‹ Causeries d'un curieuxChapitre 25 sur 124 · CONVENTIONS HIÉRATIQUES · texte numérisé non relu

CONVENTIONS HIÉRATIQUES

compte de tableaux rej)résentant le Christ, la Vierge, les apôtres, les saints, dans les églises de Gonstantinople. Malheureusement, le poëte s'ëtend plus volontiers sur le sens et l'expression morale et mystique des tableaux que sur les circonstances matérielles et iconographiques, qu'il eut été important de connaître (1).

A défaut de types réels ou convenus , l'art et la rêverie mystique, au moyen âge, en ont inventé à l'usage des peintres religieux. Le fameux prêtre anglais du monastère de Saint-Pierre et de Saint-Paul , Bède le Vénérable, qui naquit vers 673 et florissait à peu près du temps de l'empereur grec Justinien II et de Pépin le Bref, roi de France, ne s'est pas contenté de dire le nom et l'âge des mages de l'Epiphanie, il a décrit par le menu leur portrait, leur costume et la nature des présents que chacun d'eux a offerts à l'Enfant-Dieu. « Melchior, dit-il, était un vieillard à che- Portraits veux blancs, à barbe et chevelure touffues, qui apporta qui sont vémis l'or au Christ, à raison de la royauté du Sauveur. Le lEnfaut-Dieu. second, Gaspard, jeune, imberbe, haut en couleur, lui offrit l'encens, à cause de sa divinité. Le troisième.

(1) Le télèbre ininistie d'Etat Je Prusse, le général Joseph de lladowitz, mort, il y a peu d'années, si justement regretté, a publié, à Berlin, en 1834, un dictionnaire d'iconograpliie sacrée sous le titre de Ikonographie der Heiligen (Iconographie des Saints) dont la seconde édition, beaucoup plus développée et mise au jour, en 1852, dans les œuvres complètes du général, est digne d'être soigneusement étudiée. L'auteur y passe en revue les martyrs et saints confesseurs de la foi qui ont été reproduits par le dessin, la peinture, la sculpture et la numismatique. Il recherche leurs costumes, leurs emblèmes habituels, les contrées, villes, lieux spéciaux et sanctuaires jilacés sous leur patronage, enfin les fléaux contre lesquels on invoque ordinairement leur intercession.

Balthazar, de teint l)asané, à toute barbe, présenta la myrrhe symbolisant le Fils de l'homme sujet à la mort (1). Ne voyons-nous ])as Thévet, le cosmographe de Henri III, celui dont s'est moqué Rabelais, ouvrir son recueil par le portrait de Denis l'Aréopagite (2) ; et la Clironoloyie collée, de Léonard Gaultier, donner l'effigie d'Abraham et de Melchisédech? Le cardinal Mazarin , dans un accès de zèle décoratif, avait fait peindre , pour sa galerie , une suite non interromipue de portraits des papes , v compris saint Pierre , comme on la voyait figurer de son temps, à l'ancienne basilicpie de Saint-Paul-hors-les-murs, àPiome, incendiée en 1823, et comme on l'a reproduite, de nos jours, en mosaïque, sur l'ajjside et la frise de la basilique réédifiée (3).

(1) " Melcijiorein seneiii fuisse et canum , barba prolixa et capillis , et hune obtulisso aunain Christo ut régi ; serunilum , Gasparem , juveneiii , iml^erbem, rul)icun(luni, et hune olitulisse illi thus, ut Deo; tertium, Balthazaiein , fuscuiii, intègre baiLatuni, lavrrhaui, Filiurn hominis moriturum indicantern, exhibuisse. " Puis il s'étend fort au long sur l'étoffe et la forme de leurs habits et sur leurs ajustements. Licence de moine, dit le contrariant Spanheim père, dans la seconde partie de ses Diibia evaticjelira (Dub. XXIII). Yf>ir Mélanges de critique, de littérature, recueillie des conversations de Monsieur Ancillon^ Tom. I. Basle, Eman et J. G. Konig. 1698, in-12.

(2) Pourtraits et vies des hommes illustres grecs , lutins et payens, recueilli'; de leurs tableaux, livres, me'dalles aiitir/ues et modernes, par André' Thevet, Angoumoysin. Paris, YelVe Kerver et Guillaume Chaudière. 1584, in-folio.

(3) On possède sur toile cette même collection , au séminaire de Saint-Sulpice, dans les couloirs des salles de théologie. Les jilus anciens portraits n'ont aucun caractère; à mesure que l'on se rapproche des temps modernes, les tètes prennent de l'individualité. Ainsi le Musée de Versailles, à l'instar de ces livrets de uniémonique élémentaire destinés à l'instruction histori(juc de l'enfance, déroule une légende de convention de nos rois de la première race, à commencer par le fabuleux PiiaramonJ.

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