‹ Causeries d'un curieuxChapitre 47 sur 124 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

Moïse.

Un document sorti de la même source et passé en d'autres mains, document infiniment curieux pour l'histoire des mœurs et de la littérature de l'EgA'pte à cette époque mosaïque, est tombé sous les yeux de riomaii M. de Rou^jé, qui en a donné une traduction. Ce n'est du temps de plus uuc csquissc uistorupie , une paraj)nrase sacrée , c'est un petit roman, une œuvre entière d'ima^^ination qui rappelle un peu l'histoire de Joseph. Elle est composée par le chef des écritures, le (jrammate Ennama, et présentée à Kakevou, le {»rammate de la double demeure de lumière. Les détails de mœurs pastorales, les incidents trajjiques d'une passion éperdue se mêlant h une intervention des dieux , à l'évocation des morts, aux plus merveilleuses métempsycoses, aux impossibilités les plus fantastiques, ouvrent, dans cet étrange morceau, un champ étendu aux études et aux commentaires des archéologues et des philologues.

Par suite de l'usage des Egyptiens, antérieurs ou postérieurs à la domination grecque, d'entourer les morts, dans leurs demeures éternelles, de tout ce (pii les avait intéressés pendant la vit;, on a souvent déposé leurs papiers de famille et jusqu'à leurs livres favoris, soit dans des jarres de terre auprès des caisses de leurs momies, soit dans les caisses mêmes. C'est ainsi qu'on a trouvé auprès d'une des caisses plusieurs fragments d'Homère. Tous les papiers déposés gisaient là pêle-mêle avec des rouleaux de toile contenant ce que ChampoUion a nommé le Rituel Junéraire, et qui est en quelque sorte l'office des morts, tracé toujours en écriture sacrée, soit hiéroglyphique, soit hiératique. De là tous

ces manuscrits hiéroglyphiques antérieurs à la con- (juéte, ou (jréco-é^jyptiens et parfois coptes, dont se sont eiu'ichis tous les musées de l'Europe : ceux de Turin, de Leyde, de Berlin, de Londres et le musée du Louvre. Parmi ces pièces, il y a des contrats remontant à quinze cents, même à dix-huit cents ans avant l'ère vulgaire. Un curieux, M. Prisse d'Avesnes, a fait présent à la Bihliothècpu; impériale d'un livre de préceptes moraux dont M. Ghahas vient de traduire quelques passages. C'est l'œuvre d'un sage égyptien, nommé Phthah-Hotey, qui vivait plus de mille ans avant Salomon. Des manuscrits de la même antiquité sont conservés dans le musée de Berlin. On a trouvé encore, en écriture égyptienne sur papyrus, des calendriers, des poèmes épiques, des légendes, des traités de médecine, des compositions littéraires de tout genre, avec nombre d'hymnes funéraires de la plus haute antiquité. L'invasion des peuples nomades dans le Delta égyptien a été un événement des plus funestes pour les monuments de la vallée du Nil. Tout ce que la main des barbares a pu détruire, elle l'a détruit, et ses ravages pénétrant jusqu'au sein de la terre, ont violé et dispersé en pure perte les trésors des tombeaux. Du moins, aujourd'hui, l'Arabe conserve, ne fût-ce que par cupidité et pour vendre ce qu'il déterre ; mais déjà plus d'un anneau de la chaîne historique avait été rompu. Sans ces violations, on aurait toute une bibliothèque de cette terre de la civilisation primitive. Quelle abondante et admirable moisson n'eùt-on point faite, si, parmi les Egyptiens momifiés, rendus au jour à notre époque, il

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