‹ Causeries d'un curieuxChapitre 66 sur 124 · LES COURTISANES GRECQUES · texte numérisé non relu

LES COURTISANES GRECQUES

cessions , comme des canéphores athéniennes , avec les autres citoyens , et mêler leurs voix à leurs voix pour chanter des hymnes sacrés. On en était venu à implorer leur intercession auprès de Vénus; et, quand menaça l'invasion de Xerxès , c'est à leur crédit auprès de la déesse qu'on avait attribué l'éloignement du conquérant. Des vers de Simonide, tracés au bas d'un tableau, consacraient ce souvenir. Qu'attendre d'une société où le vice était ainsi en honneur? Encore mie fois, les vices élégants eurent leurs nuances. Toutes les courti- Que tomes

les courtisanes

sanes ne se dégradèrent point comme lUiodope, comme u'étaiem

I ' 1 • ' 1 • point des

Phryné , comme Laïs , j)ar la vénalité ; et plusieurs âmes vénales. montrèrent des penchants généreux et délicats qui rachetèrent leurs désordres. Qui sait si celles-là n'eussent pas su allier à l'honnêteté l'art de pilaire par toutes les élégances de la vie , au sein de nos sociétés mieux ordonnées , où les mœurs ne compriment pas indistinctement tous les brillants instincts , où les dons de l'esprit et les grâces décentes de la femme trouvent si bien leur place ! Dans la société antique , la volupté était une science et un art , comme la philosophie et la poésie; mais la passion sincère qui a ses tendresses discrètes et ses orages au fond du cœur, émut aussi quelques âmes privilégiées. Il n'y a point à désespérer là où l'amour véritable a son culte.

Il est une circonstance de l'histoire de Pompée que Doutes

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j ai toujours trouvée obscure , et que des lettres intimes de ihistoire auraient permis d'éclaircir : à savoir si c'était Flora qui mordait Pompée ou Pompée qui mordait Flora. Malheureusement, on ne possède de Pompée qu'un petit nombre de lettres éparscs dans la correspondance

de Cicéron, et qui roulent toutes sur la guerre et sur les affaires publiques. Le passa^je de Plutarque qui traite du grave sujet de Flora, offre un sens obscur. La version du français d'Amvot qui , h force de goût et de grâce , est devenue, en dépit de quelques contre-sens, un original, dit, il est vrai : « Il était impossible qu'elle s'en départist sans le mordre. " Mais le bon évêque, qui s'avance un {)eu parfois, s'est peut-être ici trop avancé, car lisez le texte : cLç ov/, r,v l/.et'vw ouvava-auaay.-'i/r.y <x^Y,/.-:(x>ç. à.%ùS^v.-j ( 1 ) , il y a là un certain à^r^y.xait , adverbe actif et passif, qui signifie indifféremment sa?is mordre ou sana cire mordu. Cette difficulté a déjà occupé Costar et d'autres graves philologues, sans pour cela être mieux résolue. Il faut en vérité que l'Académie des belles-lettres avise : il y a danger à ne pas savoir nettement ce qu'on doit enseigner dans les hautes facultés sur un point aussi délicat.

Nous avons parlé des inscriptions sur les monuments funéraires, sur ceux de la statuaire égyptienne; ou peut voir aussi de véritables autographes dans la fameuse inscription des Thermopyles, si elle a existé; dans ces mystérieux caractères qui ont si longtemps préparé des tortures aux Saumaises de l'Europe, sur iiiscriinions Ics clicmins rocheux de la péninsule du Sinaï. En ces

dans

les chemins défilés OU trouvc aussi des noms , des griffonnages

du Sinaï. i i •

comme en laissent partout les voyageurs ; des bienvenues et salutations de pèlerins, en latin et en grec, qui remontent vraisemblablement h l'époque du premier empire byzantin. La manie des barbouillages sur les

(1) Vie de Pompée, au coininpncemeiit du cluipitre il.

INSCRIPTIONS MURALES DE POMPEIES. 197 murailles des maisons privées et des monuments publics est aussi vieille que le monde et durera autant que lui. Pour les Romains de la Grande-Grèce, pour les citoyens de Rome elle-même, les murs et les colonnes étaient comme de petites affiches ouvertes à tous : « Esclave, dit Properce qui a perdu ses tablettes, cours vite afficher sur quelque colonne la récompense que je propose, et n'oublie pas d'y ajouter jque ton maître habite aux Esquilles. »

I, puer, et citus liœc aiiijiià propone columnà, Et (lominum Esfpiiliis sciil)e lialji'tare tuuiii (I).

Les habitants de Pompeïes ne se sont pas fait faute <le profiter de l'usa^je, et les graffui s'y sont multipliés Graffiti

. , . . tle Pompeïes.

à linnni, tracés au pinceau, à la craie rou[>e, au charbon ou à la pointe du stylet, eu latin et parfois en grec ou en osque. N'y cherchez pas l'antiquité romaine drapée dans sa majesté historique, c'est la société en toute sa familiarité privée, c'est l'allure quotidienne de la vie active, la scène changeante delà rue, le pêle-mêle, le tohu-boliu des vices, des ridicules, des malices, des passions oisives : autographes uniques gardés comme sous verre, de[)uis le 29 août 79 de notre ère, sous les cendres du Vésuve : témoignages étranges dont les voix semblent retentir encore

(1) PnoPEnr. Deriiieis vers tle son ('l(';;ii' sur l.i perte de ses ta- Llettes, III , xxili.

Les Esquilles, où, suivant Iloraie, l'air était très-])ur, étaient ce cpiartier de Rome situé sur les versants du mont Esquilien. C'est là <jiie demeuraient Pro^jercc et, comme nous l'avons dit, Horace luimrine.

à VOS oreilles dans cette nécropole frappée de mort en pleine vie ! On comprend avec quel intérêt les antiquaires et les simples curieux s'y sont précipités, au premier éclat de la découverte, en 1755. Ces rues sillonnées de la trace des chars, ces enseignes toutes fraîches encore au-dessus des houtiques , ces bijoux abandonnés sur les marbres, ces amphores où le falerne et le cécube ont laissé des dépôts , ces olives desséchées , ce pain calciné, tous ces instruments et ustensiles domestiques comme empreints des marques d'un usage récent; ces tables ou tout à l'heure le repas était servi, où les taches de vin n'ont pas été essuyées, tout étonne et fait frissonner de stuj)eur. On attend , on écoute, comme si les habitants allaient revenir. Leurs pensées dernières sont encore là sur les murs. J'ai relevé quelques-unes de ces inscriptions qui, j'ai pu m'en convaincre depuis , l'avaient été avant moi , ou l'ont été depuis mon voyage, pour les recueils d'Orelli, de Fiorelli, de Mommsen, du P. Garrucci (1). Inscriptions Lors dcs élections municipales, les votants écri-

électorales.

vaient leurs vœux sur les murailles, de même que chez nous chaque parti électoral placarde le nom de ses

(1) MoMMSEX, Iiisci-iptioncs regni napolitani. Leipzig, in-foL, 1852.

Le livre de Fiorelli, Moimmenta epùjraphica, en cour» d'exécution, sera très-beau. Celui du P. Garrucci, de la Compagnie de Jésus, est très-bien fait, très-savant, et tire de l'orthographe même défectueuse des j^ra^f/ d'ingénieuses indvictions sur la diversité des prononciations et sur la fluctuation des langues. Voici le titre de son livre, nui a cent quatre pages de texte et huit de tables, avec un atlas de trente et une planches. Graffiti de Pompeï. Inscriptions et gravures tracées au stylet, etc., recueillies et interprétées par Rapiiaei, Garrucci. Deuxième édition, augmentée. Paris, B. Duprat, 1856, in-4''.

INSCRIPTIONS MURALES DE POMPEIES. 199 candidats. Voici quelques-uns de ces antiques graffiti tracés en grands caractères au pinceau , et par lesquels les pêcheurs font choix de G. Guspius pour édile; Lucinius le Romain demande et nomme Julius Polybe ; un inconnu, dont probablement l'écriture ne l'était pas, prie qu'on nomme Popidius Secundus, qui en est digne. Pliœbus et sa clientèle demandent Holconius Priscus et Gavius Rufus , hommes d'élite :

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