LES LIVRES CHEZ LES ANCIENS
saient leurs lettres en pa(j,es , quand ces lettres avaient quelque étendue (1). Ils les pliaient en forme de livrets, de mesure à tenir dans la main gauche du lecteur (2). La lettre s'appelait episiola, parfois codicilhnn. Le lihellus n'était qu'un billet : « Accepi à te signatuin libclluni, quem Anteros attulcrat : J'ai reçu le billet cacheté dont tu avais chargé Anteros, » dit Cicéron à Atticus (3). Le lihellus était, comme notre billet, un petit mot court, plié autrement que la lettre, et écrit avec moins de cérémonie. C'était aussi le billet galant, Les lettres
et les poulets.
le billet doux, le poulet. Pétrone dit crûment : « Libellus Vene7'eus, poulet amoureux. » Plante écrit : « In hoc libella obsignato attuli gaiulia milita. » Il n'y a point à s'y tromper , c'est le poulet avec toutes ses douceurs et tous ses parfums , fermé à l'œil des indiscrets , obsignatus.
Quant à ce qu'on appelait un livre, un volume, il Ce que c'était
qu'un volume
faut s'entendre. Un volume, dans l'antiquité , était gé- chez
,.,,,. l'^s anciens.
néralement un rouleau simple, c est-à-dire ne contenant qu'un seul livre du même ouvrage, si l'ouvrage en avait plusieurs. Ainsi, Ovide, parlant des quinze livres de ses Métamorphoses, dit dans ses Tristes (4) : Mutatse ter qiiinque voliimina formœ . Horace a quatre livres d'odes : c'étaient autant de volumes , et ainsi de suite , comme
(1) CicER., Ad Allie, V, 2.
Ad Quint frat., I, 23.
Adfamiiiar., II, 1.3; XI, 25.
(2) Se>"ec., epist. XLV, Ad Luciliian : « Sed ne epistolae modura excedam, quae non débet sinistram inanum legentis iinplere. n
OviD., Ep. XVIII, 28.
(3) LiJ). XI, epist. I.
il en est encore anjonrd'hni pour les livres chinois , qui ne sont que des espèces de fascicules (1). On trouve encore la confirmation de l'usa^je antique dans Gicéron, aux Tusculanes : « Ces livres, dit-il, contiennent les sujets qui ont été traités entre quelques amis et moi à ma maison de Tusculum. Les deux premiers ont eu pour objet la mort et la douleur ; voici le troisième volume qui renfermera le complément de la discussion (2) , » Enfin, Gicéron témoigne encore de l'usage des divisions en volumes dans ses lettres à ses amis : « Je comprends ton dessein, dit-il à son secrétaire Tiron ; tu veux qu'on fasse aussi des volumes de tes lettres : Video quid agas : tuas quoque epistolas vis referri ix volu- MiNA (3).» Martial, s'adressant à son livre, ad lihrum suum, le félicite d'être assez court pour qu'un secrétaire le puisse transcrire en un jour (4).
Gliez les Romains, les manuscrits de forme carrée et reliés comme nos livres , c'est-à-dire composés de plusieurs feuilles placées l'une sur l'autre , contenaient parfois plusieurs livres d'un même ouvrage , parce qu'on y pouvait écrire des deux côtés des feuilles. Ges sortes de cahiers où le recto [adversa charta) et le verso [aversa charta) étaient couverts d'écriture, s'appelaient
(1) Voir Chiistian-Gottlielj ScinvAnz, De innanientis lihrorinn varia rei libiarix veterum supellcctile disserlationiim aiitii/iiariaiuui Itexas. Lipsiae, 1756, in-4", II, xi, p. 6.5.
(2) TuscuL, III, 3. u His autem libris exposita sunt ea, quae à nobis cum familiaribus nostris in Tusculano erant tlisputata. Sed quoniain duobus superioribus , de Morte et de Dolore dictuin est, tertius dies disputationis hoc tertiuin voluinen cfficiet. «
(3) Ad familiar., xvi, 17.
(4) Mautial, II, 1.
LES LIVRES CHEZ LES IlOMAINS. 185
opistlwqraphes (1) (du mot frrec oTTJ'îGovpa'ioc , conservé Ojjisiho-
I '' ' ' 'J i\ i graj))u-s.
par les Latins, ofisthorjrayhus , écrit par derrière, c'està-dire des deux côtés). Les rouleaux qui n'étaient écrits qu'au recio ne contenaient généralement qu'un livre. Les premiers, quelle qu'en fût la matière : pa- Forme
lies livres.
pier, parchemin, tablettes, étaient nommés codices ; les seconds, voluviina. « Codex viultorum librorum est; liber, iinius volitminis , » dit Isidore de Séville (2). Ce n'est pas qu'on ne fit aussi de très-gros volumes. « Par Hercule , s'écrie Pline le Jeune , en fait de bons livres , comme en toute bonne chose, les plus gros sont les meilleurs (3)! « Aussi, parmi les manuscrits d'Herculanum , en est-il d'énormes et qui ont vingt-trois pieds de longueur au roidcau. On avait aussi des éditions compactes des quarante-huit livres de l'Ihade et de l'Odvssée d'Homère en caractères ordinaires (4-), sans compter les tours de force de ces myopes qui écrivaient en caractères microscopiques sur pellicules de parchemin, et trouvaient, au rapport de Cicéron , l'art de faire tenir une Iliade entière dans une coquille de noix : i< In niice inclusam Iliada Homeri carnien, in niembrana scrij)tani, tradit Cicero (5). » Sans compter non plus cet honune dont parle Claude Elien , qui avait trouvé le temps de renfermer dans l'écorce d'un grain
(1) Pi.iNE LE Jei'XE, Lettre u Macer : Ictt. m, 5, 17.
(2) Orif/., VI, 1.3.
(3) t^pÏKtol., I, XX. Ad Corucl. Tncitiim. « Et Ilorcult-, ut aliac bonse rcs, ila lionus liber nielior est (luisfjiu! quo lunjor! »
(4) Voir le Dlrjexte, xxxii, L. ii, 1.
(5) Voir le § xxi «lu livre VII de V Histoire iialurelle où Pline traite des pliénomèncs inerovaliics de la vue.
de blé un distique écrit par lui en lettres d'or (1), comme cet haljile de nos jours qui avait fait tenir les quatre oraisons canoniques sur son ongle. Quartier Le quartier dcs libraires était au Forum , décoré des
des libraires. i tt i t tt i i -j.
statues de Vertumne et de Janus. Horace y descendait des Esquilies, où il habitait. On voit, d'après lui, que les plus fameux libraires, les deux frères Sosie, y demeuraient; c'est vers ce lieu qu'il reproche à son livre de tourner les yeux pour être bien relié , poli à la pierre ponce :
Vertumnum Janumque , Liljer, spectare videris ; Scilicet ut prostes Sosioruni puinice mundu» (2).