MARS
(Gravé par Castex, sculpteur.)
Dans sa monographie si intéressante sur la statue d'Aménophis, Letronne a relevé le nom d'un certain Numonius Vala, qui pourrait bien être l'ami d'Horace. Du moins, la date que porte cette signature conviendrait assez à la conjecture.
Quant à Horace, bien qu'il appartînt, comme nous le verrons, à la cor|)oration des greffiers, et qu'il eût
Di{;rtssioii Jû scrvir de secrétaire à Gésar-Aimuste, rien cependant
sur Horace
et autres ne constatc , dans l'antiquité, la conservation de son
illustres dont
oïl n'a point écriturc. Apparemment l'épicurien Mécène, le prœsi-
(la.ito- ^*^ , , , . . ,
{jraphes. diiini et diilce decus d'Horace, n'était pas curieux d'auto- {jraphes; ses ])rouilies fréquentes avec sa femme, et ses raccommodements qni , chaque fois, devaient faire d'elle une femme nouvelle, lui donnaient trop de préoccupations. Rien non plus de Tihulle ni de Catulle, comme aussi rien d'Aspasie, de Cléoj)àtre, de Lesbie, de Lala^é, de Pyrrha ni de Lydie. « Lydia, dormis (1)! » Qui donc a pu retrouver les taljlettes perdues par Properce et goûté le charmant secret des confidences de Gyntliie (2)? Quel dommage de ne pouvoir vérifier, en opérant siu" des lettres intimes et sur les plus illustres témoignages, si, comme l'affirmait le divin Tirésias, le cœur de l'homme n'a que trois grains d'amoiu', tandis x^jue celui de la femme en contiendrait neuf! Lettres ^^ Y ^ bicu Ics Icttrcs d'auioureux et de courtisanes
publiées par* de la Grècc , publiées par Alciphron; malheureuse- 04) iron. jj^gj^i^ ^ çg sont des épitres supposées par ce sophiste ; et comme pour le punir de sa suj)ercherie , le temps a effacé sa mémoire , de sorte que sa vie est absolument ignorée, et qu'on ne sait même point à quel siècle il a pu appartenir. Mais son livre reste, qui est luiji d'être à dédaigner. Le style en est agréable et net, et semble si bien rappeler l'époque de Lucien, qu'il donnerait volontiers à penser que l'auteur florissait au troisième ou au quatrième siècle de notre ère. L'œuvre a surtout
(1) IIouat., OJ., I, XXV, v. 8.
(2) Propkut., lil). III, eli'{j. xxiii.
LES COURTISAiNES GRECQUES. 193
ce mérite qu'elle jette quelque lumière sur la vie intime de la Grèce et sur les analogies de cette société élégante et voluptueuse, avec la nôtre, à certaines époques de notre histoire.
Entre l'existence de la femme grecque vivant de la vie de fomille, fdant la laine , et honorant de ses vertus paisibles le gynécée, et l'existence delà courtisane étincelante de jeunesse et de beauté adulée, de luxe, d'éloquence, de poésie, de talents extérieurs, il n'y avait guère de milieu. Etrange société, où la femme se déshonorait rien qu'à paraître, rien qu'à laisser éclater son âme, rien qu'à donner essor à des instincts précieux qui assureraient la gloire, sans exclure l'estime, dans nos sociétés modernes. Sappho de Mitylène, Myrtis de Béotie, Corinne de Tanagre , furent des hélaircs , ou courtisanes. L'éloquente Aspasie elle-même, la belle Milésienne qui enflamma Socrate, qui le domina plus d'une fois dans les discussions philosophiques, et captiva Périclès, ne fut aussi qu'une lîétaire. Les médailles d' Aspasie représentent cette femme illustre, la figure grave, avec un voile sur la tête, costume et physionomie qui l'avaient ftiit appeler Junon; et de fait, elle était la Junon de ce grand Périclès surnommé VOly)))pien. Mais pour juger de telles femmes, il faut se placer au point de vue de leur temps. Les condamner toutes indistinctement, avec la rigidité de la pudeur chrétienue, et les confondre avec les élégances tarifées et les rebuts de carrefour , serait une souveraine injustice. Certes, la fameuse lUiodope, qui avait partagé l'esclavage et la couche d'Esope le fabuliste, et qui, des immenses richesses qu'elle avait ac-