‹ Causeries d'un curieuxChapitre 28 sur 124 · LETTRE APOCRYPHE DE LE^•TULUS · texte numérisé non relu

LETTRE APOCRYPHE DE LE^•TULUS

des lettres antiques , Laurent Valla , est , je crois , le premier qui ait nié l'authenticité de cette lettre et même l'existence d'Abgar(l). Pour discuter de nouveau cette authenticité, il faut attendre que la lettre ait retrouvé des défenseurs. Un savant historien ecclésiastique du dix-septième siècle a pris parti pour l'épitre. Cet homme est le Nain de Tillemont, dont les œuvres sont des merveilles de bonne foi, des chefs-d'œuvre de couscience et de savoir ; mais le savoir et la conscience ne sont pas la critique (2), Aussi, mal^jré ce témoifjnajje, l'épître en question est-elle depuis longtemps reléguée parmi les apocrvphes, avec le texte de la sentence prononcée parPojice Pilate contre le Sauveur, avec les let- Nombreux

"^ apocry[)hes

très du Christ tombées du ciel après son ascension, avec sacrés. les lettres de la Vierge, et les vers des Sibylles, avec les lettres du Diable (3), celle du même Ponce Pilate sur la vie de Jésus-Christ, et enfin celle de Publius Lentulus qui donne, d'après nature, le j)ortrait du Messie (4).

La plus fameuse est sans contredit cette dernière, qui a été souvent réimprimée, que le colportage répand à profusion dans les campagnes, et qu'on voit fréquemment affichée dans la salle commune des chaumières. Elle a acquis par cela même un trop grand renom populaire ; elle résume d'ailleurs trop bien la

(1) VoiriaM;e«fà' Vali,.*; Opéra. Édition de Basie. 1543, in-f"^,p. 356.

(2) Voir Histoire dex Empereurs qui ont 7-égné durant les six premiers siècles (le l'E(/lise. Paris, 1720-1738. Six volumes in-4".

(3) La seconde édition du Dicliotiiiaire infernal de Collin de Plancy donne un fac-similé de l'écritin-e du Diable. Paris, Mongie, 1824. 4 volumes in-8".

(4) Voir J. ^4. FAisnicirs, Codex apocryphus 2\oi'i Testamenti. HamL., 1703; et Gustave Brlnet, les Evan/jHes apocryphes. Paris, 1849.

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plupart des caractères traditionnels et de convention de la fi.'jiire du Christ, pour ne pas être transcrite ici comme une singularité en son genre. Traduction « Duns cc tctiips, dit !c Publius Leutulus légendaire,

de la lettre ^ ^

latine oi>j)(irut itu Iioiumc fjui Vit cHcove, et qui est doué cl une

de Lenliiliis

donnant grande ver lu. Son nom est Jésus-Christ. La foule voit en

le portrait .... , „,

du Messie, lui UH j)roj)liète j)uissant; ses discijnes le proclament pis de Dieu. Il ressuscite les morts ; il guérit les malades des infirmités et souffrances de toute nature. C'est un homme de taille élevée et de belles proportions , alliant dans les traits la sévérité à la persuasion, de soi'te qu'il le voir on peut éprouver un double sentiment de sympathie et de crainte. Ses cheveux, couleur de vin ^ tombent droit et sans éclat jusqu'il la naissance des oreilles. De lii jusqu'aux épaules, ils se bouclent et reluisent. Depuis les épaules, ils retombent en flottant, séparés en deux tresses, il la façon des Nazaréens. Front ouvert et pur. Teint saîis tache, relevé d'une certaine nuance de rougeur. Physionomie noble et avenante. Le nez et lu bouche de tout point irrépi-ocliables. La ba?'be abondante , de la couleur des cheveux, et fourchue. Les yeux bleus, d'une extrême vivacité . Prononce-t-il un reproche ou un blâme, il fait trembler. S'il enseigne et s'il exhorte, sa parole se remj)lit de charme et d'affabilité. Sur son front siège une grâce merveilleuse unie ii la gravité. Loin de lavoir janiais vu rire, on l'a vu plutck pleurer (1). Elancé de corps , il a

(1) Les Évangiles rapportent en effet que le Christ a pleuré sur Lazare et sur Jérusalem. On possède de J. lî. Thiers une Dissertation sur la sainte Larme de Vendôme. Paris, 1699, in-12. C'est une réponse à la lettre du P. Mabillon touchant la prétendue sainte Larme. Amsterdam, 1752. In-12.

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les mains droites et (illongécs, les bras beaux. En ses discours grave et mesure, il est sobre de paroles. De figure il est le plus beau des enfants des hommes. »

« Hoc tempore, vir apparuit, et adhuc vivit, vir Texte nrtcditus potentià magnà. Nonten ejus Jésus Christus. de Lcntuhis. Homines eum prop/ietam potcntem dicunt; discipuli cjus Filium Dei vacant. Mui'tuos vivificat, et ivgros ab omnis generis ivgriludinibus et morbis sanat. Vir est altic staturx proportionatx , et conspectus vultus ejus cuni severitate , et pleniis efficacia, ut spectatores amare eum possint et rursus tiniere. Pili capitis ejus vinei coloris us/jue ad J'und(/nientum aurium , sine radiatione , et erecti; et ci J undamento aurium usque ad humeras cantorti ac lucidi; et ab /lumeris dcorsum pendentes , bifide vertice dispositi in morem Kazarœorum. Frons plana et ptira. Faciès ejus sine mactdà , (juam rubor quidam tempera tus ornât. Aspectus ejus ingénu us et gratus. Nasus et os ejus nullo modo reprehensibilia. Bai'ba ejus multa et colore pilarum capitis, bij'urcata. Oculi cjus cœrulei et extrême lucidi. In reprehendendo et objurgando forniidabilis ; in docendo et exhortando blandie lingiiœ et amabilis. Gratia miranda vultus cuni gravitate. Yel semel eum ridentem nemo vidit, scd flentem imo. Protracta statura corporis, manus cjus rectx et erecttp , brachia ejus delectabilia. In loquendo ponderans et gravis, et parcus laquelà. Pulcherrimus vullii inter homines satos (1). »

(1) Il y a de cette lettre une multitude de copies qui, du reste, offrent peu de variantes. Notre texte est celui de Fabricius.

On peut voir sur ce portrait Johan-Benedict. Carpzov : De ore et corporis J. Cliristi forma pseudo-Lcntidi. Johaiinis Damasceiii ac Ni-

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Quelle est l'orif^ine de cette lettre? par qui, à qui suppose-t-on qu'elle ait été écrite ? sur quelles apparences de sincérité a-t-elle usurpé sur un public peu attentif l'autorité d'un sérieux témoi(^na(je , d'un irrécusable document? Examinons, par respect pour le sujet. Examen La lettre, dit-on, aurait été envoyée au sénat ro-

l'aiitiienticitc niain par un Lentulus , qu'on intitule j>roconsul en

lie la lettre ^

.le Lentulus. Judée avant Hérode. M. Didron , (pii fait à la missive l'honneiu^ de la mentionner en son Histoire de Dieu (imprimée pour le ministère de l'instruction publique , dans la collection de documents inédits), attribue le même titre à ce Lentulus, qu'il dit avoir vu le Christ (1). Quelques-uns, ])Our appuyer l'authenticité de la lettre , ont avancé qu'elle a été trouvée en tête d'un manuscrit sur vélin des Evangiles, remontant à l'an quatre de notre ère. On ajoutait qu'elle avait été recueillie par Eutrope dans les archives du Sénat de Rome; et M. Didron, qui ra])porte tout cela sans le réfuter, M. Didron, qui une fois en^jagé dans la voie de ces recherches, eût pu mieux que personne y porter la lumière, n'en a pas pris la peine. Il donne en définitive la lettre comme un signalement de grande valeur, tout apocryphe qu'il soit, datant des premiers temps de l'Église, et mentionne par les premiers Pères (2), signalement d'après lequel, dit toujours M. Didron, l'empereur Constantin le Grand aurait fait peindre

vephuil prosopofji-apliia, obiter Neo-Zopyrorum Cliristi icônes inducuntiir. llelinstadt, 1777, in-V\

(^1) Icoiio'jj-aphie chrétienne. Ilistoiie de Bien. Grand iii-V^. Iiii|ir. lloyale, 1843, p. 227.

(2) Iconoyi-ap/iie chrétienne , pages 227-229.

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