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148 I.IVKE DEUXIÈME,
se fût trouvé un curieux trautopra])lies, et que sa collection eût été enfermée avec lui ! A supposer une belle collection, c'eût été l'histoire entière de l'Egvpte. Que de précieuses révélations scientifiques n'eût point fournies, en ])areil cas, le tombeau de cette quasi- Pampiiiia, É^fvptieuue Pauipliila dont parle Photius, femme sasavautc. vautc qui eut tout à fait avec son mari l'existence de madame Dacier avec le sien , et qui , pendant les treize ans qu'elle fut mariée, recueillait et rédi(j,eait soigneusement tout ce qu'elle apprenait de son mari et des habitués de sa maison , sur toute sorte de sujets : histoire, anecdotes, rhétorique, poétique et le reste, et en avait fait huit livres de Mélanges (1) ! Le même Photius mentionne aussi un a])régé de Pamphila par un c(}rtain Soteridas (2). Est-ce la même Pamphila de l'empire des Lagides? ou serait-ce une autre savante que le lexique de Suidas fait naître à Epidaure? Suidas est généralement si léger et son lexique est si souvent interpolé, qu'il pourrait bien y avoir confusion.
L'érudition a égalem(3nt à gémir sur la perte des riches archives des prêtres de l'Egypte, emportées par les rois de Perse , et qui ])lus tard ne rentrèrent (pie mutilées aux mains des primitifs possesseurs. En effet, suivant Diodore de Sicile , Artaxerxès s'empara de toute l'Egypte, renversa les murs des villes les plus célèbres , trouva dans la spoliation des lieux sacrés de quoi entasser des valeurs considérables, et entre autres
(1) Photii Bibliotheca. Codex, 175.
(2) Codex, 161.
richesses, emporta les archives sacrées des temples antiques, archives que plus tard Bagoas rétrocéda aux prêtres, moyennant une jurande somme d'argent.
En rc'sumé, l'Asie a pu être, comme l'affirment tant de bons esj)rits, la mère de toutes les civilisations connues. L'Egypte elle-même, qui a éclairé la Grèce, a pu ahumer son fland)eau dans l'Asie, comme sa langue le donne à penser, et cependant quelles sont, en fait d'antiquité , les traces authentiques laissées par les autres peuples de l'ancien monde, comparées aux monuments , aux manuscrits originaux de l'Egypte , contemporains de Moïse, et même antérieurs de trois siècles au législateur des Hébreux? Jamais l'archéologie et la philologie modernes n'ont rencontré de sujets plus curieux, plus intéressants que les souvenirs historicpies de toute sorte concentrés dans la vallée du Nil. Jamais témoignages plus nombreux et plus irrécusables d'antiquité n'ont fourni plus de motifs de sécurité à l'érudition critique. Que possède-t-on de l'Inde primitive? Aucim monument ori(;inal. On en est réduit à reconstruire ses annales, relativement modernes, à l'aide de témoignages chinois et arabes. Que n'était-on pas en droit d'es[)érer des récentes découvertes faites dans l'Asie centrale! Quelles voix ne s'attendait-on pas à entendre sortir des tuiuuli du Sennaar! Eh bien, les inscriptions cunéiformes n'ont révélé jusqu'ici que des œuvres du second empire d'Assyrie, de celui qui succomba sous la main de Gyrus; elles ne commencent à parler que quand l'Egypte se tait. La Chine, qui se vante de si hautes origines, les justifie-t-elle })ar des pnnives? Non. Les plus anciens auteurs dont elle })os-
sède les écrits ne font pas remonter leurs récits authentiques au delà du cijiquième siècle avant notre ère, et tout ce qui est antérieur ne repose que siu' des traditions ou sur des mémoires perdus presque tous dans la grande destruction de ses livres, cent soixante ans avant Jésus-Christ. Et d'ailleurs, toutes ces annales déjà remaniées, pour la plus grande partie, avant cette époque , au siècle de Gonfucius , ont été reconstruites à grand'peine après la disparition des moiuunents écrits : beaucoup de suppositions ont pris la place de la lettre. Les Grecs, les Latins, les Celtes, les Germains, quels monuments certains ont-ils laissés d'une haute antiquité contemporaine de celle de l'Egypte? C'est donc devant la magnificence des archives de cette dernière qu'il faut s'incliner. Tout ce que nous venons de dire a été beaucoup mieux dit et savamment développé par M. de Rougé, à l'ouverture de son cours d'archéologie égvptienne au Collège de Erance. Dans sa première allocution , il a résumé tous les travaux qui ont ouvert le sanctuaire historique et sacré delà vieille Egypte (1). J'ai pu par moi-même juger avec quelle consciencieuse ardeur il sait affronter les difficultés de la science et tirer la lumière des ténèbres. Je l'ai vu à l'œuvre, pendant de longs jours, dans la collection d' Ambras à Vienne et dans le musée de Berlin , copiant avec une sorte d'acharnement des manuscrits de l'ancienne Egypte , ou bien , enterré tout vivant dans de profondes cuves tumulaires de granit, tapissées de figures liiéro-
(1) Voir Discours prononcé par M. le vicomte Emmanuel de Roiiç/e à l'ouverture du cours d'archéologie éfjyptienne au Collège de France, le 19 avril 1860, in-8". Panckoucke, 1860.