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LES COUVENTS

murailles de Troie. Enfin, Dorât, Muret, Turnèbe, l'enseignent, Ronsard le goûte et se fait Grec. Ce n'est pas tout, Pindare aussi était si peu connu au Moyen Age, qu'on lui attribuait un abrégé do l'Iliade en hexamètres latins. Dorât l'indique à Ronsard et Ronsard l'imite. Le mot pindariser est de lui. Enfin on a commencé à enseigner le grec au collège de France en 1 530.

Moins déshéritée dans le naufrage général, Rome, chez qui rien n'avait apparu qui ne fût le fruit de l'imitation , avait conservé du crédit; et si un latin barbare avait traditionnellement remplacé la langue de Cicéron, du moins quelques-uns de ses écrivains classiques avaient gardé leur piédestal. Tandis que les œuvres de Aiistote. cet Aristote à qui l'avenir réservait ses fanatiques et ses martyrs, étaient, à l'exception de son Organon, tombés en un complet onbli et ne devaient reparaître avec éclat dans l'Europe moderne qu'avec les Arabes; tandis que ri.uon

1 • n • T r 1 ^' Homère

Platon ne devait rerleunr d une iraîcne nouveauté que ijjnorts. sous la protection des Médicis, et que le véritable Homère attendait encore des admirateurs, Virgile, qui, malgré toute la puissance créatrice de son imagination, s'était fait tour à tour le disciple de Théocrite, d'Hésiode et d'Homère, avait eu cet heureux privilège de ne jamais cesser d'être admiré, et Ovide, toujours connu , était même lu davantage , à cette époque , à la montagne du quartier Latin, qu'il ne l'est de nos jours. Mais les fortes tètes des couvents , mais en plein soleil l'Université de Paris, luttaient d'un ferme courage contre l'ignorance, et une renaissance classique allait Renaissance

!)■ classique

éclater au treizième siècle. Ce siècle occupe dans 1 bis- an xm» siècle.

462 LES C0UVE>;TS.

toire littéraire que publie la savante Académie des Inscriptions et belles-lettres, six vohnnes in-quarto, pleins de faits et de citations d'auteurs contemporains souvent remplies d'intérêt et d'éloquence.

Les couvents, disions-nous, avaient conservé le dépôt des connaissances humaines ; mais dans ces temps d'obscurité, l'horizon s'était rétréci ; la vue était devenue plus courte. Le moine écrivait l'histoire du monde du fond de sa cellule et faisait tout graviter dans l'orbite de son monastère : l'histoire personnelle de sa communauté était pour lui l'histoire du monde. Emjoorté au loin dans le vaste ciel de son imagination mystique, il multiplie les légendes, en même temps que l'alchimiste multiplie ses merveilles; la superstition, les miracles de la sorcellerie ; la scholastique , ses bizarreries théologiques, et que des hérésies toujours renaissantes viennent protester contre l'absolutisme du Saint-Siège, contre l'ignorance et les désordres d'une grande partie du clergé. Les sectes diverses se font de Dieu une image étrange. La dévotion s'alimente d'une foule de traditions, où, sous la barbarie du Moyen Age chrétien, respire encore la légende antique du paganisme. Le mythe du prêtre Jean, prince et pontife comme le pape et le grand lama, et vieux comme l'Ancien des mondes, habite à quelques lieues du paradis terrestre et s'abreuve aux eaux qui en découlent. C'est dans ses domaines que renaît le phénix, quejaillit la vraie fontaine de Jouvence, que croissent les rubis, les saphirs, les émeraudes et les escarboucles ; que mûrit l'arbre de vie gardé par le serpent. Cette fontaine de Jouvence n'est-elle pas le fleuve de joie dont parle le Grec Théopompe? Le ser-

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