprit malin , qui , portant contre lui d'âpres accusations , compta du doigt l'énorme kyrielle de ses péchés ; mais les saints Anges étaient là qui opposèrent le livre sacré copié par le frère dans la maison de Dieu, et qui, comptant lettre à lettre, compensèrent d'autant de péchés l'addition mortelle. Une seule lettre dépassa le nombre , et le moine copiste fut arraché aux griffes du démon, qui n'avait plus à objecter encore la moindre

calligraphie.

(1) Orderici ViïALis, ^n^jr/jjreH^E cœHoiù' Vticensis inonachi , hislorix ecclesiasticx libri tredecim. Edition de la Société de l'histoire de France (1840), t. I, p. 47.

Orderic Vital, né en 1075, à Attinfjliaiii en Angleterre, sur les bords de la Saverne, est des plus curieux annalistes de son temps.

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peccadille vénielle. « Et sinjjillatim litteras enormis libri contra singula peccata computabant. Ad postremum una sola littera numerum peccatoruui excessit, contra qnani dœmonem conatus nullum objicere peccatum prœvaluit. » Et la snprème clémence fit ^a^âce au frère, ordonna à son ànie de retourner au corps qu'elle avait animé, et, dans sa bonté ineffable, lui donna le temps de corriger sa vie (1). Honneur à ces plumes patientes et courageuses des couvents !

Le grec , (pii avait d'abord jeté une si vive lumière Le latin

1 • . ^ . . ^^^ plus

après les temps classiques , avait fini par être moins en honneur

1 • / 1 1 • • r •! 'l^^'^ ^^ grec.

cultivé que le latin. Vint même une époque où il cessa à peu près de l'être en Occident, et où dans les ouvrages latins les copistes laissaient en blanc les citations grecques. Qui ne connaît en effet le dicton si célèbre: « C'est du grec, cela se passe : grxcum est, non legitur? » Aussi est-il fréquent de rencontrer des manuscrits offrant ce genre de lacune. Ainsi, la Grèce, qui aux jours de sa jeunesse et de sa force , avait enfanté les systèmes philosoplii(pies comme sans les compter; la Grèce, cette mère féconde en génies créateurs de toute sorte , et qui marchait dans l'ombre d'Homère comme à la suite d'un dieu , avait fini par devenir à peu près inconnue , même dans nos couvents. Une scholastique bonne au plus à embrouiller la raison humaine, ignorait ce qu'avaient, au beau temps, pensé Socrate, Epicure et Zenon. Le théâtre qui s'était mon- L'émcle

, . I I • • • 1 • de la langue

tre national autant que religieux ; qui , lié à toute grec.jue

,,. , I -,,,1^. , s'éteint.

1 existence des peuples, avait ete a la fois un liom-

(1) Lt. iLid., i». 49.

ou travesties.

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mage de pieté , une école de patriotisme , un monument de génie politique, était mort ou à peu près, enseveli sous les ruines. En un mot, le grec n'était plus qu'un vague souvenir gardé par de très-rares adeptes. La tradition avait bien perpétué le nom du poète Homère dans les chronologies fabuleuses, si populaires jusqu'à Les œuvres la Reuaissauce. On marquait bien une date avec ce nom

d'Homère i • i o l -r l

sonioubliëes autique comuic avec celui de Salomon : « Du temps de Salomon et d'Homère, » disait-on. Tliéroulde et Jean de Meung vont bien jusqu'à le nommer. On le trouvera aussi mentionné dans la Vie nouvelle de Dante, mais ce n'est pas lui, c'est Virgile qu'il a choisi pour son conducteur en sa Divine Comédie. Il n'était pas le père, il n'était pas le dieu. Un Phèdre travestit Homère en Italie et lui vole son nom. En Grèce même, des versions byzantines, les Iliades apocrvphes de Darès de Phrygie et de Dictys de Crète, vont disputer aux vrais manuscrits leurs rares lecteurs; et alors qu'à la voix de Pétrarque et de Boccace la grande figure sera dévoilée , alors qu'on imprimera de l'autre côté des Alpes l'original, la France s'obstinera encore à la reproduction des imitations. On célébrera aussi souvent les hauts faits d'Hector, " la fleur de chevalerie du monde » , que ceux de Roland, (jue les vertus d'Ogier le Danois, mais cet Hector sera un mensonge, un Hector travesti. Enfin, le véritable Homère apparaît traduit en latin par Laurent Yalla. Jehan Le Maire de Belges le lit et l'admire dans cette version : il le trouve « beau, délectable, sentant bien son antiquité, » et il en translate presque mot à mot le grand épisode du combat de Paris et de Ménélas, et l'entretien de Priain et d'Hélène sur les

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