AUTOGRAPHES SUR LA PIERRE
Ce n'est pas seulement sur les tessons et le papyrus qu'il faut chercher des documents originaux ou autographes. La manie d'écrire s'est exercée jusque sur les
(1) Variétex historiques par le Romain Claude Elien. Cet auteur tlorissait de l'an 218 à l'an 235 de notre ère, sous Héliogabale et Alexandre Sévère. Livré par goût à l'étude du grec, il n'éciivit que dans cette langue. Ses Variétés sont une compilation, un aua, excellent du reste, oîi il n'indique pas toujours ses sources. Malheureusement nous ne l'avons pas en entier. Je sais un curieux qui en possède quelques fragments inédits mentionnant des faits et des personnages inconnus. Les Historix varix d'jELiANUS ont eu plusieurs éditions dont la meilleure est celle qu'a donnée Corav dans le premier volume de sa Bibliothèque grecque. Paris, Firinin Didot, 1805. On a une traduction française par Dacier. Paris, 1772, in-8".
(2) HoRAT., Epist. I, XX, 1-2. Les livres se polissaient sur lestranches à la pierre ponce.
sur pierre.
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rochers et les murailles. Les nécropoles de l'ancienne Egypte , et certaines statues , sont couvertes de ces signatures que souvent accompagnent quelques lignes de vers ou de prose. Parmi ces signatures, telle est d'un prince ou d'une princesse, telle d'un préfet, telle d'un chef de légion, etc., etc.
Un des monuments les plus anciens de ce genre est Monument i
,. p -i-ii •II'- •• 1 I)lus ancien
celui que rournit le Kecueil d mscnptions grecques de a écriture Boecldi (1) , et qui remonte plus haut que le sixième siècle avant notre ère. On le trouve gravé sur un colosse d'Ipsamboul, aux limites extrêmes de l'Egypte et de la Nubie. Ce sont des lettres péniblement tracées en caractères grecs et formant la signature de quelquesuns de ces flibustiers ioniens et cariens qui avaient fait une descente en Egypte et ravageaient tout le plat pays, quand le pharaon Psammitichus eut l'art de se les concilier et d'eu tirer parti pour la conquête de l'Egypte entière. Pourvus d'une concession de terres près de Naucratis , sur les bords du Nil , ces aventuriers y fondèrent une sorte de colonie ou comptoir, ce que les anciens appelaient un «camp, » et s'y perpétuèrent, conservant leur langue , tout en appelant à eux des indigènes. « C'est ainsi, comme le dit le bon Hérodote, que les curieux grecs qui dans la suite des temps voyagèrent en ce pays-là , y trouvèrent des personnes qui les comprirent et leur interprétèrent les choses (2) . » En effet, quand, cent ans après, le fameux prosateur Hécatée, de Milet, poussa vers l'Egypte et a])orda ces
(2) HÉRODOT., 1. II, c. CLiv. Psammiiichus régna en Egvptc C'fO ans avant la naissance du Sauveur.
j)ara[fcs du Delta , il fut tout surpris d'v retrouver des Cliio, des Eplièse, des Lesbos, des Samos (1), comme, deux mille ans après , le navigateur européen devait retrouver dans le nouveau monde la Nouvelle-Espagne, et la Petite-Venise , et la Nouvelle-Grenade , et la Nouvelle-Orléans, après l'invasion des découvreurs à la suite des traces de Colomb.
Le lieu de l'Egypte qui fournit le plus de richesses au curieux d'autographes épigraphiques , est le champ où fut Thèbes aux cent portes :
... Vetus Tliebe centum jacet oliruta portis (2),
Inscriptions Tlièbcs , dout l'autiquc splendeur vit encore, repré-
>ur la jiierre.
sentée par de gigantesques ruines de temples et de palais. Partout le voyageur, herlje parasite, herba pai'ietina (pariétaire), comme les Romains appelaient leur empereur Trajan , qui avait la faiblesse de faire graver son nom sur la moindre muraille publique , — partout le voyageur y a laissé des traces de son passage en inscrivant son nom sur le marbre, la pierre ou le bronze. Les sphinx surtout et les pyramides portaient de ces traces autobiographiques laissées par des peu])les et des âges divers : sortes d'archives granitiques dont le temps a fini par triompher en partie. En effet, les autographes anciens étaient gravés sur un revêtement de pierre, dont aujourd'hui ces vieux témoins de grandeur et de néant portent à peine quelques traces.
(1) Voir Fra{;nients d'Hécatée, ii" 286, édition Muller, dans la Bilili(ith(''que de Firniin Didot. — Cf. Le septième fragment de Plianodèine, dans la même collection.
(2) Jlvp-sal, Sut. XV, V. 6.
Cartes
lie visite Jes
anciens.
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Delille, voyageant avec le comte de Ghoiseul-Gouffier, examinait un jour, sur la grande pyramide, un des derniers restes de ce revêtement ancien; il fut émerveillé d'y retrouver, tracé par une main inconnue, au milieu d'inscriptions modernes, son fameux vers sur les moiuuuents de Rome, plus applicable encore aux pyramides de l'Kgypte :
Leur masse iiulestruetible a fatijjué le temps.
Vérité relative.
Les découvertes récemment foites par M. Mariette dans le Sérapéum de Memphis offrent des preuves nouvelles et très-nond^reuses que les anciens avaient accoutumé de laisser un souvenir de leurs visites aux sanctuaires les })lus vénérés. Outre ces petites momies de terre cuite achetées chez le premier potier voisin (comme, chez nous, ces couronnes toutes faites cpi'on achète aux portes des cimetières), et qu'ils laissaient en guise de cartes de visite, ils voulaient également que l'inscription de leur nom constatât leur présence. Aussi tous les murs sont-ils couverts d'inscriptions écrites à la main, ou tracées en hâte avec le stylet. Ce sont, en général, des invocations adressées aux divinités du lieu, et pour la plupart écrites en caractères démotiques.
La statue vocale de Memnon à Thèbes, qui n'était inscriptions
, II» 'i-iT'I ^"'^ '^ Statue
autre qu une statue colossale d Amenophis II , n a plus de Memnon. aujourd'hui que cette voix silencieuse des siècles, à savoir des inscriptions sans nombre qui présentent souvent les plus étranges contrastes. Letronne, dans son Recueil des inso-ipli'otis d'Egypte et dans son excellente
monographie sur la statue de Memnon (1), donne la plupart des inscriptions du monolithe hrisé. Après celle de l'empereur Hadrien , après celles d'Aurèle Antonin et de Lucius Aurèle ,
Avpv^Xtoi; AvTWveioç. . .
Ao"J/.(o; A.-jfj'O.i'iç...
Marc-Aurèle Probablement Marc- Aurèle , Antonin et Lucius Verus,
et
Lucius vérus celui-ci vers 162, celui-là en 17G de notre ère; après
s'inscrivent
sur la statue ccUc cl'un clicf de légiou rouiaiue s'inscrivant sur ce
de Meninou.