‹ Causeries d'un curieuxChapitre 27 sur 124 · CHRIST ET DE LA VIERGE · texte numérisé non relu

CHRIST ET DE LA VIERGE

Jusqu'à la venue du Messie, les livres saints mentionnent souvent l'échange de lettres autographes ou écrites de main de secrétaires. Mais ils se taisent sur une lettre autographe qu'a célébrée l'amour du merveilleux et qui aurait été écrite par Jésus-Christ. Il s'agit de l'épître adressée, prétend-on, par le Sauveur à l'un des princes du nom d'Abgar, qui régnèrent sur la ville d'Édesse, en Mésopotamie, et, sauf quelques intervalles, se succédèrent depuis le second siècle avant le Sauveur jvisqu'au troisième de notre ère. Eusèbe de Gésarée, qui inérite d'être consulté, malgré ses préjugés orientaux et son orthodoxie un peu suspecte, Eusèbe qui , avec plus de finesse et de fermeté de carac-

tère que les autres compilateurs historiens çrecs, a, comme eux, ses traits lé(jendaires et hasardes, est le premier qui parle de cette lettre du Christ, du temps de Constantin le Grand (1). Selon lui , Abgar aurait écrit au Sauveur la lettre suivante et l'aurait envoyée à Jérusalem par le courrier Ananias :

Lettre « Abgar, roi d'Edesse, à Jésus Sauveur, qui a fait

d'Abfjar au , , . ^ - ,

Christ. éclater sa puissance a Jérusalem, SALUT :

» J'ai appris ce que l'on raconte de toi et des (juérisons que tu as accomplies, dit-on, sans le secours d'aucun remède. Le bruit court en effet que tu fais voir les aveugles , que tu fais marcher les boiteux , que tu purifies les lépreux , que tu chasses les esprits malfaisants et les démons , que tu guéris les incuraldes et que tu ressuscites les morts. En entendant le récit de ces merveilles, j'ai réfléchi : de deux choses l'une : ou tu es le vrai Dieu descendu du ciel, ou tu es le fils de Dieu. C'est pourquoi je t'ai écrit pour te prier de venir vers moi et de me délivrer de la souffrance que j'endure, car j'ai appris que les Juifs murmurent contre toi et veulent te faire du mal. Pour moi, je règne sur une ville très-petite, mais pieuse, et qui nous peut suffire à tous deux. »

Eusè})e donne la traduction grec(pie de la réponse du Christ d'après l'original syriaque qui se conservait, ditil, dans les archives d'Edesse. En voici le contenu :

Réponse « Estime-toi heureux, Abgar, d'avoir eu foi en moi,

de , .

Jésus-Christ, saus ui avoir vu, car il a été écrit à mon sujet que ceux qui me verront n'auront pas foi , ;ifin que ceux qui ne

(1) Jlist. ecclésiast., I, siii, p. 80. Voir aussi, sur ce passage, la note de Heiuiclien, dans son éditidu d'EuscLe.

LETTRES APOCRYPHES DU CHRIST. Cl

me verront pas aient foi et vivent. Quant à ce que tu m'as écrit d'aller vers toi, il est nécessaire que j'accomplisse ici toutes les choses pour lesquelles j'ai été envoyé, et que, lorsque |c les aurai accomplies, je retourne près de celui qui m'a envoyé. Apres que je serai retourné près de lui, je t'enverrai queltpi'un de mes disciples, afin qu'il guérisse tes souffrances, et donne la vie à toi et aux tiens. "

En effet, après la résurrection de Jésus-Christ, saint Thomas aurait envoyé h Edesse saint Tliaddée qui aurait guéri Abgar et converti le pays au Christianisme. Alcuin ou, suivant quelques-uns, Walafridus Stridîo , dans ses vers sur les apôtres, parle ainsi de Tliaddée :

Qucm dnxisse ferunt Cliristi rum {jiammate seclum Abgaro quondain, qui rcfjiii sceptra tenebat, Postquam tartareuin dainnavit morte tyrannum Et tetris Erebi gaudens emersit ab antris.

L'historien arménien Moyse de Khorène , qui donne aussi le texte de la lettre d'Ahgar et de celle du Christ, mais un peu différemment ( ] ) , dit que le Christ aurait envoyé à Abgar sa propre image, et que ce prince, après avoir été baptise; j)ar l'apôtre Thaddée, aurait écrit à Tibère pour lui faire connaître la vie miraculeuse et la mort de Jésus. Saint Jean Damascène rapporte le même fait, avec quelques modifications (2).

(1) T. I, p. 219 de la traduction de Le Vaillant de Florival. Liv. II, chap. xxm-xxxiii.

Moyse de Khorène, né vers l'an 370, aurait vécu cent vingt ans, car Samuel d'Ani le fait mourir seulement l'an 489 de J, C. Il a écrit son Histoire d'Arménie vers 442.

(2) Epist. ad Tlieophil. imperat., § 5. Opéra. Edit. Le Quien. T. I , p. 630.

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Procope parle Je cette lettre, au temi)s de Justinien,

Examen i *^ ^

de ces lettres. J^^s goii Histoire dc la g^iierre de Perse. La lettre s'était alors aii(jni entée d'un post-scriptiim ( azpoTS- Izvzioy) qui promettait à la ville d'Edesse qu'elle ne tomberait jamais aux mains des ennemis. En 940, l'empereur romain Lécapène acquit à Edesse cette lettre^, qui alors était en grec et qui passait pour l'orifrinal. Elle fut respectueusement enfermée dans une châsse particulière de grande richesse. Mais la révolution qui, en 1 185 , porta Isaac l'Ange sur le trône à la place d'Andronic Gomnène, se saisit de la rehque, à cause de For et des pierreries de la châsse. Le peuple de Gonstantinople ravagea le palais impérial , et la lettre disparut (1). On ignore aujourd'hui ce qu'elle est devenue depuis les neuf cents et quelques années qui se sont écoulées. Il v en a des copies dans diverses bibliothèques, entre autres dans celle de l'Escurial. Cette dernière est de la main d'un moine nommé Pierre, qui l'a écrite au mois d'octobre 1435, sous le règne des deux enfants de Manuel Paléologue : Thomas })rince d'Achaïe, et Zoé, laquelle fut mariée à Jean Basile (2). Notre Bibliothèque Impériale en possède également une copie, mais peu ancienne. Le professeur d'éloquence grecque et latine à Naples , l'un des premiers philologues du quinzième siècle, et celui qui , avec le Poggio, contribua le plus , dans son temps , au renouvellement

(1) Voiries Annales d'un contemporain de ces événements, ÎNicÉ- TAS CaosiAïE (ou de Cliônes en Phrygie, l'ancienne Colosse), sur Androiiic^]. II, p. 223 (le l'édition du Louvre; p. 453 de l'édition de Bonn.

(2) Voir le Catalugue des manuscrits grecs de l'Escurial, p. 498, publié j)ar M. Emmanuel 'Miller , in-4". Paris, Impr. ^Nation., 1848.

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