‹ Causeries d'un curieuxChapitre 69 sur 124 · VALE , MEA SAVA , PAC ME AMES · texte numérisé non relu

VALE , MEA SAVA , PAC ME AMES

« O doux amour! " s'écrie un autre :

SVAVIS AMOIl !

Cet autre encore, féru de jalousie, s'en prend à Vénus même : « Que tous ceux qui ont de l'amour viennent, écrit-il, et je romps les côtes à Yc-nus! »

QVISQVIS AMAT VENIEÏ : VENERI VOLO FRANGEIIE COSTAS.

Ailleurs, ce sont des femmes qui ouvrent leur cœur : «J'aime Gassentius, » dit à demi-voix celle-ci, ([ui garde Vùicognùo. « J'envoie un baiser à mon cher Pagurus, » dit Nonia, qui bravement signe son nom, supposé peut-être et convenu. Aiiga donne sans façon rendez-vous à Arabienus. « J'aime Chrestus de toute mon àme, » écrit Metha, qui se nomme : « Puisse la Vénus de Pompeïes nous être propice ! » — Fi ! fi ! dit une autre qui avait probablement quelque raison de se fâcher et se fâche, en appuyant très-fort à la craie rouge qu'elle écrase : « Fi ! dit Virgula à son Tertius, tu es un vilain : »

VIRGVLA TKUTIO SVO : INDECEXS ES.

Aveux, brouilles, réconciliations, soMicitations, menaces, espérances, joies, accusations de vol et de vilenies cachées, le bien, le mal, toute la chronique scandaleuse, plus de passions (jue d'orthographe : — le plâtre, comme le papier, soufire tout. Du moins, un

Inscription ^^^^^'* fidèle vieiît faire oj)|)osition à ce débordement, et conjugale, tléclare, en grosses Jettrcs, à la face de tous, qu'il est amoureux de sa femme :

PRIMV(s) MISSILAM AMO VXOR(em).

Cela repose de tant d'amours probablement peu légitimes, et d'une foule d'horreurs qui salissent les murs, — de celles-là que, chez nous, les honnêtes gens effacent.

Les caricatures, ornées de quolibets, abondent, vives Les nez. parfois et comiques. Tantôt c'est une tête sans nez qui fait mine de sentir une fleur pour faire croire qu'elle en a un ; tantôt c'est un certain Peregrinus au front couronné de laurier, et dont le nez immense égayé les murailles. N'a pas un grand nez qui veut, mais tout nez disproportionné prête à rire. Ainsi, de nos jours, ce pauvre Bouginier, honnête élève de l'école de Drolling : c'était un nez. L'école le choisit pour victime, et en moins de rien , des Bouginiers couvraient les murailles , innomljrables, immenses, toujours renaissants, croissant et surcroissant à vent et à bise, à levant et à ponant, à sud et à septentrion ; passant de Paris dans la province, de la province à l'étranger; sculptés en jouets, en tasses, en cannes, agencés dans les moulures des frises d'hôtels. On en retrouve jusque sur les pyramides de INIemphis et dans les défilés du S in aï !

Les cabareis. Entrez dans ce cabaret de Ponq)eïes : là un buveur altéré écrit : « Comme il fait soif ici ! »

IIIC VALUE SITIT !

I>'SCR1PTI0>S MURALES DE POMPEIES. 203 Un antre, qui iiioiiilk; son vin et vent ])()ire frais, commande « un peu d'eau froide : »

DA FIÎIDAM PVSILLVM ;

fridani, par abréviation àe frigidani (aquam), suivant la prononciation du ])enple ( 1 ) . Plus loin , une main rougie de falerne écrit d'un charbon aviné : « Servez donc, je vous prie : la douce Yinaria a soif. » La même main ou une autre ajoute : « Calpurnia meurt de soif, elle te dit : Porte-toi bien : »

SVAVIS V]XAR1A SITIT ROGO VOS

ET VALDE SITIT CALPVRMA

TUÎI DICIT VALE.

Franchissez le seuil de ce gynécée, vous assistez à Le {jynécce la vie toute domestique. La main sévère de quelque matrone, ou celle de la libraria ou lanipendia, c'està-dire l'économe, l'esclave en chef chargée de peser à la balance [libra) la tâche journalière des ouvrières en laine, a résumé sur le mur la besogne que chacune doit exécuter à la quenouille, au métier et au tandjour. Douze esclaves : Vitalis, Florentina, Amaryllis, Januaria-Surté , Héraclée, Lalagé, Januaria, Florentina, Damalé, Ilufa, Tautis et Doris, ont à faire la quenouillée. La trame est assignée à six, et à cinq la chaîne

(1) «Il V a lie l'eau fraÎL-lu;, il v en aura de la cliainle pour qui eu vouflia :

Frijiiila non tlesit, non décrit calila petenti , "

(lit Mariial, f'pij;. xiv, 105.

pour tisser. Deux ont triple tâche ; trois en ont une

double.

VITALIS , THAMA HT STA(men) (1)

FLORIINTINA, PIISA 111 (2).

AMARYLLIS, PlISV. TRAMA. HT. STAMIIN,

lANVARlA SVRTII , PHSA 111 HT STAM.

HHRACLA , PllSV STAMIIN.

LALAGH. P H.

lANVARlA, P. II. TRAMA.

FLORIINTIXA, P. H.

DA3IAL11, TRAMA PIISV.

RVFA, TRAMA PIISV.

TAVTIS, PllSV TRAMA.

DORIS, PHSV STAMIIN (3).

Ce n'est pas seulement h Pompeïes que se trouvent des graffiti; les murs des catacombes de Rome et de Naples en sont couverts, et ces inscriptions sont en latin, en grec, en hébreu. On les a relevées depuis longtemps. Mais quatre années ne se sont pas écoulées encore depuis qu'une fouille, exécutée à Rome, au Palatin , dans les fondations du palais des empereurs , a mis en lumière une chambre que des constructions superposées avaient sauvée du contact de l'air. Sur la muraille est un des graffiti les plus curieux que l'archéologie ait eus à recueillir, et dont la découverte appartient au docte jésuite le P. Garrucci. C'est une

(1) Les deux barres, pareilles à deux I, sont pour E.

(2) Pensum, tâche, est écrit d'une manière populaire, pesuin. Le pluriel est pesa. Donc Florentina a trois taches.

(3) Voir dans le P. Garrucci, p. 83, pi. xx, n" 11; ouvrage cité.

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