CHAPITRE IV
DES MATIERES ET INSTRUMENTS POLR ECRIRE CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS, ET DE LEURS LIVRES.
MaticiTS
sur lesquelles
OH écrivait.
Peaux,
Le papier ou papvrus fait avec un roseau d'Egypte appelé hihlos (d'où l'on a dit bible, livre), était la matière qu'on emplovait le plus communément pour les livres dans l'antiquité. Mais, au commencement, les hommes avaient tracé sur la pierre, le marbre ou l'airain , leurs actes les plus mémorables. Ils avaient également écrit sur des peaux et des intestins d'animaux , usage qui se
n ) Voir le précieux travail de révision que vient Je donner un savant hollandais, M. G. X. du Rieu, sur les fiagments de la République de Cicéron et autres documents latins publiés par le Cardinal. L'ouvraf;e de critique porte le titre de ScheJx Vaticanx in quibus retractantur palimpsestus TuUianus de Republicâ, C. Julius Victor, Julius Pari';, Januariua Nepotianuf; , alii , ab Angelu Maio editi.
PAPIER ET AUTRES MATIÈRES POUR ÉCRIRE. 179 conserva longtemps en Orient. Ainsi l'on a parlé d'un exemplaire d'Homère tracé en lettres d'or sur les in- iinmcre
,, . , , 1 , . 1 . sur intestins
testais d un serpent, et qui a ete détruit dans un in- de serpent. ceiidie de Constantinople, sous le règne de l'empereur byzantin Basilisque. Les hommes avaient aussi employé des feuilles ou des écorces d'arbres, des plan- Feuilles
d'arl)res ,
chettes de bois ou d'ivoire, des étoffes de lin, des planchettes tessons de poterie ; et à 1 époque môme où le papier et d'ivoire. était le plus en usage, plusieurs de ces matières faisaient concurrence au papier, comme étant plus à la main et plus économiques. Les preuves abondent sur tous ces détails. Par exemple, les lois de Solon avaient été primitivement gravées svir des « aixieux on rouleaux de bois, qui se tournoyent dedans des tableaux plus longs que larges où ilz estoyent enchâssez (1) , » et dont quelques débris se montraient encore au temps de Plutarque, « en l'hostel de ville à Athènes (2). » Un siècle après le législateur de la Grèce, les Nuées d'Aristophane rappellent un greffier de tribunal enregistrant les arrêts sur des planchettes enduites de cire (3). Plus tard encore, parmi les pièces de comptabihté relatives à la construction du temple d'Érechthée, on trouve la mention de planchettes achetées pour dresser les comptes (4). La disette ou la cherté du papyrus a conduit à l'emploi d'autres substances et au perfectionnement de la pré-
(1) Plut., Vie de Suloii, traduction d'Amyot, cli. lu.
(2) Id., ibliL
(3) Nuées-, V. 760.
(4) Rangark, Autif/uite's /ic/léiiir/nes^ t. I", p. 52, n» 57, Le prix de cliaque planche était d'une draclunc.
Parchemin, paration dcs peaux. De là le parchemin, pergamenum , fort employé à Pergame, d'où il a pris son nom, et qui tenait son origine d'une disette de papier causée à Pergame par luie guerre soulevée entre ce pays et l'Egyjjte j)tolémaïque. L'usage s'en maintint, se ré- Tessons pandit au loin , et est descendu jusqu'à nous. Quant à
«le poterie. ^ j l ^
l'emploi des fragments de poterie, il a été assez fréquent. Gomme on l'a vu ])lus haut, l'application en avait été faite à la comptahilité de l'administration militaire dans l'Egypte grecque. Elle l'a été également à de courts contrats de vente, à des communications épistolaires , au relevé de notes rapides dans des cours puhiics. Aj)ollonius Dvscole d'Alexandrie était si pauvre dans sa patrie même, qu'il en était réduit à écrire ses ouvrages sur des tessons (1 ) . Du moins son biographe le rapporte, et, si ce n'est pas exagéré, l'assemblage des écrits devait composer, sous forme de monte testaccio, une assez étrange bibliothèque. Diogène Laërce raconte aussi qu'à l'éjjoque où le philosophe Gléanthe suivait les leçons de Zenon, il se servait, par économie, soit de fragments de poterie, soit d'omoplates de bœufs, pour prendre ses notes (2). De plus récents exemples nous ont prouvé le maintien de cet usage. Ainsi, ^I. Egger a trouvé et pul)lié un acte d'adoration chrétien, d'une grécité un peu barbare, écrit sur po-
(1) Apollonius le Grammairien, autrement appelé Dyscole , a cause de son humeur chayrine, florissait vers l'an 138 de notre ère. On dit qu'il passa sa vie dans un quartier d'Alexandrie appelé le Bruchium, où nombre de gens de lettres étaient logés et nourris aux dépens des Ptolémées. Il eut pour fils Hérodien, grammairien également célèbre.
(2) Dioc. Laerc, Vies des philosophes , VII, 174.
PAPIER ET AUTRES MATIÈRES POUR ÉCRIRE. 181 terie, pareil à ces nombreux proscyn(hnes éfjyptiens qu'on a retrouves en liiero^lyplies, en déniotique ou en grec (1). Il est souvent question, dans Tite-Live, de Toile. livres écrits sur toile. Symmaque en parle é(falement (2). Pline V Ancien rapporte que les étofïies de lin ont beaucoup servi pour la correspondance des empereurs (3), et, comme on le verra plus loin, c'est sur cette matière que l'empereur Aurclien a écrit son journal (4). Les célèbres lois des Douze Tables , détruites sous Vespasien, dans le grand incendie du Capitole, étaient <;crites sur autant de tables de bronze (5). INIais encore Tables
. . , •/•Il / ' I '^"^ brou/.e.
tnie fois, c est le papyrus qui était le plus génc-ralement employé et dont la disette et la cherté accidentelles, •causées par de mauvaises récoltes , étaient de nature à amener des troubles dans l'Etat. Le troisième livre des Macliabées semble indiquer une disette de iiapier et de D'seite
'■ ^ ^ lie papier.
calams survenue du temps de ces illustres personnages. Sous Tibère, le papier vint tout à coup à manquer à Rome ; le sénat s'en émut , et nomma des commissaires pour en faire la répartition, tant l'ordre public semblait menacé par cet incident ((j) !
(1) Voir Observations sur (lucijucx J-ra/finonùi de poterie antique provenant iVEçjy pie , et <jui portent des inscriptions grecques. Iiiiprim. Roy., 1847, in-4".
Cf. sur la transmission îles furniules pieuses : Inscriptions clirétiennes de la Gaule, par Le Br,A>T, t. I , p. 186.
(2) Livre IV, lettre xxxiv.
(3) Pli\., Hist. nat., I, xiii, 2.
(4) VoPiscrs, Vita Aureliani, dans V Histoire auquste.
(5) Sexttis Po.MPOxirs, De orif/ine juris, lili. II.
(6) " Eactuin jani Tilicrio principe, inopia eliartie, ut e senatu daren- <ur arbitri (lispensandae ; alias in tuniultu vita crat. n Plix., Hist. nat., XIII, xiii, i< 27.
Pour la correspondance ë])istolaire, on se servait d'un papyrus fin, appelé d'abord hiératùiiœ, parce qu'il était réservé primitivement à l'usage des livres sacrés, et qu'on appela ensuite papie?^ Auguste. Celui qui avait le nom de Li'vie était de seconde qualité. On avait aussi du papier Claude, et du papier grand aigle, comme nous en avons de nos jours, etc., etc. (1).
Tablettes. Uu Rouiain ne marchait pas sans son agenda, sans
ses tablettes à écrire, pugillares , ainsi nommés de la façon dont on les tenait entre l'index et le pouce. Les feuilles en étaient de forme oblongue, plus ou moins nombreuses , et faites de bois de citronnier ou de buis, d'ivoire et même de parchemin , qu'on enduisait d'une couche de cire blanche ou colorée (2). Les caractères se traçaient sur cette cire avec un stylet où poinçon ,
Avec quel stylus , cc qui faisait dire figurément pour écrire : ceris
instrument on
écrivait. OU stjlo incwnhere (3); cesser d'écrire, remittcre stylum, comme nous disons : poser la plume. Le style s'appelait aussi graphium. Il avait un des bouts aplati en spatule , pour effacer sur la cire et la planer de telle sorte qu'on y pût écrire de nouveau. De là le sœpe stylum vertas d'Horace, retournez souvent le style, c'est-àdire effacez souvent.
Les Romains , au moins du temps de Cicéron , divi-
(1) Voir sur les divers papiers Isidore de SÉville, Orig, VI, 10.
(2) OviD., Amor, I, XII, 7.
Martial, i. XIV. Édition lyonnaise de Givpliius, 1553, p. 347.
La troisième épijjranime de ce livre parle des tablettes de citron, la cinquième des tablettes d'ivoire, et la septième des tablettes de parcliemin. Martial parle en même temps de tablettes à quatre et à trois feuilles.
(3) Plis. Ju>., Ep. vu, 27.