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quelques sermons de saint Augustin. Le Tërence du quatrième siècle et le Yir^jile du cinquième, qui appartiennent à la bibliothèque du Vatican , sont sur ])archemin. Tout à couj), vers la fin du dix-huitième siècle, les fouilles d'IIerculanum mirent au jour la bibliothèque assez bien conservée d'un philosophe épicurien, et fournirent aux antiquaires les moyens de comprendre nettement, sur pièces nombreuses, ce que les anciens entendaient par un volume et quelles étaient les nuances qui distinguaient la cursive de l'expédiée à main posée. L'écriture lapidaire et monumentale était anguleuse comme nos grandes capitales. Il y a aussi une autre capitale usuelle qui arrondit tous les angles, et, par sa forme majuscide et moulée, par sa régularité et sa tenue, se rapproche le plus de nos caractères majuscules à la main , et tient le milieu entre les lettres capitales et les lettres cursives. Elle reçut, à raison de sa dimension tenant de l'once (1), le nom à'onciale, et fut affectée à l'usage des manuscrits exécutés par les esclaves ou affranchis transcripteurs ; et, par opposition , l'écriture cursive fut appelée litlerse ingeniiœ, écriture des hommes libres. Cette dernière, très-liée, trèscompliquée d'abréviations, continua d'être en usage dans les chancelleries italiennes jusqu'au huitième siècle, épo([ue où elle alla se perdre dans le style lom-
Ecriture lapidaire.
Lettres onciales
(1) Unciales litteiœ , lettres onciales, dit saint Jérôme. L'once, uiicia, mesure romaine, est la douzième partie du pied; c'est aussi la douzième partie de la livre et de la monnaie appelée ax. Par extension, c'est le douzième d'un tout quelconque. A ne s'arrêter qu'à la mesure de lon{;ueur, ce sont dix lignes, le jiied en ayant cent vingt. La liauteur de ïonciale était donc de dix lignes primitivement. Elle a diminué.
bard adopté par les notaires du saint-sié^je. Les lettres Lettres ciusives françaises offrent des différences. La hiblio-
cursives.
thèque impériale possède, de cette dernière écriture , un bel exemplaire du quatrième siècle dans le Manuscrit de précicux mauuscrit de saint Avit, sur papyrus, ouvra(;e célèbre dans la littérature ecclésiastique et parmi les monuments paléo{jra[)liiques ( J ) . M. Ghampollion- Figeac a fort bien indiqué, dans sa Paléofjraj)hie latine, la marche de l'écriture antique du Latium et les vicissitudes sans nomlire que les transcriptions successives ont fait subir aux textes latins alors que l'imprimerie n'avait pas été découverte encore. Rien de clair aujourd'hui comme ces textes ponctués et accentués, dont nous ont dotés les travaux successifs des philologues. Mais avant d'arriver à cette lucidité, qui paraît si simple une fois qu'elle est acquise, que de causes multiples pour en entraver le progrès ! D'abord dans les manuscrits primitifs en onciales, les lignes étaient comme autant de ru])ans continus; les mots s'y suivaient immédiatement sans séparation aucune, ainsi que dans les inscriptions. Le jour où l'on songea à séparer les mots, on eut sans contredit une idée bonne en elle-même, mais qui, aux mains des scribes, devait devenir ime cause d'incessantes erreurs. Kn outre, ces hommes ne manquaient pas d'habiller à la mode orthographique de leur temps les textes qu'ils avaient à reproduire : travestisse-
xNous n'avons nicnts périUcux ct qui ont dû infailliblement introque des textes ^
altérés dans duirc cucorc dcs vanautcs obscures. Si l'on ajoute à ces
rortlioi;raj)lie.
(1) Pale'or/raphie des classir/ues latins d'après les plus beaux manuscrits de la Bibliotlièi/ue Royale. Introduction, p. xv, par Champollios- FiGEAC. Paris, Panckoucke, 1837, in-4".
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transformations les méprises si fréquentes de l'i^^norance ou de l'incurie des copistes , il faudra reconnaître que le style, que la pensée des écrivains n'ont pu manquer de laisser chemin faisant quelque chose de leur pureté primitive. La langue lapidaire et épijjraphique, que la nature même de ses monuments rendait inaltérable, est là pour attester ces métamorphoses radicales dans les formes du langage écrit. Aussi cette langue lapidaire est-elle devenue comme une langue à part qui étonne souvent les humanistes, et qui a poussé, de nos jours, des Allemands scrupuleux à reprendre en sous-œuvre l'étude des classiques pour leur rendre leurs formes premières. Et défait, en résimié, toute l'antiquité latine, telle que nous la connaissons, nous est arrivée travestie à la mode du quatrième siècle de notre ère. Tous les écrivains des époques successives. César, ce
Gicéron et Salhiste , Virgile et Horace ; Sénèque et TiaitL^rfuion Pline, de même (pie les ancêtres des lettres romaines, niLincs/ Névius le vieux poète, Fabius Pictor, Ennius, ont passé sous le même niveau orthographique. Les différences communes h tel ou tel âge, ou bien systématiques et individuelles, s'étaient totalement évanouies et n'étaient plus que des archaïsmes bons tout au plus à l'amusement des curieux et des doctes (1). Il n'y avait pas uniformité d'orthographe dans un même manuscrit, et souvent, comme on le remarque dans les palimpsestes du cinquième siècle, déchiffrés et publiés par le cardinal Angelo Mai, on trouve des différences de
(1) Voir au Journal des Savants (années 1859 et 1860) quatre articles d'excellente critique philologique de M. Giraud, de l'Institut, sur la Bc/Juhliijitn de Clcéron , traduite par M. Villeniain.
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ce genre d'une page h l'autre, en un même manuscrit ( 1 ) . Qu'on se figure les pères du langage français , les Joinville, les Rabelais, les Montaigne, les Amyot, ainsi travestis à la moderne, et l'on suivra, comme pas à pas, sous ces transformations fatales , des altérations essentielles de langage cpii auront commencé par de simples rajeunissements d'orthographe. Preuve frappante que la conservation de l'orthographe primitive d'un auteur n'est que le respect de sa physionomie propre , loin d'être un pédantisme ou une minutie.