INSCRIPTIONS MURALES A ROME
caricature payeime du crucifiement de Jésus-Christ, caricamre dessin informe, (jui représente un homme delîout, diretienne. les bras levés dans l'attitude de l'adoration, devant une croix où pend un corps humain à tête d'âne. Au-dessus est cette lé^jende ironicpie : « Alexamène adore Dieu : »
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Et, pour qu'il n'y ait point d'équivoque sur l'intention du dessinateur, il a mis, à côté de la figure en croix, l'y, monogramme latin du Christ.
D'où vient cet étrange emblème de l'âne? Est-ce une allusion à l'humble naissance du Christ, réchauffé par l'âne dans la crèche de l'étable? Est-ce à la fois souvenir de cette monture de prédilection dans la Palestine? Quel est ensuite cet Alexamène? Comment cette caricature se trouve-t-elle en pareil lieu? Rien ne donne le moyen de répondre à ces questions; mais qu'importe? Nous avons là un des monuments des luttes du Christianisme naissant avec le paganisme, nous avons la forme insultante la plus usitée sous laquelle les Gentils personnifiaient le vrai Dieu et jouaient avec leurs victimes dans les entractes des sanglantes exécutions du Cirque. Tertullien s'en indigne avec sa fougue ordinaire, et cite un gUidiateur, de ceux-là qui se louaient pour combattre contre les bêtes fauves, et qui exposait la peinture d'un être humain à oreilles d'âne, corne aux pieds, un livre à la main, et vêtu de la toge, avec cet écriteau : « Le Dieu des Chrétiens conçu d'un âne (1). » L'unité de l'empire
(1) Tektill., Apolofjéliijue pour les Chrctiens contre les Gentils, cliap. XV.
avait dû tout naturellement entraîner la tolérance des religions diverses et ouvrir les temples aux dieux inconnus, « Diis ignotis " . Mais les Romains dédaignaient trop, comme nous l'indiquions plus haut, d'étudier l'histoire des autres peuples, pour se soucier de se faire jour au milieu des vagues légendes que leur apportait l'ignorance sur les origines des religions étrangères. Tacite contre Tacitc , cu racoutaut la fuite des Hébreux à travers le
les Chrétiens. ,, , i-i-»r t itt
désert, sous la conduite de Moïse, dit que les Juirs allaient mourir de soif, quand celui-ci fut mené à une source par des ânes sauvages. Il ajoute qu'en reconnaissance de ce service la figure de l'animal avait été consacrée dans le sanctuaire de Jérusalem : Efjîgiem. anivialis . . . , penetrali sacravere (1); tandis qu'on sait que l'interdiction de toute image était de rigoureuse institution mosaïque, et que l'âne n'a jamais figuré dans les exceptions. Tacite lui-même se contredit formellement quelques pages plus loin. Il rapporte que Pompée , le premier des Romains qui entra dans le temple par droit de conquête, n'y trouva « aucune image des dieux : tout était nu et le sanctuaire ne renfermait rien : Nulla intus deuni ejjigie, vacuani scdetn et inania arcana (2) . » Il se contredit encore et confirme la tradition biblique en parlant du culte des Hébreux : « Ils conçoivent, dit-il, par l'esprit seul, un Dieu seul et unique. Toute main qui figurerait, avec des matières périssables, la Divinité à l'image de l'homme, serait impie. Leur Dieu est une essence suprême et éternelle,
(1) Tacit., Histor., V, 3 et 4.
(2) Id., ibid., IX.
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immuable et sans fin. Aussi ne souffrent-ils aucuu siinulacre dans leurs villes, encore moins dans leurs temples. Ils n'admettraient point cette adulation pour des rois, ils n'admettraient point cet honneur pour les
Césars Nulla simulacra îirbibus suis, nedum
temnlis sinunt. Non regibus hœc adulatio , non Ceesarihus Jionor (1). » C'était proclamer involontairement l'éloge de ces Juifs qu'il traite avec tant d'amertume et de inépris, et dont il fait, contrairement à leur histoire, la plus abjecte portion des esclaves des Assyriens, des Mèdes et des Perses.
Ailleurs, à propos de l'incendie de Rome par Néron (trente-deux ou trente-trois ans après la mort de Jésus-Christ) et de l'idée cpi'avait eue ce prince d'en rejeter le crime sur les sectateurs du culte chrétien, le même Tacite appelle la foi chrétienne une superstition exécrable, « exitiabilis supersiitio (2),» et les Chrétiens , des malheureux abhorrés pour leurs infamies, a per Jlagitia invisos clunstianos (3). » On arrêta d'abord , ajoute-t-il , ceux qui s'avouaient Chrétiens; puis, sur leurs révélations, une multitude immense, « moins convaincue d'avoir incendié la ville que d'être animée de la haine du genre humain, liaud perinde in criniine incendii, quam odio Jiumani cjeneris convicti; n et toute cette chair humaine alla, dans le Cirque, payer l'impôt du sang aux plaisirs de Rome. Dire la « haine du genre humain » , c'était dire la haine des lois, des croyances romaines, puisqu'aux yeux de
(1) Tacit., Histor., V, 5.
(2) Tacit., Annal., XV, W.
(3) Id., ihid.
l'orgueil romain Rome seule comptait et était le monde. Or, on le sait, dans les premiers temps du rayonnement de la reli^^ion du Sauveur, « les Chrétiens, » c'est Tertullien qui en témoigne, « ayant pour fondement les livres des Juifs , étaient souvent accusés de chercher à répandre leurs doctrines à l'ombre de la religion juive, qui était autorisée (1); " Tertullien se défend avec vigueur contre cette confusion, et néanmoins, aux premiers siècles, Juifs et Chrétiens, également spiritualistes de croyances, se confondaient dans la pensée des Romains. De là probal)lement ces caricatures de l'àne, issues des calomnies du polythéisme. Ajoutez que les premiers Chrétiens n'étaient pour la phipart que des pauvres, des gens du peuple, et que les Juifs avec lesquels on les confondait exerçaient, dans l'antique société romaine, les basses professions de la basse juiverie du Ghetto de la Rome de nos jours ou de Francfort. Double motif de mépris pour l'orgueil des dominateurs du monde. Ajoutez encore que, pour un payen pur, le Christianisme n'était pas une de ces religions inoffensives auxquelles on pouvait laisser franchir le seuil du temple de la tolérance, mais un principe ennemi, mais toute une révolution sociale. Le Dieu chrétien, qui, sous trois hypostases divines , persiste dans son iden-
(1) Tertull., Apolog., xxi.
On peut consulter sur cette opinion l'écrit df Y. J. G. Keaft : Prolusio de nascenti Christi ecclesiâ sectx judaïcx nomiiic tiitâ. Erlang., 1T71 ; et Seidenstucker, De Chrislianii ad Trajanum wtr/ue à Cxsa- 7-ibus et seiiatu i-omano pro cultoribus religionis mosaïcx semper habitis, Helmstœdt, 1790, Ijroclaire in-4".