‹ Causeries de voyageChapitre 15 sur 65 · CARLSRUHE · texte numérisé non relu

CARLSRUHE

d’une manière ou d’une autre, de le prendre, comme leur Heine qui y a bien des fois réussi. Iæ première langue étrangère qu’ils apprennent est la nôtre, et un Français peut voyager d’un bout à l’autre de la Confédération, sans la plus mince provision d’allemand : iEtrouvera toujours à qui parler. Ils lisent nos livres, nos journaux, et ce contact a réagi sur eux : depuis trente ans nous avons raccourci leurs phrases des quatre cinquièmes; on n’en voit plus qui tiennent la page entière.

Mais, d’autre part, nos allures leur déplaisent et ils nous reprochent de nous fourrer partout. Celte habitude que nous avons prise, avec Voltaire et Montesquieu, de regarder au fond des choses, de courir droit au but, les déconcerte et les effraye. Nous allons trop vite pour leur tranquille nature ; nous ne leur laissons pas le temps de digérer leurs cinq repas, leur bière et leurs théories. Sans compter qu’ils nous trouvent toujours sur leur chemin : en politique où ils ne font rien, dans les art£ où ils croient faire beaucoup, dans les sciences où ils vont mieux; mais sans pouvoir prendre la direction du mouvement qui est à l’Institut, si elle est quelque part. En érudition, par exemple, surtout en métaphysique, ils tiennent le haut du pavé; ils alimentent l’Europe de

* \ * ' logique et dq paralogismes, autant que l’An-

s gleterre de cotonnades. C’est la 'grande manufacture des pas mieux.

Aussi diraient-ils volontiers de la France ce * que le paysan de l’Attique disait d’Aristide : « Il m’ennuie de l’entendre toujours appeler le juste; » et, comme lui, ils nous banniraient honorablement par l’ostracisme qui était la suprême, mais très-désagréable consécration de la renommée.

Durant notre conversation, un officier de la garde, parent de l’étudiant, vint le rejoindre, avec un.de ses amis. C’était un abonné de nos petits journaux, très-friand des bons mots du Charivari et qui, lorsqu’il en avait compris un, en riait trois jours durant. Il était allé à Londres, venait souvent à Paris et n’y manquait pas une représentation du Palais-Royal ou des Variétés, de sorte qu’il était fort au courant des expressions les plus.. .. pittoresques du dandysme parisien.

Avec lui, on parla naturellement soldats et batailles. Il m’apprit que le duel était interdit aux {(oldats et aux sous-olficiers et qu’il n’y eu a pas; mais, permis à eux de vider leurs querelles à coups de poing, ce dont ils ne se font faute.

systèmes; et ils ne s’en trouvent

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Les gouvernements travaillent pourtant de leur mieux à maintenir le prestige de Fépaulette. Ainsi un officier qu’un bourgeois insulte par voie de fait « doit*hii purger son glaive dans le sein. » Un conseil" de guerre examine ensuite s’il a fait tout ce qui était possible pour éviter une querelle, et le condamne à deux ou trois ans de forteresse pour donner satisfaction aux bourgeois survivants *. .

Un ami de l’officier survint, et, pendant que nous causions, la parade eut lieu? Nous vîmes passer une compagnie, musique en tête, et excellente. C’est de la musique que je veux ^ parler. Les soldats avaient pauvre mine, mais les officiers étaient superbes. L’ami ne pouvait contenir son admiration. L’officier montrait moins d’enthousiasme. « Que voulez-vous, disait-il dans un langage trop accentué pour que je le reproduise, que voulez-vous que nous fassions avec ces pistolets-là? La guerre se mène aujourd’hui diablement vite, et avant que les Prussiens soient accourus nous prendre en serre-files, nous aurons une première période de brossées, puis une seconde probablement avec eux, et ce ne sera qu’à la troisième, si

1. Un cas s’estprésentérécerninent. Un lieutenant prussien qui avait tué un homme à Magdebourg fut condamné à cinq ans d’arrêt dans une forteresse.

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